La menace du brut demeure

New York — Finissant l’année 2004 à des plus hauts depuis plus de trois ans, la Bourse américaine paraît bien partie pour une bonne année 2005, mais l’envolée des cours du pétrole et la menace de l’inflation font planer une ombre sur les marchés.

Sur l’année, le Dow Jones Industrial Average (DJIA), indice-vedette de Wall Street, a progressé d’un peu plus de 3 %, moins bien que l’indice composé de la Bourse électronique Nasdaq qui a pris près de 8 %. L’indice Standard and Poor’s 500 (S&P 500), plus représentatif de la tendance générale, a avancé en douze mois de près de 9 %.
Ces progressions sont bien loin des performances de 2003, quand la Bourse s’était embarquée sur une tendance haussière avec des augmentations de 25 % pour le DJIA et de 50 % pour le Nasdaq.
Mais les obstacles ont abondé: multiples records à la hausse des cours du brut, incertitudes jusqu’au bout sur l’issue de l’élection présidentielle américaine et violences en Irak.
«L’année s’est déroulée en deux temps. Jusqu’en août, le marché était sans éclat — la Bourse était en hausse de moins de 1 %. Mais depuis août, tout va très bien. La différence réside dans les prix du pétrole», résume Hugh Johnson, stratège chez First Albany. «La plus grosse surprise de l’année a été la hausse très importante, complètement inattendue, des prix du pétrole, qui a soulevé des doutes sur l’économie et les résultats des entreprises», explique-t-il. «Il y a eu beaucoup d’autres facteurs qui ont eu de l’importance: les élections, le déclin du dollar et l’Irak, mais à mon avis, ils ont été éclipsés par les prix du pétrole», ajoute l’expert.

Trois risques
Selon Hugh Johnson, trois risques dominent pour 2005: l’inflation, la possibilité d’une remontée des cours du pétrole et également la menace d’un atterrissage brutal de l’économie chinoise.
Mais il se dit toutefois «très optimiste» pour 2005, prévoyant une hausse de 10 % du marché. «La plus grosse surprise en 2005 est que les exportations seront plus fortes que prévu», prévoit M. Wachtel.
Et cela grâce à l’affaiblissement du dollar. Le billet vert a inscrit un record à la baisse face à l’euro à 1,3469 $US début décembre et les analystes anticipent un euro à 1,40 $US assez rapidement.
«L’année a été bonne et je pense que le premier trimestre [2005] va être bon. Mais je m’attends à ce que l’inflation et les taux d’intérêt montent. On va probablement voir un déclin des résultats des entreprises au deuxième et au troisième trimestre», anticipe Peter Cardillo, stratège chez SW Bach. Pour la première fois en quatre ans, la Réserve fédérale a commencé à remonter ses taux directeurs en 2004. Selon M. Cardillo, les perspectives pour la deuxième moitié de 2005 sont en revanche plus «troubles». «Si les prix du pétrole s’affaiblissent, cela pourrait peser le marché boursier car les titres du secteur pétrolier vont retomber», juge-t-il.