Fannie Mae: les soupçons de fraude s'amoncellent dans un dossier tentaculaire

L’étau se resserre sur Franklin Raines (notre photo), l’ancien p.-d.g. de Fannie Mae, ainsi que sur son directeur financier, Timothy Howard.
Photo: Agence Reuters L’étau se resserre sur Franklin Raines (notre photo), l’ancien p.-d.g. de Fannie Mae, ainsi que sur son directeur financier, Timothy Howard.

Washington — L'étau se resserre autour de Fannie Mae, le géant américain du refinancement hypothécaire, déjà reconnu coupable d'avoir manipulé ses comptes, et désormais soupçonné d'avoir versé des primes faramineuses à ses dirigeants.

Fannie Mae, qui joue un rôle crucial dans l'immobilier américain et l'accès à la propriété, est depuis plusieurs mois dans le collimateur du gendarme de la Bourse américaine, la Securities and Exchange Commission (SEC).

L'affaire est «en train de devenir un cas d'école de scandale financier», a même estimé le Financial Times (FT) dans un éditorial.

À la mi-décembre, la SEC a déjà reconnu l'organisme coupable de fraude comptable l'obligeant à réviser ses comptes sur presque quatre années complètes, entre le 1er janvier 2001 au 30 septembre 2004. Des accusations qui devraient lui coûter neuf milliards de dollars, selon les propres estimations initiales de Fannie Mae.

Le groupe n'a depuis cessé de faire profil bas. Décidé à «prendre les mesures nécessaires pour remplir entièrement les exigences de la SEC», il s'est engagé mercredi à «réévaluer ses résultats financiers sur la période» mise en cause.

Mais le scandale a franchi une nouvelle étape hier avec des rumeurs d'ouverture d'un nouveau volet dans l'enquête de la SEC, cette fois-ci centré sur les pratiques comptables d'anciens dirigeants.

Sur le banc des accusés, Franklin Raines, l'ancien p.-d.g. de Fannie Mae, et son directeur financier, Timothy Howard. Tous deux ont quitté le navire mardi.

Les soupçons portent notamment sur leur bonne foi lorsqu'il fallait «certifier l'exactitude des comptes», explique le FT, citant des sources proches du dossier.

La SEC devrait tenter de déterminer si les deux hommes ont violé ou non les termes de la loi Sarbanes-Oxley sur la gouvernance d'entreprise, qui régule les pratiques en matière de communication financière et de comptabilité.

Pour les deux hommes, l'étau se resserre d'autant plus que les indemnités perçues pour leur départ pourraient être indues, renchérit le Wall Street Journal.

Si le bureau de surveillance fédérale de l'immobilier (OFHEO), qui enquête sur ce point, devait arriver à la conclusion que MM. Raines et Howard ont été en fait licenciés «pour faute», ces primes pourraient être annulées.

M. Raines a pris sa retraite et M. Howard a démissionné, avait indiqué Fannie Mae mardi soir.

Dans ce dossier tentaculaire, les régulateurs pourraient aussi s'intéresser au cabinet KPMG, qui auditait les comptes de Fannie Mae jusqu'à mardi, jour où l'organisme a décidé de mettre un terme à leur coopération.

«Le processus de contrôle va être long», estime l'agence de notation financière Fitch.

Et le risque pèse sur Fannie Mae que les enquêteurs découvrent encore «davantage de manquements aux règles comptables», avance-t-elle.

Pourtant, à Wall Street, le titre de l'organisme de statut privé, mais supervisé par le gouvernement (statut de GSE), s'est plutôt bien repris après ses pertes de fin septembre lorsque la SEC a commencé à enquêter.

Explication de cette résistance en Bourse: «les problèmes de Fannie Mae sont plus politiques qu'économiques», résumait hier le New York Times.

Au-delà des pertes comptables, certes énormes mais qui peuvent être compensées par des entrées d'argent frais, les détracteurs de Fannie Mae pourraient utiliser l'affaire pour exiger davantage de régulation dans un secteur des prêts hypothécaires pour les logements individuels qui pèse plus de 4000 milliards de dollars.