Le redécollage de l’industrie aérospatiale menacé par une taxe sur le luxe

L’industrie aérospatiale enjoint à Justin Trudeau de reconsidérer sa taxe de 10 % à 20 % sur l’achat d’aéronefs neufs.
Ryan Remiorz La Presse canadienne L’industrie aérospatiale enjoint à Justin Trudeau de reconsidérer sa taxe de 10 % à 20 % sur l’achat d’aéronefs neufs.

Moins d’avions vendus, moins de revenus pour les entreprises, moins de taxes pour le Trésor public et des mises à pied par centaines… Des turbulences menacent les entreprises aérospatiales canadiennes si Ottawa va de l’avant avec sa taxe sur les produits de luxe, plaident les représentants de l’industrie dans une lettre au gouvernement. Celui-ci n’entend pas faire marche arrière.

« La taxe sur certains biens de luxe pénalisera les fabricants, les opérateurs, les distributeurs, les pilotes et les fournisseurs, et aura un impact négatif sur les emplois », ont plaidé en chœur, mardi, sept représentants de l’industrie dans une lettre destinée au premier ministre Justin Trudeau et à la ministre des Finances, Chrystia Freeland.

« Cela entraînera également des répercussions importantes au sein de la chaîne d’approvisionnement, des industries de maintenance, de réparation et de révision, et de l’ensemble de l’écosystème aéronautique à un moment où ils commencent tout juste à se remettre des effets dévastateurs de la pandémie de COVID-19 », poursuivent-ils dans le document consulté par Le Devoir. Près de 28 000 emplois dans ce secteur ont en effet été perdus entre 2019 et 2020.

Cette taxe de 10 à 20 % sur les aéronefs neufs de plus de 100 000 $ entrera en vigueur en septembre prochain. Ottawa estime que cette taxe engrangera 604 millions de dollars en revenus fiscaux sur cinq ans, à compter de 2021-2022.

Au contraire, c’est plutôt un millier d’emplois et près d’un milliard en revenu qui seront perdus au pays à cause de cette taxe, estime Mike Mueller, président de l’Association des industries aérospatiales du Canada, dans un entretien avec le Devoir. « Cette taxe va refroidir l’industrie, envoyer un signal à l’étranger que l’on ne valorise pas cette industrie. Les acheteurs potentiels vont aller voir ailleurs. »

« Cette mesure n’est pas une nouvelle proposition », a répliqué par voie écrite Adrienne Vaupshas, du cabinet de la ministre des Finances. Cette taxe figurait parmi les promesses électorales du gouvernement en 2019. « Le gouvernement a été réélu sur une plateforme électorale qui comprenait l’engagement d’introduire une taxe de luxe sur les yachts, les jets privés et les voitures de luxe. Pour nous assurer que nous disposons des ressources nécessaires pour investir dans les Canadiens et pour aider notre relance économique à la suite de la pandémie de COVID-19, nous veillons à ce que les plus riches paient leur juste part d’impôt. »

La vente d’aéronefs civils a chuté de près de 50 % en 2020 au Canada, mais l’industrie a déjà retrouvé, cette année, 75 % de son chiffre d’affaires prépandémique, selon les évaluations du gouvernement.

L’industrie aérospatiale était la plus importante au Canada en recherche et développement en 2020.

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