Le défi de trouver un logis pour une famille qui s’agrandit

À Montréal, trouver un logement abordable et assez grand pour y élever un enfant peut s’avérer compliqué.
Photo: Laurianne Poirier À Montréal, trouver un logement abordable et assez grand pour y élever un enfant peut s’avérer compliqué.

Accéder à la propriété n’est-il devenu qu’un espoir ? Au Québec, près des trois quarts des non-propriétaires ont abandonné le rêve d’avoir un jour leur propre logis, selon un récent sondage Ipsos réalisé pour Global News. Le Devoir a recueilli des histoires d’acheteurs potentiels qui continuent, tant bien que mal, d’espérer de pouvoir décrocher les clés de leur maison rêvée. Troisième rencontre : Philippe et Jessica, qui cherchent un cocon pour le jour — qu’ils espèrent proche — où ils auront un enfant.


Philippe et Jessica caressent le rêve d’être parents. Depuis quelque temps, ils essaient d’avoir un enfant grâce à la procréation médicalement assistée. Malgré des tentatives infructueuses jusqu’à maintenant, le couple n’abandonne pas.

Ils songent même, en parallèle, à se trouver un nouveau toit — et anticipent qu’il leur faudra de l’espace pour une chambre d’enfant.

« En ce moment, on habite dans un appartement à Hochelaga pour 1300 $ par mois », souligne Philippe. « Jessica est en télétravail trois jours par semaine. Moi, ça dépend, mais ça m’arrive souvent de l’être. Alors, si on a un enfant, non seulement il nous faut un coin chambre, mais aussi des espaces pour travailler. Ailleurs que sur la table de la cuisine, préférablement… » explique-t-il.

Taxes et autres frais

 

Ils n’ont pas encore fait de démarches pour une hypothèque préautorisée et n’ont donc pas une idée précise du budget à leur disposition, mais le couple aurait une mise de fonds d’environ 80 000 $, ce qui représenterait 20 % du prix d’un condo à 400 000 $.

Avec un prêt sur 25 ans et un taux d’intérêt d’environ 4 ou 5 %, ce montant représente des mensualités hypothécaires entre 1700 $ et 1800 $. « C’est déjà pas mal plus que ce qu’on paie en ce moment », s’inquiète Philippe. « Et ça, ce serait sans compter les taxes, les autres frais, et le fait qu’à 400 000 $, ce serait sûrement trop petit », évalue-t-il. Selon des données de la plateforme Centris obtenues par Le Devoir, dans l’arrondissement de Ville-Marie, où Philippe et Jessica aimeraient s’installer, le prix de vente moyen d’un condo était de plus de 575 000 $ entre janvier et mars 2022.

Les prix pour ce même type de propriété étaient un peu moins élevés dans Rosemont–La Petite-Patrie (plus de 490 000 $), dans Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension (environ 465 000 $) et dans Mercier–Hochelaga-Maisonneuve (plus de 410 000 $), trois arrondissements qu’ils convoitent également.


« Des fois, on se demande si on ne ferait pas mieux d’aller en région, ajoute Jessica. Mais ce serait un gros changement de vie. »

S’enraciner

« Je me suis toujours dit que j’aurais une propriété à moi un jour… Mais c’est-tu un rêve ? Je sais pas si j’irais jusqu’à dire ça ! » avoue franchement Philippe.

« Pour moi, oui, ce serait un rêve », dit Jessica. « Ayant grandi avec une mère célibataire, travailleuse autonome, qui a toujours vécu en location et qui vient tout juste d’acheter sa première maison il y a deux ans, j’aimerais bien avoir un endroit où je peux avoir mes racines… » confie-t-elle.

Il y a aussi tout l’aspect de la sécurité d’avoir son propre chez-soi — une priorité pour d’aspirants parents. « Même si, de notre côté, ça se passe bien avec nos propriétaires actuels, on entend toutes ces histoires de reprises de logement qui font peur. On a beau essayer de nous installer et de construire notre vie quelque part, en location, ça reste difficile quand on sait qu’on est à la merci d’un propriétaire », souligne Philippe.

La perle rare

 

Le jeune couple continue de regarder les annonces en ligne dans l’espoir de dénicher la perle rare. Mais pour le moment, ils pensent rester locataires, car le marché ne leur semble « pas accessible ».

Et si le bébé arrive ? Ils s’accommoderont de leur logement, car devenir parents reste leur priorité.

« On continue d’essayer à épargner en attendant. Mais notre crainte, c’est qu’on a l’impression qu’on n’épargnera jamais assez vite pour rattraper l’augmentation des prix de l’immobilier », déplore Philippe.

Avec Laurianne Croteau



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