Comment déconstruire les inégalités dans le monde entrepreneurial?

Miriane Demers-Lemay
Collaboration spéciale
Selon le professeur Olivier Germain, il est possible de s’attaquer aux inégalités dans le secteur entrepreneurial en mettant en valeur des modèles d’entrepreneurs qui sortent des stéréotypes.
Photo: iStock Selon le professeur Olivier Germain, il est possible de s’attaquer aux inégalités dans le secteur entrepreneurial en mettant en valeur des modèles d’entrepreneurs qui sortent des stéréotypes.

Si les entrepreneurs émergents font face à une panoplie de défis, les minorités visibles et les femmes doivent souvent prendre les bouchées doubles pour arriver au même résultat. Comment déconstruire les inégalités structurelles au sein du monde entrepreneurial ? Selon Olivier Germain, professeur en entrepreneuriat à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), cela passe notamment par l’émergence d’entrepreneurs qui montrent la voie vers de nouveaux possibles.

Des propos déplacés, un ton condescendant… Aux États-Unis, des femmes ont créé l’adresse courriel d’un faux collègue masculin pour démontrer la différence de traitements entre les hommes et les femmes. Plusieurs exemples comme celui-ci révèlent les inégalités dans le secteur entrepreneurial, précise Olivier Germain.

« Toutes les structures d’accompagnement, de financement, tout l’écosystème entrepreneurial a d’abord été pensé par et pour des hommes blancs, dans la force de l’âge, scolarisés, dit-il. Il y a des microagressions et des violences systémiques que vont rencontrer des personnes qui ne correspondent pas au stéréotype de l’entrepreneur, comme des femmes ou des groupes minorisés. Il peut être plus difficile pour elles d’avoir accès au financement ou de construire des réseaux pour développer des projets. »

« Si je pars une start-up et que je suis Haïtien, ce n’est pas le même défi que si je suis Québécois de souche ou Américain ! poursuit Olivier Germain. Ces personnes doivent faire face à un procès continu de délégitimation. » Selon le spécialiste, il est possible de s’attaquer aux inégalités de différentes manières. L’expert met notamment de l’avant le rôle de modèles joué par les entrepreneurs qui sortent des stéréotypes. « Ce sont des personnes qui construisent des possibilités, qui ouvrent des imaginaires [qui montrent] que toi aussi tu peux t’émanciper, défaire des systèmes d’oppression », explique M. Germain, qui n’hésite pas à qualifier ces entrepreneurs « d’activistes ».

Toutes les structures d’accompagnement, de financement, tout l’écosystème entrepreneurial a d’abord été pensé par et pour des hommes blancs, dans la force de l’âge, scolarisés

 

Olivier Germain donne l’exemple d’une salle de classe où l’on présenterait deux modèles d’entrepreneures : une qui est devenue millionnaire grâce à son entreprise, et une autre qui a créé son café. Si les jeunes filles de la classe peuvent considérer comme inaccessible la réussite époustouflante de la millionnaire, elles peuvent davantage s’identifier à la réussite professionnelle de la propriétaire du café.

« Construisons de nouveaux héros et de nouvelles héroïnes ! suggère Olivier Germain. On doit aussi rendre l’entrepreneuriat accessible, et pour cela, il faut montrer des réussites plus banales et démocratiser avec des modèles plus ordinaires. »

Beverley Jacques, cofondateur de DOD Basketball, est l’un de ceux qui contribuent à faire changer les choses dans l’ombre, souligne Olivier Germain. « Il est entrepreneur marchand, en même temps, il a développé des activités de basket », dit l’expert, qui ajoute qu’en plus de son engagement social, cet entrepreneur d’origine haïtienne aide bénévolement la relève issue de communautés minoritaires afin qu’elles évitent les écueils et les microaggressions lors du démarrage de leur entreprise.

Changer les perceptions

 

Olivier Germain souligne également le rôle d’organismes qui luttent contre l’inégalité structurelle, comme l’incubateur d’entreprises Groupe 3737, qui accompagne des entrepreneurs issus de la diversité. « Pour moi, Groupe 3737 incarne le fait qu’on peut créer des structures qui vont aller chercher des financements particuliers pour les communautés racisées, qui vont les bouger [ces structures]. »

« En 20 ou 30 ans, l’entrepreneuriat est devenu une industrie avec des travailleurs qui peuvent véhiculer ou répéter, sans forcément le comprendre et le vouloir, un système qui peut être excluant, ajoute l’expert. Pour moi, il y a un effort de sensibilisation et de formation à faire. »

À voir en vidéo