Moins de moutarde dans les hot-dogs cet été?

Ce texte est tiré de notre infolettre « Le Courrier de l’économie » du 23 mai 2022. Pour vous abonner, cliquez ici.

Les problèmes de chaîne d’approvisionnement qui affligent le monde auront au moins eu des vertus pédagogiques quant au fonctionnement de l’économie et du commerce. L’une de ces leçons passera cet été par nos hot-dogs.

Les amateurs de la fameuse moutarde de Dijon ont découvert qu’ils devront apprendre à se passer de leur condiment préféré cette année — ou du moins accepter de le payer plus cher. C’est vrai que l’hiver a été pluvieux et s’est conclu par quelques jours de grand froid, l’an dernier, dans la région bourguignonne, ce qui a été très mauvais pour les récoltes de grains de moutarde, mais le problème n’est pas vraiment là, a récemment rapporté le quotidien britannique The Guardian.

Le drame, c’est qu’une obscure province appelée Saskatchewan a subi des semaines de chaleur infernale et de terribles sécheresses l’été dernier, que cela y a réduit de moitié les rendements agricoles… et que la célèbre moutarde française est fabriquée de 60 % à 80 % de grains canadiens.

Le Canada, une superpuissance

 

Les Français ne doivent pas être trop vexés par cette grande dépendance dans le domaine : le Canada est LA superpuissance mondiale en la matière, avec 50 % de la production des moutardes condimentaires sur la planète, rapportait l’automne dernier l’émission La semaine verte, de Radio-Canada. Il exporte en moyenne 70 000 tonnes de moutarde jaune chaque année, particulièrement aux États-Unis, où elle sert à la production de moutarde commune. Environ 30 000 tonnes de grains de moutarde brune prennent principalement la route de l’Europe, pour entrer notamment dans la fabrication de moutarde de Dijon, alors que 10 000 tonnes de moutarde orientale sont vendues en Asie.

Les États-Unis étaient ainsi le premier marché d’exportation des producteurs canadiens, comptant pour plus de la moitié de leurs recettes de 117 millions, indique Ottawa, suivis par la Belgique (17 % du total) et le Japon (3 %). La France n’arrive qu’au 32e rang.

Les Français ne doivent pas être non plus trop embarrassés de ne pas avoir été au courant de l’importance centrale du Canada dans le domaine. Il y a quelques années, le gouvernement canadien avait lui-même envisagé d’imposer des tarifs commerciaux contre les importations de moutarde jaune américaine en représailles au protectionnisme de Donald Trump ; il a changé d’avis quand il a compris que cette moutarde était largement fabriquée à partir de grains canadiens.

Moins dépendants que les Français des importations de grains canadiens, les fabricants allemands de moutarde se croyaient mieux lotis, observait le mois dernier le magazine Inspirement. Ils ont toutefois déchanté quand les tanks russes ont saccagé les champs de leurs fournisseurs ukrainiens.

 

Croissants et chocolatines

Sorte de retour des choses, Le Journal de Montréal rapportait jeudi dernier qu’il serait plus difficile que d’habitude, cet été, de trouver les mêmes bons croissants et bonnes chocolatines au Québec. C’est qu’il faut un beurre plus gras, qui contient moins d’eau et qui résiste mieux à la chaleur pour réussir parfaitement ces délices, y expliquait-on. Appelé « beurre de tourage », cet ingrédient secret n’est étrangement pas produit au Québec, mais est importé… de France, évidemment.

Or, on a du mal à répondre à l’explosion de la popularité des viennoiseries dans le monde, notamment en Asie, rapportait la presse française au début de l’année. De plus, le Canada limite la quantité de produits laitiers qui peuvent être importés chaque année. Comme la demande de croissants et de chocolatines est aussi en hausse ici, la limite de beurre de tourage serait maintenant atteinte.

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