L'Europe résiste à Microsoft

New York — Microsoft, qui a multiplié en 2004 les signatures d'armistice avec ses ennemis aux États-Unis, se heurte, avec la justice européenne, à un adversaire déterminé à corriger les atteintes à la libre concurrence.

Le Tribunal de première instance de la Cour européenne de justice (CEJ) a refusé hier au numéro un mondial des logiciels la suspension des «mesures correctives» imposées par la Commission européenne dans le cadre de sa condamnation pour abus de position dominante. En clair, le groupe doit désormais offrir au plus vite à ses clients européens une version de son système d'exploitation vedette Windows débarrassée de l'application de lecteur de fichiers audio et vidéo Media Player, une des pierres angulaires du dossier européen.

Microsoft a assuré dès hier qu'il s'exécuterait. «Les fabricants de PC devraient avoir cette nouvelle version de Windows à leur disposition en janvier et le reste des acteurs de la chaîne de distribution en février», a affirmé Brad Smith, responsable des affaires juridiques.

Heureusement, estime la banque d'affaires Citigroup Smith Barney, «les commentaires du juge semblent suggérer que Microsoft pourra intégrer de nouvelles fonctionnalités de sécurité, recherche, média, etc., dans les futures versions de son système d'exploitation».

Un revers net

Si l'impact financier de la décision d'hierest jugé quasiment nul, c'est «un revers net pour Microsoft en Europe, qui rend improbable le règlement à l'amiable» toujours souhaité ardemment par le groupe, juge de son côté la maison de courtage SG Cowen.

La stratégie américaine du groupe, qui est de s'entendre à l'amiable avec ses opposants moyennant le paiement de centaines de millions de dollars, se heurte à un mur en Europe. «Lorsque les preuves [de fautes] ont été rassemblées, il est quasiment impossible d'arrêter le système judiciaire», relève le professeur Nicholas Economides, expert du droit des affaires à l'université de New York.

Certes, des concurrents comme Novell ou Sun Microsystems ont fait la paix cette année avec Microsoft, cessant de fournir à Bruxelles des éléments à charge, mais «ils l'ont fait avec des considérations de long terme, pour leur futur», plutôt que pour éteindre le dossier européen. «Je ne pense pas qu'on puisse le stopper», a insisté l'universitaire.

La poignée de mains en avril entre Steve Ballmer et Scott McNealy, respectivement p.-d.g. de Microsoft et de Sun, restera comme une image forte de 2004. Certes elle a coûté 1,6 milliard $US à Microsoft, mais les deux groupes étaient devenus ennemis jurés en 2002 quand Sun avait porté devant la justice américaine les atteintes à son langage de programmation universel Java. En novembre, Bruxelles avait perdu deux autres alliés dans son combat quand Novell — qui édite le logiciel libre Linux — et la Computer and Communication Industry Association (CCIA), coalition de concurrents comme Oracle, AOL ou Yahoo!, avaient annoncé des accords financiers avec Microsoft.

Ces compromis bienvenus n'ont pas empêché Microsoft de subir une défaite hier. «Microsoft a perdu car il ne pourra plus déterminer complètement quelles fonctions mettre dans son système d'exploitation», selon M. Economides.