Sherbrooke quantique commence à se dessiner

Jean-François Venne
Collaboration spéciale
Le nouveau bâtiment de l’Institut quantique, situé sur le campus principal de l’Université de Sherbrooke
Photo: Michel Caron/UdeS Le nouveau bâtiment de l’Institut quantique, situé sur le campus principal de l’Université de Sherbrooke

Sherbrooke quantique, l’une des deux premières zones d’innovation (ZI) du Québec, commence à prendre forme. Cette ZI a pour objectif de développer les sciences quantiques et leurs applications technologiques. Elle regroupe plusieurs partenaires locaux, dont l’Université, le Cégep, la Ville et Sherbrooke Innopole, en plus d’entreprises comme IBM, Bell, 1QBit et Eidos. IBM devrait d’ailleurs installer en Estrie un ordinateur quantique, l’un des rares de l’entreprise à l’extérieur des États-Unis.

La ZI relie l’Université de Sherbrooke (UdeS) au centre-ville et à son nouveau Quartier général de l’entrepreneuriat, en passant par un ancien secteur industriel. « La zone vise à attirer des investissements étrangers, à développer l’économie et à renforcer l’expertise dans l’informatique quantique dont jouit déjà la région, mais elle créera aussi des milieux de vie », explique la directrice générale par intérim, Josée Fortin.

Un domaine porteur

 

Parier sur l’informatique quantique n’était pas évident au départ. Le domaine reste peu connu et mal compris. Josée Fortin elle-même avoue n’avoir découvert qu’en 2019 — au moment de l’arrivée du fleuron canadien du quantique 1QBit — que la ville abritait un bel écosystème dans ce domaine. Elle était alors directrice générale de Sherbrooke Innopole.

« Pour la ZI, nous voulions un thème qui se démarque de ce qui se fait ailleurs au Québec, et l’informatique quantique y correspondait bien, précise-t-elle. En plus, c’est un secteur très porteur pour l’avenir, comme l’intelligence artificielle il y a quelques années. »

L’informatique quantique reste assez obscure pour le commun des mortels. Pour résumer très simplement, rappelons que celle-ci opère en utilisant le bit quantique (qubit), plus complexe que le bit traditionnel basé sur des séries de 0 et de 1. Cette approche différente et d’autres particularités lui permettent de dégager une capacité de calcul inégalée. Cette puissance reste toutefois assez instable. Les processeurs quantiques doivent être employés à très basse température et demeurent très sensibles à leur environnement. Jusqu’à maintenant, l’informatique quantique est offerte en tant que service (QaaS), par des géants comme IBM, Microsoft et Amazon.

Un nouvel atout pour l’UdeS

L’UdeS développe depuis plusieurs années son expertise dans ce domaine. La création, en 2016, de l’Institut quantique, qui réunit des scientifiques spécialisés en matériaux, information et ingénierie quantique, a constitué un jalon important. En juin 2020, l’Institut s’est associé avec IBM pour ouvrir l’Espace IBM Quantique, qui favorise les collaborations entre la communauté de recherche et les entreprises privées. Ses membres jouissent d’un accès exclusif aux systèmes informatiques quantiques les plus avancés d’IBM. Cela a attiré de nouveaux partenaires, dont CMC Microsystèmes et Lockheed Martin Canada.

« Bien sûr, la zone ne se limite pas à l’Institut, mais il a joué un rôle important pour structurer l’écosystème quantique dans la région et pour sensibiliser aux possibilités que cette technologie offre aux chercheurs et aux entreprises, explique Vincent Aimez, vice-recteur à la valorisation et aux partenariats de l’UdeS. C’était un élément majeur dans l’obtention d’une ZI. »

L’arrivée de la ZI augmentera les occasions pour l’Université de nouer des collaborations de recherche et d’application avec des sociétés privées. L’UdeS est déjà celle au Canada qui mise le plus sur les projets de recherche en partenariat avec le secteur privé. « La ZI est basée sur l’excellence de la recherche fondamentale et les liens avec le privé », rappelle le vice-recteur.

La ZI devient aussi un atout important pour la formation de la communauté étudiante. « Cela ajoutera des milieux pour effectuer des apprentissages expérientiels », note Vincent Aimez. L’UdeS développe d’ailleurs un nouveau baccalauréat en science informatique quantique, le premier au Québec et l’un des rares dans la francophonie. Il devrait être offert dès l’automne et comprendra une grande part de stages en entreprise.

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