Snapchat, le canari dans la mine des réseaux sociaux

Snapchat a connu mardi sa pire journée depuis son introduction en Bourse, il y a cinq ans.
Photo: Richard Drew Associated Press Snapchat a connu mardi sa pire journée depuis son introduction en Bourse, il y a cinq ans.

Ce sont des centaines de milliards de dollars qui se sont évaporés en Bourse en deux jours, soit depuis que la direction de Snap, société mère du réseau social Snapchat, a lancé l’avertissement que les prochains trimestres seraient plus difficiles que prévu. Les investisseurs craignent que les turbulences vécues par Snapchat s’étendent aux autres plateformes numériques, dont Facebook (Meta), Twitter et Google (Alphabet).

Snap a connu mardi sa pire journée depuis son introduction en Bourse, il y a cinq ans, perdant la moitié de sa valeur en quelques heures à peine. En dévoilant ses résultats trimestriels il y a un mois à peine, la direction de l’entreprise américaine avait pourtant révélé avoir atteint ses objectifs et satisfait les attentes des analystes.

Un marché rapidement détérioré

 

Mais voilà : le marché de la publicité numérique s’est rapidement détérioré ces dernières semaines, suffisamment pour que Snap doive avertir les marchés que ses prévisions pour le trimestre en cours ne tiennent plus la route.

« Comme bien d’autres entreprises, nous subissons la hausse de l’inflation et des taux d’intérêt, les turbulences dans l’approvisionnement et dans le marché de la main-d’œuvre, les changements législatifs touchant aux plateformes numériques, les effets de la guerre en Ukraine et plus », a indiqué dans une note interne reprise par les médias américains le p.-d.g. de Snap, Evan Spiegel.

Ces facteurs macroéconomiques sont déjà connus, mais frappent plus durement depuis le début de l’année le secteur des technologies, généralement plus volatil face aux fluctuations économiques.

Devant une hausse des coûts et une baisse de leur chiffre d’affaires, les entreprises se voient obligées de sabrer les dépenses. L’achat de publicité sur les réseaux sociaux et sur les autres plateformes numériques arrive généralement assez tôt dans ce processus.

Une fin de chapitre précipitée

 

Ce que Snap semble avoir confirmé mardi, c’est que ce repli des dépenses dans le marché de la publicité numérique s’est déjà amorcé.

Ce ne sont pas seulement les sociétés propriétaires de réseaux sociaux qui sont affectées. Ce sont toutes les sociétés Internet dont le modèle d’affaires repose sur la vente publicitaire. Le service de vidéo par Internet Roku a vu son titre perdre 14 % de sa valeur ces derniers jours. Tout ne va pourtant pas si mal dans l’économie numérique.

Snap prévoyait pour la période de trois mois en cours une croissance de ses revenus de 20 % à 25 % par rapport au même trimestre il y a un an. Sa révision fait plutôt état d’une croissance qui sera « probablement sous la partie la plus faible de cette fourchette ».

C’est donc la fin d’une période de croissance qui a été exacerbée par deux années d’une pandémie qui a fait la part belle aux technologies numériques.

Cette impression est renforcée par les résultats, eux aussi décevants, présentés ces dernières semaines par d’autres sociétés technologiques comme Meta et Netflix, où c’est plutôt le nombre de nouveaux abonnés qui commence à plafonner.

Tous les analystes qui jugeaient les sociétés technos trop généreusement évaluées en Bourse depuis quelques mois voient ces jours-ci se confirmer leur lecture de la situation.

14%
C’est la perte de valeur du titre du service de vidéo par Internet Roku ces derniers jours. Ce sont toutes les sociétés Internet dont le modèle d’affaires repose sur la vente publicitaire qui sont affectées.

En fait, l’excès d’enthousiasme des investisseurs semble s’être inversé rapidement, indiquait en début de semaine dans une note à ses clients la firme Mizuho.

« Le sentiment des investisseurs est maintenant absurdement faible […]. On peut se demander s’il reste encore des actions à vendre dans les secteurs technos » par des actionnaires déçus.

Après quelques mois d’une tendance baissière des titres technologiques suivis par l’indice Nasdaq en Bourse, même les observateurs optimistes découragent les investisseurs d’acheter ces titres pour le moment.

Chez UBS, par exemple, on recommande de diversifier les portefeuilles pour prévenir une trop grande exposition à la volatilité de ce secteur.

Une récession inévitable

 

Les prochains mois risquent de soutenir cette tendance, à mesure que les principales banques centrales hausseront leurs taux d’intérêt pour éviter que l’économie mondiale tombe dans une récession qui paraît de plus en plus inévitable.

Jamais dans les dernières décennies une hausse des cours de l’énergie comme celle que vit la planète depuis trois mois ne s’est terminée autrement que par une contraction économique.

Aux États-Unis, la Réserve fédérale continue tout de même d’y croire. Un rajustement minutieux des taux permettrait selon elle un atterrissage en douceur de l’économie américaine en attendant une reprise quelque part vers la mi-2023.

Ce n’est pas le scénario qu’on entrevoit en ce moment dans les technos.

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