Accéder à la propriété... mais pas à n’importe quel prix

Marie-Ève et son conjoint chercherait à acheter une maison unifamiliale ou un plex dans l’arrondissement de La Cité-Limoilou, à Québec.
Illustration: Laurianne Poirier Marie-Ève et son conjoint chercherait à acheter une maison unifamiliale ou un plex dans l’arrondissement de La Cité-Limoilou, à Québec.

Accéder à la propriété n’est-il devenu qu’un espoir ? Au Québec, près des trois quarts des non-propriétaires ont abandonné le rêve d’avoir un jour leur propre chez-soi, selon un récent sondage Ipsos réalisé pour Global News. Le Devoir a recueilli des histoires d’acheteurs potentiels qui continuent, tant bien que mal, d’espérer décrocher les clés de leur maison rêvée. Deuxième rencontre : la douche froide de l’inflation pour un couple formé d’une enseignante et d’un dentiste.

 

« On est loin d’être à plaindre ! » souligne d’emblée Marie-Ève, consciente de la chance qu’elle a de vivre dans un bel appartement 5 ½ du quartier Montcalm, à Québec, avec son conjoint. Elle enseigne le français aux adultes et lui est dentiste propriétaire. À eux deux, ils gagnent près de 180 000 $ par année, un très bon revenu combiné. Mais malgré cela, le couple dans la trentaine voit mal comment il pourrait acheter une propriété qui répond à leurs critères dans la capitale.

Actuellement, leur loyer leur coûte 1580 $ par mois. « C’est assez dispendieux », reconnaît la jeune femme. « Quand on discute du montant de notre loyer avec nos amis, ils nous répondent : “Ben là, votre loyer correspond à ce qu’on paie en hypothèque !” » raconte Marie-Ève.

« Donc on s’est dit que tant qu’à payer aussi cher, on ferait peut-être mieux de s’acheter une maison. Là, au moins, ça nous appartiendrait. On a commencé à regarder les prix cet hiver, mais on s’est rapidement rendu compte que ce serait plus compliqué que prévu », soupire-t-elle.

Une unifamiliale

 

Idéalement, le jeune couple chercherait à acheter une maison unifamiliale ou un plex dans l’arrondissement de La Cité-Limoilou, à Québec. Compte tenu de son budget d’environ 500 000 $, a-t-il des chances ?

Techniquement, oui. Selon des données de la plateforme Centris obtenues par Le Devoir, le prix de vente moyen d’une maison dans leur arrondissement de prédilection pour la période de janvier à mars 2022 était d’un peu plus de 436 000 $, soit dans les limites du budget de Marie-Ève et Étienne. Le coût moyen d’un duplex (un peu plus de 420 000 $) restait aussi dans leurs prix, alors que celui d’un triplex (plus de 512 000 $) excéderait un peu leur budget.

« Mais, en ce moment, est-ce que ça vaut la peine d’acheter une propriété à un prix plus élevé que ce qu’elle vaut vraiment ? » demande Marie-Ève. « Mon copain veut du neuf, du clés en main. Mais les quelques annonces de propriétés qu’on voit passer, qui nous plaisent et qui sont dans nos prix partent tellement vite », raconte celle qui commence à être découragée.

Hausse du coût de la vie

 

Mais il n’y a pas que les prix de l’immobilier qui causent des maux de tête à la jeune femme. « J’ai fait de grosses crises de panique en mars à cause de l’augmentation du coût de la vie », avoue Marie-Ève, qui a dû aller chercher de l’aide pour calmer ses angoisses.

« J’ai un budget : je sais ce qui entre dans mon compte et je sais ce qui en sort. Je n’ai pas peur de dépenser excessivement. J’ai peur de ce que je ne peux pas contrôler. » Parmi ces facteurs imprévisibles, il y a évidemment l’explosion du prix de l’essence, qui se situe désormais au-dessus de la barre des 2 $ le litre, la hausse de la facture à l’épicerie, mais aussi les histoires de rénovictions que l’on entend à répétition.

« Mon copain, lui, n’est pas trop inquiet avec ça. Mais moi, oui. Parce que je sais que je ne fais pas le même salaire que lui. Ça m’est déjà arrivé, en début de carrière, de vider mes comptes de banque parce que je n’avais pas suffisamment de contrats et donc de revenus », explique celle qui dit être restée un peu traumatisée de cette période de « vaches maigres ».

« J’ai un salaire plutôt bon. J’appartiens à la classe moyenne. Mais avec l’inflation, je sens mon pouvoir d’achat descendre. Et cela me stresse beaucoup », poursuit la jeune femme. « C’est pour ça que j’appuie sur la pédale de frein en ce moment pour l’achat d’une propriété. On ne précipite rien. Mais c’est sûr que si on trouvait celle qui coche toutes les cases, on saisirait la balle au bond ! »

Avec Laurianne Croteau



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