L'aluminerie de Bécancour met sur pied une médiation post-grève

À peine un mois après la fin de la grève des quelques 800 métallos de l'aluminerie ABI à Bécancour, la totalité des employés sont de retour au boulot, mais à la liste de tâches s'est ajoutée l'amélioration des relations au sein de l'établissement. Le syndicat et la direction de l'usine mettront sur pied, au cours des prochaines semaines, un processus de médiation afin d'éviter de répéter un tel conflit dont les effets se sont fait sentir dans toute la région de Trois-Rivières pendant quatre mois et demi.

«Nous allons démarrer la procédure avec l'aide du ministère du Travail. Ça faisait partie des recommandations du conciliateur», a indiqué hier au Devoir Clément Masse, président du Syndicat des employés de l'ABI (FTQ). «C'est pour le bien des relations de travail, non seulement en raison de la grève mais en général. En fait, peut-être même que les mauvaises relations ont été l'un des facteurs ayant mené à cette grève.» Selon M. Masse, la recommandation a également trouvé preneur auprès de la partie patronale. Il a été impossible de joindre la haute direction hier.

Retour au travail

Les 810 employés ont commencé à réintégrer le travail le 25 novembre après que les membres du syndicat ont entériné à 80 % la dernière proposition patronale, qui portait sur une entente de cinq ans. Le dernier sprint de négociations s'articulait entre autres autour de l'organisation du travail, de la gestion du régime de retraite et des primes de retraite.

Les parties avaient d'abord évoqué, au moment du vote, que les employés soient réintégrés sur une période de huit à dix semaines. Les choses se seraient donc déroulées plus vite que prévu. «Tous les employés sont de retour. Au bout de quatre semaines, tout le monde a été rappelé», a indiqué M. Masse. Cependant, a-t-il précisé, les employés font du temps partagé et seuls certains secteurs sont revenus à des horaires de 40 heures semaine. «Il y a l'ambiance de travail, mais on se concentre aussi sur le rappel des employés. Non seulement il faut revenir à 40 heures, il faut aussi que les gens reviennent dans leurs fonctions d'auparavant.»

Le retour au travail s'annonçait lent en raison de la complexité du redémarrage graduel des deux séries de cuves fermées. Les cadres s'occupaient de faire fonctionner la troisième. Pour l'instant, les employés en sont toujours à la série numéro deux, et l'objectif est de relancer toutes les cuves d'ici trois mois.

Rappelons que la grève avait aussi frappé de plein fouet plusieurs petites et moyennes entreprises qui font des travaux de sous-traitance pour l'aluminerie, celle-ci ne fonctionnant plus qu'au tiers de sa capacité grâce à une centaine de cadres. Les mises à pied dans la région se sont chiffrées par dizaines. Au moment de commenter le dénouement du vote, le maire de Bécancour, Maurice Richard, avait d'ailleurs tenu à remercier la population pour sa «patience des derniers mois».

La société américaine Alcoa, premier producteur mondial d'aluminium et propriétaire à 75 % de l'usine, n'a pas encore précisé à combien se chiffrent les pertes totales entraînées par la grève. L'aluminerie représente 8 % de sa production annuelle. À tout le moins, dans ses résultats du troisième trimestre dévoilés en octobre, l'entreprise de Pittsburgh affirmait que les revenus perdus de juillet à septembre étaient de 40 millions $US. En théorie, la compagnie dévoilera ses prochains résultats en janvier.

L'autre tranche de 25 % de l'usine appartient à son rival montréalais, Alcan.