Énergir peine à vendre tout son gaz naturel renouvelable

Deux projets québécois de production ont commencé à injecter du gaz naturel renouvelable dans le réseau d’Énergir en 2021.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Deux projets québécois de production ont commencé à injecter du gaz naturel renouvelable dans le réseau d’Énergir en 2021.

Énergir pourrait devoir jouer un rôle important dans le déploiement de la Stratégie sur l’hydrogène et les bioénergies que présentera mercredi le gouvernement du Québec. Or, le plus important distributeur peine à vendre le gaz naturel renouvelable (GNR), a constaté Le Devoir.

Dans des documents déposés ces dernières semaines à la Régie de l’énergie du Québec, l’entreprise fait état de ses difficultés à trouver des preneurs pour les 55 millions de mètres cubes de GNR acquis pour l’année 2021-2022.

« Des millions de m3 » de GNR n’ont pas été vendus, peut-on y lire. En avril, lors d’une audience, la directrice principale de la commercialisation et des solutions énergétiques chez Énergir, Anick Ratelle, expliquait la situation à la Régie de l’énergie en ces termes : « L’ensemble des clients sur la liste d’attente ont été contactés. Puis, si on peut dire, ils ont comme passé leur tour. »

En entrevue au Devoir, le directeur général de l’approvisionnement gazier et du développement des gaz renouvelables chez Énergir, Vincent Regnault, soutient que cette situation est contextuelle. « Depuis près de cinq ans, on travaille beaucoup pour développer la filière du GNR. Développer un projet, c’est quelque chose qui prend du temps : ça peut prendre trois ou quatre ans. »

Il n’y a rien d’alarmant, selon M. Regnault : « On arrive dans une période où les projets développés commencent à injecter [leur production] dans le réseau. »

Deux projets québécois de production ont commencé à injecter du GNR dans le réseau d’Énergir en 2021. La Régie de la gestion des matières résiduelles de la Mauricie et la Ville de Québec suivront dans la deuxième moitié de l’année 2022. Puis, d’ici 2024, quatre autres projets, situés pour leur part en Ontario et aux États-Unis, s’y joindront. Énergir espère que le GNR représenta 5 % des injections à l’horizon de 2025.

Risque de socialisation des coûts

 

Avec l’augmentation de la quantité de GNR dans son réseau, Énergir se doit d’attirer plus de clients s’il ne veut pas être contraint de facturer les coûts supplémentaires à sa clientèle actuelle. « Essentiellement, ce qui a été décidé par la Régie de l’énergie, c’est que si on devait se rendre à une socialisation de quelque coût que ce soit, ce serait à l’ensemble de la clientèle d’Énergir », dit-il.

M. Regnault assure que l’entreprise n’en est toutefois pas là. « Là, maintenant, on est dans une phase de commercialisation énergique. Ce qu’on dit aux clients : vous voulez du GNR, vous en avez. » Lancée dans les dernières semaines, une campagne publicitaire fait d’ailleurs de l’œil aussi bien aux clients résidentiels qu’aux clients institutionnels et industriels.

Coûts plus élevés

 

Le prix d’achat du GNR est près de deux fois plus élevé (13,92 $ par gigajoule) que celui du gaz naturel fossile (7,76 $ par gigajoule). M. Regnault soutient toutefois qu’on ne doit pas effectuer cette comparaison : « Pour avoir une comparaison qui se tienne, il faut que l’on compare [le GNR] avec [la source pouvant le remplacer,] qui est l’électricité. Et lorsqu’on a un GNR à 14 $, il est compétitif avec l’électricité. »

« Plusieurs morceaux du puzzle se mettent en place » et faciliteront la commercialisation du GNR, selon lui, dont « les pressions qui sont exercées par nos différents ordres de gouvernement ».

Pour avoir une comparaison qui se tienne, il faut que l’on compare [le GNR] avec [la source pouvant le remplacer,] qui est l’électricité. Et lorsqu’on a un GNR à 14 $, il est compétitif avec l’électricité.

 

La Ville de Montréal a récemment annoncé qu’elle ne permettrait plus le gaz naturel d’origine fossile dans les immeubles d’ici quelques années, rappelle-t-il. « On a ici une raison pour laquelle les clients voudraient consommer du GNR et éviter d’avoir à changer leurs équipements, avec les coûts que ça implique », conclut-il.

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