L’IA développée au Québec très peu utilisée dans la province

91% des PME au pays ont investi de façon importante dans la technologie ces dernières années, mais seulement 5% d’entre elles les utilisent de façon efficace, selon la Banque du Canada.
Photo: iStock 91% des PME au pays ont investi de façon importante dans la technologie ces dernières années, mais seulement 5% d’entre elles les utilisent de façon efficace, selon la Banque du Canada.

L’intelligence artificielle (IA) québécoise peine encore et toujours à sortir des labos. Bien que le Québec soit un pôle international reconnu de développement des technologies associées à l’IA, ses PME et autres organisations n’en font qu’une très faible utilisation. Elles ratent une occasion de hausser leur productivité ou d’améliorer leur profitabilité à court terme.

Les start-up spécialisées en IA pour le monde des affaires sont pourtant bien au fait de ce potentiel, elles. Le ministre de l’Économie et de l’Innovation et ministre responsable du Développement économique régional, Pierre Fitzgibbon, le répète depuis des années déjà. « En plus d’accroître la productivité de nos PME, les technologies numériques sont une réponse efficace aux défis qu’engendre la rareté de main-d’œuvre », a-t-il à nouveau déclaré mercredi dernier au moment où la start-up montréalaise Worximity annonçait avoir reçu 14 millions de dollars d’un groupe d’investisseurs qui comprend entre autres Investissement Québec.

Worximity dit pouvoir améliorer de 20 à 30 % la productivité des entreprises manufacturières sans effort particulier de leur part… sauf celui d’accepter de prendre le fameux virage numérique si cher au ministre Fitzgibbon. Worximity aide les PME à faire leurs premiers pas dans ce qu’on appelle « l’industrie 4.0 », où des tonnes de données captées en temps réel partout dans l’entreprise aident à fournir des conseils aux gestionnaires qui accélèrent ainsi leur prise de décision.

Un virage qui peut s’avérer payant, assure Yannick Desmarais, fondateur et p.-d.g. de Worximity. « On crée de l’information qui peut être exploitée sur-le-champ. C’est un gain en efficacité qui se fait sans investir de façon trop importante. »

Mieux expliquer l’IA aux PME

Malgré ces promesses, les PME québécoises continuent de négliger l’adoption de nouvelles technologies.

Ce sont deux études qui ont été publiées à quelques jours d’intervalle qui dessinent ce portrait un peu fâcheux de la sous-utilisation des technologies par les organisations québécoises. À la mi-mai, la Banque de développement du Canada (BDC) publiait les fruits d’un sondage selon lequel 91 % des PME au pays ont investi de façon importante dans la technologie ces dernières années, mais seulement 5 % d’entre elles les utilisent de façon efficace.

La BDC constate que, de plus en plus, cette situation crée un fossé numérique entre les entreprises qui accroissent leur compétitivité grâce à une bonne application de la technologie et les autres, celles qui tardent à prendre ce virage. Prétextant des défis liés aux coûts et au bénéfice incertain de recourir à ces technologies, pas loin de 40 % des entreprises sondées par la BDC ont répondu ne pas avoir de site Web, et deux PME sur trois ne font aucune analyse des données relatives à leurs clients.

Puis, mercredi dernier, l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés (CRHA) a à son tour partagé les résultats d’un sondage portant plus précisément sur le rôle de l’intelligence artificielle en entreprise au Québec. Son constat : ce rôle est à peu près inexistant. Cela inquiète l’ordre étant donné que l’IA est un moyen efficace qui aide à amoindrir l’effet de la pénurie de main-d’œuvre en automatisant certaines tâches redondantes et en accroissant la capacité des travailleurs d’effectuer davantage de boulot.

« Et pourtant, nous avons l’avantage à Montréal d’être un pôle mondial dans le développement de l’IA », dit au Devoir Manon Poirier, directrice générale de l’ordre des CRHA. « Pourquoi ce décalage entre le développement et la mise en application de l’IA ? »

Une question doublement intrigante étant donné que les PME sondées par l’ordre semblent bien au fait du potentiel de l’IA pour améliorer leurs activités : deux entreprises sur trois admettent qu’elles peuvent améliorer la productivité, et quatre entreprises sur cinq estiment qu’elles peuvent automatiser des processus à l’interne et ainsi réduire la charge de travail pour leurs employés.

« Il existe ces jours-ci tellement de nouvelles jeunes entreprises qui offrent des outils d’IA, ces entreprises doivent mieux expliquer aux PME le potentiel de leur technologie », poursuit Manon Poirier, qui imagine un agent facilitateur capable d’analyser les processus des entreprises pour les aiguiller sur les bons outils à adopter rapidement.

Seulement du côté des ressources humaines, l’adoption des technologies numériques est devenue essentielle non seulement pour mieux recruter, mais aussi pour prévenir les départs précipités, dit-elle.

Yannick Desmarais opine. « Aujourd’hui, attirer des jeunes travailleurs en leur promettant du papier et des crayons, ça ne marche pas », illustre-t-il.

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