Tsunamis: pas de déstabilisation en vue pour les économies d'Asie

Tokyo — Les tsunamis qui ont dévasté les côtes de l'océan Indien ont au minimum provoqué des centaines de millions $US de dommages et vont obliger à repenser les priorités budgétaires pour l'année 2005 des pays affectés, mais aussi de ceux qui apporteront une aide, ont souligné hier des économistes.

Les gigantesques vagues meurtrières engendrées par le séisme le plus puissant jamais survenu en quatre décennies sont venues frapper brutalement le tourisme et la pêche, parmi les activités les plus lucratives de l'Asie du Sud.

À l'exception de quelques dégâts à Malé, capitale des Maldives, le séisme a toutefois épargné les grandes villes, où il aurait pu détruire des infrastructures nationales et rendre encore plus catastrophique le bilan humain.

«C'est avant tout une tragédie humaine», a commenté Glenn Maguire, économiste en chef, pour l'Asie et les régions australes, de la Société générale.

«Avec les gigantesques déplacements de personnes, d'une ampleur inconnue depuis longtemps, il va y avoir un sérieux assouplissement des politiques budgétaires, pas seulement celles des pays directement frappés, mais aussi de ceux qui vont ouvrir leurs budgets d'aide», a-t-il déclaré.

«L'impact économique sera certainement important, mais il ne devrait pas suffire à faire dérailler la dynamique de la région en 2005», a-t-il ajouté.

Peu de chiffres sont encore disponibles sur les infrastructures détruites. Les Chambres de commerce et d'industrie associées d'Inde estiment que le pays a subi pour au moins 450 millions $US de dommages.

Le responsable de l'Ordre public de Malaisie, Lee Shuan Fat, estime les pertes de l'État septentrional de Kedah, le plus touché du pays, à 5,61 millions $US.

Un millier de pêcheurs de la région de Penang sont affectés et les dommages causés à ce secteur pourraient être «significatifs», selon le directeur général des pêcheries de Malaisie, Junaidi Che Ayub.

«Nous ne faisons que commencer à saisir l'ampleur du désastre en termes de vies perdues, dommages matériels et impact économique à travers la région», a déclaré le président de la Banque mondiale, James Wolfensohn.

Thaïlande et Sri Lanka

Les experts estiment que les pays les plus affectés en termes purement économiques devraient être la Thaïlande et le Sri Lanka, en raison des préjudices subis par leur secteur touristique important et en pleine croissance.

En Inde en revanche, la catastrophe a été particulièrement cruelle envers des régions relativement peu développées telles que les îles Andaman et Nicobar.

Chua Hak Bin, économiste spécialisé dans la région chez DBS Bank à Singapour, estime les dommages en Thaïlande aux alentours de 100 millions $US, soit 0,1 point de pourcentage de croissance éliminé.

Cependant, au regard de toutes les vies perdues, dont un grand nombre dans la célèbre station balnéaire thaïlandaise de Phuket, l'impact économique est «assez limité», a déclaré l'économiste.

Pour Naoyoshi Noguchi, directeur de recherche pour l'Asie et l'Océanie, de l'organisme public japonais du commerce extérieur JETRO, une des craintes des exportateurs est la fermeture du port de Madras dans le sud-est de l'Inde.

Mais le secteur exportateur phare du sud de l'Inde, l'informatique, ne dépend pas des lignes maritimes et le port voisin de Colombo au Sri Lanka est resté en bon état.

Les scènes d'apocalypse et de mort sur les plages du Sri Lanka donnent la pire image possible de cette île qui devait atteindre cette année le record de 570 000 touristes étrangers après une trêve de près de deux ans avec les rebelles tamouls. «À long terme, ces catastrophes naturelles sont considérées comme un accident exceptionnel, au contraire des attentats terroristes», a cependant fait remarquer M. Maguire.

Pour M. Noguchi, l'impact sur l'économie de l'Asie devrait être moins important que celui de l'épidémie de syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) en 2003, qui avait tué presque 800 personnes, la plupart à Hong Kong et en Chine.