Les Européens impuissants à stopper la hausse de leur monnaie

Un immense sigle de l’euro devant les bureaux de la Banque centrale européenne, à Francfort.
Photo: Agence Reuters Un immense sigle de l’euro devant les bureaux de la Banque centrale européenne, à Francfort.

Francfort — Faute de soutien des États-Unis et de la Chine, la zone euro, la Banque centrale européenne (BCE) en tête, apparaît désarmée face à la hausse de sa monnaie, qui a dépassé hier le seuil record de 1,35 dollar, longtemps considéré comme la cote d'alerte pour sa croissance encore fragile.

Le ministre des Finances Hervé Gaymard a bien averti le même jour que la chute du dollar pouvait devenir «catastrophique sur le plan mondial» et exhorté les États-Unis à «absolument» comprendre lors du G7 finances de février la nécessité d'une gestion internationale «coordonnée».

Cela risque toutefois de rester un voeu pieux. Washington continue à s'accommoder parfaitement de la dépréciation de sa monnaie, qui aide à doper les exportations du pays, donc à réduire son déficit courant abyssal ainsi qu'à limiter les délocalisation d'emplois. Au début du mois, le très sérieux quotidien financier allemand Boersen-Zeitung citait un haut responsable du Trésor américain, sous couvert d'anonymat, selon lequel les États-Unis ne commenceront à songer à une intervention pour stopper le mouvement qu'à partir du moment où l'euro «aura dépassé les 1,45 dollar».

Il y a encore quelques semaines, nombre d'économistes pensaient que le seuil de 1,35 dollar constituerait la limite du tolérable pour la Banque centrale européenne, à partir de laquelle elle se résoudrait à intervenir sur le marché des changes. L'euro fort pèse en effet sur les exportations du continent et donc sur sa croissance.

«La BCE devrait recommencer à acheter ouvertement des dollars à partir d'environ 1,35 dollar», disait ainsi fin novembre, Joachim Fels, économiste de la banque Morgan Stanley. De surcroît, la dernière fois que la Bundesbank allemande était intervenue face à une progression jugée excessive du dollar, le 15 août 1995, elle l'avait fait à un cours recalculé de l'euro équivalent à 1,35 dollar.

Mais, les semaines passant, les incantations récurrentes des dirigeants de la BCE contre les «mouvements de change malvenus» sonnent de plus en plus creux. Sur le fond, ils paraissent pas prêts à se jeter à l'eau seuls. «L'expérience des trente années passées a montré que les banques centrales devaient s'orienter vers la stabilité des prix, et non vers un niveau donné de taux de change», a prévenu mardi dernier l'un d'eux, le président de la Bundesbank Axel Weber. «Les hommes politiques ne devraient pas en demander plus à une banque centrale», a-t-il ajouté.

Une semaine auparavant, son collègue portugais Vitor Constancio avait tenu des propos similaires, affirmant que la BCE ne «suit pas d'objectif de change». En clair: qu'elle peut donc s'accommoder d'une progression de l'euro si celle-ci est jugée inévitable et si elle se fait de manière progressive.

Comme dans le même temps, l'institut monétaire a fermé la porte au début du mois à l'autre outil dont elle dispose pour freiner la baisse du dollar, à savoir une baisse de ses taux d'intérêt pour réduire l'attractivité des placements en Europe, il ne reste plus pour la zone euro qu'à attendre que les États-Unis acceptent de faire un geste, estiment les analystes.

«Même à 1,35 ou davantage, je ne pense pas que la BCE interviendra dans les conditions actuelles», où les chances d'agir de concert avec la Fed américaine sont quasi nulles, estime Holger Fahrinkrug, de la banque UBS. «Elle ne veut pas utiliser sa poudre sans perspective de succès, ce qui lui ferait perdre toute crédibilité. Or, la tendance à la baisse du dollar est aujourd'hui solidement ancrée sur les marchés», ajoute-t-il.