Les diamants québécois évalués en Europe d'ici à la fin mars

Le groupe Ashton, venu de l’Ouest canadien, a sorti 635 tonnes de roche du sol nordique. — François Desjardins Le Devoir
Photo: Le groupe Ashton, venu de l’Ouest canadien, a sorti 635 tonnes de roche du sol nordique. — François Desjardins Le Devoir

Si tout se déroule comme prévu, le groupe Ashton, venu de l'Ouest canadien pour explorer le potentiel diamantifère du nord québécois avec une filiale minière de la Société générale de financement (SGF), aura d'ici à la fin mars les 300 carats de diamants dont elle a besoin pour se rendre à Anvers afin de faire évaluer la qualité de ses trouvailles. L'objectif n'a pas changé: étudier, étape par étape, la pertinence de construire la première mine de diamants de la province.

L'entreprise, que même ses concurrents dépeignent comme la plus avancée dans la région des monts Otish, à 300 kilomètres au nord de Chibougamau, a déjà un petit baluchon de 97 carats ou, si vous préférez, une vingtaine de grammes. Ayant foré toute l'année, elle a sorti 635 tonnes de roche du sol nordique, et il lui reste encore 370 tonnes à extraire pour terminer le traitement. C'est de cette dernière pelletée, en traitement à Vancouver, que seront extraits les autres 203 carats.

«Une fois que nous aurons les 300 carats, il faudra faire quelques tests, les catégoriser, les photographier et ultimement les faire évaluer par le marché d'ici à la fin du 1er trimestre, et ce, probablement à Anvers, en Belgique [l'un des grands centres d'expertise du diamant]», a indiqué au Devoir le président et chef de la direction d'Ashton Mining, Robert Boyd. C'est un peu plus tard que ce que l'entreprise visait comme échéancier cet été, évoquant alors une possible évaluation autour du temps des Fêtes.

Diamant de 2,9 carats

L'entreprise, dont le partenaire à 50 % dans le projet est la Soquem, une filiale de la SGF, affirme que les derniers mois ont généralement été fructueux. Elle est notamment tombée sur un diamant de 2,9 carats cet automne. «C'est probablement le deuxième plus gros diamant jamais trouvé au Québec», a déclaré M. Boyd. «Nous obtenons déjà de grosses pierres, et le potentiel de gros diamants dans ces corps rocheux est réel.» L'autre grosse découverte lui appartient aussi. C'était en juin de l'an dernier et le diamant en question faisait au moins 4 carats, dont les dimensions, pour les néophytes, étaient de 8,8 mm X 8,2 mm X 4,8 mm.

«D'un point de vue technique, l'année est un succès. Nous avons fait de nouvelles découvertes kymberlitiques [la roche dans laquelle on trouve le diamant], alors il reste encore du potentiel d'exploration. Nous avons dépassé notre objectif de sortir 600 tonnes de roche du sol. Nous aurions aimé trouver quelques gros corps kymberlitiques, mais nous n'abandonnons pas l'espoir», a dit M. Boyd.

Mais Ashton-Soquem n'est pas la seule à avoir sorti des diamants du sol. L'annonce est passée en douce en septembre, mais Majescor, une société minière d'Ottawa, a elle-même affirmé avoir trouvé 32 diamants, bien que tout petits, dans des blocs de kimberlite de la même région.

Action concertée

Il faut dire que l'année 2004 dans son ensemble aura été mouvementée dans le secteur. Le premier ministre Jean Charest a d'abord annoncé en juin des mesures visant à faire de Matane un centre de taillage et de polissage du diamant. Et en septembre, les premiers ministres provinciaux ont dévoilé une stratégie pancanadienne du diamant visant à coordonner les efforts du Canada en la matière, et ce, même si celui-ci s'est déjà hissé au troisième rang des producteurs mondiaux derrière le Botswana et la Russie. Parmi les recommandations, on évoquait notamment la mise en place d'incitatifs fiscaux, de l'élaboration d'un tourisme du diamant et de l'abolition de la taxe fédérale d'accise de 10 % sur les bijoux en vigueur depuis 1918.

Plus récemment, le ministre des Ressources naturelles, Sam Hamad, affirmait à la fin novembre que les investissements miniers dans leur ensemble avaient été en 2004 les plus importants des huit dernières années. Le ministère estime en fait que l'exploration a augmenté de 52 % depuis 2003 et que les sommes investies dans le diamant ont totalisé 27 millions, soit 13 % de toutes les catégories. Ce rythme, prédit-il, se maintiendra en 2005.

«La hausse des investissements en 2003 et en 2004 a eu un impact direct sur le nombre de découvertes», a récemment affirmé, dans un communiqué diffusé à l'occasion d'une conférence du secteur, le président de l'Association de l'exploration minière du Québec, Pierre Bérubé. «L'exploration soutenue du diamant dans le nord du Québec laisse entrevoir des résultats encourageants.»

Quant à la coentreprise Ashton-Soquem, ses budgets 2005 n'ont pas encore été approuvés, mais Ashton dit que le gouvernement du Québec devrait poursuivre sa participation dans le projet. La filiale de la SGF n'a jamais précisé combien de temps elle était prête à demeurer dans l'aventure. Concrètement, les travaux d'exploration du tandem devaient coûté en 2004 environ 18 millions, soit le triple de 2003. Leur territoire, baptisé Foxtrot, s'étend sur 3800 kilomètres carrés, mais le bout de terre le plus fructueux ne fait que quelques kilomètres carrés.

Rappelons que les deux grosses mines de diamant au Canada sont celles baptisées Ekati (1998) et Diavik (2003), dans les Territoires-du-Nord-Ouest. Elles ont largement contribué à faire du Canada le numéro trois mondial de l'industrie.