Acheter une maison entre amis pour accéder à la propriété

Laurence et Jacques se sont rencontrés il y a quelques années au travail et réfléchissent désormais à devenir copropriétaires.
Illustration: Laurianne Poirier Laurence et Jacques se sont rencontrés il y a quelques années au travail et réfléchissent désormais à devenir copropriétaires.

Accéder à la propriété n’est-il devenu qu’un espoir ? Au Québec, près des trois quarts des non-propriétaires ont abandonné le rêve d’avoir un jour leur propre chez-soi, selon un récent sondage Ipsos réalisé pour Global News. Le Devoir a recueilli des histoires d’acheteurs potentiels qui continuent, tant bien que mal, d’espérer décrocher les clés de leur maison rêvée. Première rencontre : de l’amitié à la copropriété pour Laurence et Jacques.

Laurence et Jacques se sont rencontrés il y a quelques années au travail. D’abord collègues de bureau, ils sont ensuite devenus amis. Et ils réfléchissent désormais à un nouveau statut : pourquoi pas copropriétaires ?

« J’ai commencé à chercher une propriété il y a à peu près deux ans », raconte Laurence. Elle avait alors entamé seule des démarches auprès d’une agence de courtage immobilier et de sa banque afin d’obtenir une préautorisation. À l’époque, son budget était d’à peu près 230 000 $ — un montant qui lui est rapidement apparu insuffisant pour trouver son bonheur sur l’île de Montréal.

« J’en ai discuté avec Jacques, qui cherchait à acheter lui aussi. On s’est demandé : si on se met à deux, est-ce qu’on a un pouvoir d’achat qui est un peu plus grand ? » raconte-t-elle. « L’idée nous a emballés. On s’est lancés là-dedans en pensant que ce ne serait pas trop difficile de trouver un plex. »

Ensemble, les deux amis peuvent se permettre d’acheter une propriété valant 800 000 $. Leur objectif : dénicher un duplex, avec une cour si possible. Mais après plus d’un an de recherche, plus de 50 visites et une vingtaine d’offres, toujours rien.

« Toutes nos offres ont été faites en surenchère, et nous n’avons jamais été sélectionnés comme première offre », déplore Jacques. 

Ils cherchent idéalement à s’installer à Rosemont ou dans Parc-Extension, leurs coins préférés. Mais récemment, ils se sont résignés — à contrecœur — à s’éloigner et à regarder du côté d’Hochelaga.

Ont-ils des chances ?

Selon des données de la plateforme Centris obtenues par Le Devoir, le prix de vente moyen d’un duplex dans l’arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie dépassait 900 000 $ entre janvier et mars 2022, soit plus que le budget de Laurence et Jacques. Les deux amis auraient toutefois un peu plus de chances de trouver une propriété qui correspond à leurs moyens dans Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension (environ 755 000 $), et davantage encore dans Mercier–Hochelaga-Maisonneuve (environ 640 000 $).

« Quand tu y penses, c’est quand même fou. On a un bon salaire combiné et on n’est même pas capables de se trouver quelque chose », se désole Jacques. Et ce n’est pas faute de chercher : « On a visité plusieurs propriétés invivables, qui ont quand même été vendues plus cher que le prix demandé, qui était déjà ridiculement élevé », raconte-t-il.

Le rêve d’être propriétaire

« Moi, je suis chanceux », reconnaît Jacques. « J’habite actuellement dans un appartement avec un loyer pas cher. Mais c’est un tout petit demi-sous-sol et j’ai envie d’une upgrade. Or, quand je regarde ailleurs, les loyers des logements sont souvent le double de ce que je paie actuellement », ajoute-t-il.

Mais l’envie de vivre dans un endroit un peu plus grand démange celui qui a grandi en campagne, au nord de Montréal, dans une grande maison unifamiliale.

Laurence aussi. « De mon côté, j’ai un chien et un chat », explique-t-elle. « En ce moment, je dois essayer de trouver un nouvel appartement en attendant d’acheter, et c’est un vrai cauchemar de trouver un endroit abordable, surtout quand on a des animaux de compagnie », estime la jeune femme. « Je veux être propriétaire pour me sentir enfin libre et vraiment chez moi… Je veux pouvoir faire un trou dans le mur si ça me tente de faire des travaux, sans demander la permission ! » donne-t-elle comme exemple.

Les deux amis ne désespèrent pas de trouver le duplex qui comblera leurs attentes. Ils ont déjà des idées plein la tête : s’ils ont une cour, ils en profiteront ensemble.

Et si le duplex est doté d’un sous-sol, peut-être pourraient-ils partager un établi ? Ou aménager une chambre supplémentaire qui pourrait servir si l’un ou l’autre reçoit de la visite ?

Laurence et Jacques ne sont pas les seuls à penser à acheter entre amis pour accéder à la propriété.

Selon un sondage sur l’abordabilité du logement réalisé par RE/MAX Canada, un acheteur canadien sur trois (33 %) élabore de nouvelles stratégies pour entrer sur le marché, et 13 % mentionnent la mise en commun de leurs finances avec des amis ou de la famille comme option envisagée.

Avec Laurianne Croteau

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