Les six principaux défis pour les entrepreneurs émergents

Miriane Demers-Lemay
Collaboration spéciale
Pour le professeur Étienne St-Jean, la pandémie a permis de briser les tabous entourant le bien-être psychologique au travail.
Photo: Getty Images Pour le professeur Étienne St-Jean, la pandémie a permis de briser les tabous entourant le bien-être psychologique au travail.

La « vallée de la mort », c’est ainsi qu’est surnommée, dans le monde entrepreneurial, la période critique à laquelle ne survit pas une grande proportion des start-up au Québec. Pour aider les entrepreneurs à passer ce cap difficile, une récente enquête de l’Université du Québec à Trois-Rivières a permis de déterminer les principaux défis auxquels font face ceux qui démarrent leur entreprise.

« On sait que les jeunes compagnies sont généralement le moteur de l’innovation, et on a besoin [de cette innovation] pour créer l’économie de 2030 dans laquelle la plupart des emplois n’existent pas encore », observe Pierre Graff, président-directeur général du Regroupement des jeunes chambres de commerce du Québec (RJCCQ).

Or, le chemin est souvent parsemé d’embûches pour les jeunes entrepreneurs. « Les gens qui se lancent frappent très rapidement un mur, note M. Graff. Il y a de gros défis spécifiques à des compagnies en accélération et en croissance pour qu’elles puissent passer cette période de deux à cinq ans qui est extrêmement difficile, où le financement et le développement de compétences demandent quelque chose de totalement différent. C’est important d’avoir un portrait global de la situation, parce que notre action va dépendre de cet input sur le terrain. »

Pour connaître les défis propres au démarrage d’entreprise dans la province, des chercheurs de l’UQTR ont interrogés des centaines d’entrepreneurs par le biais de sondages et de groupes de discussion. L’étude, publiée en décembre dernier, a été réalisée en collaboration avec l’École des entrepreneurs du Québec et le RJCCQ. Le rapport a permis de cibler six principaux défis, notamment la gestion financière et légale, la gestion du développement de l’entreprise et de la carrière entrepreneuriale.

Mais le rapport a surtout permis de faire la lumière ou de parler ouvertement de défis émergents pour les entrepreneurs, que ce soit la gestion du capital humain dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre, mais aussi la gestion de la santé psychologique et des technologies numériques.

Des premières années difficiles pour la santé mentale

 

Prendre soin de sa santé mentale a toujours été un défi pour les jeunes entrepreneurs, mais avant la pandémie, le sujet a toujours été tabou, selon Étienne St-Jean, professeur à l’École de gestion de l’UQTR et coauteur du rapport. « On sait que c’est particulièrement difficile dans les premières années, qui amènent beaucoup de stress qu’il est important de gérer, dit-il. Souvent des entrepreneurs qui ont vécu des échecs, ça débouche sur des divorces, des dépressions, des choses comme ça. »

Malgré tout, la gestion de la santé mentale a longtemps été dans l’angle mort des formations et de l’accompagnement des jeunes entrepreneurs, selon M. St-Jean. Ce dernier observe toutefois que la pandémie a permis de briser le silence entourant l’importance du bien-être psychologique au travail.

« C’est devenu un peu plus légitime de ne pas se sentir bien, d’avoir une surcharge et d’être capable d’en parler, et de développer une offre de services adaptée, dit-il. C’est comme si ça donnait encore plus de poids et de pertinence à ce qu’on avait déjà trouvé avant la pandémie, parce que là, c’était exacerbé. Il y a toute une réflexion à faire, lorsqu’on accompagne un entrepreneur, afin de s’assurer qu’il soit en équilibre. »

Transition numérique

 

Outre la santé mentale, la gestion des technologies numériques constitue un autre élément qui s’impose de plus en plus pour les jeunes entrepreneurs, surtout depuis le début de la pandémie.

« Les entreprises ont dû rapidement passer à une offre de produits et de services en ligne, à des sites transactionnels, à la gestion des médias sociaux et ainsi de suite, constate M. St-Jean. Les entreprises doivent réfléchir à la question des technologies numériques et même souvent les intégrer dans leur modèle d’affaires. Bien souvent, les entrepreneurs sont un peu démunis, que ce soit pour décider de quel type de service ils ont réellement besoin ou quel fournisseur serait bon pour eux. »

« C’est venu confirmer que la transition numérique est toujours très très en retard au Québec, renchérit M. Graff. Donc, ç’a été l’opportunité, pour nous, d’aller essayer de trouver des formations qui étaient offertes et de les développer pour les rendre accessibles aux jeunes chambres de commerce et à leurs membres pour combler cet écart. »

Étienne St-Jean et Pierre Graff croient que ce nouveau portrait permettra notamment de revoir le soutien offert aux entrepreneurs émergents. « Le financement et le développement de compétences demandent quelque chose de totalement différent », opine M. Graff.

À voir en vidéo