L’inflation a continué d’augmenter le mois dernier

C’était le cinquième mois d’affilée que la hausse annuelle des prix dépassait les 5%, alors que de pareilles augmentations mensuelles ne s’étaient produites que cinq fois durant toute la décennie 2010-2020, selon Statistique Canada.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne C’était le cinquième mois d’affilée que la hausse annuelle des prix dépassait les 5%, alors que de pareilles augmentations mensuelles ne s’étaient produites que cinq fois durant toute la décennie 2010-2020, selon Statistique Canada.

Contrairement aux attentes, l’augmentation du coût de la vie s’est encore accélérée, le mois dernier, portée notamment par la hausse des prix de l’alimentation et du logement. Et elle risque fort de connaître encore un autre sursaut, avant de commencer à ralentir graduellement sous l’effet de la hausse des taux d’intérêt par les banques centrales.

Comme on se compare de moins en moins à une époque durant laquelle les prix étaient encore fortement déprimés par la pandémie de COVID-19 et où le coût de l’essence avait diminué le mois dernier, la plupart des experts avaient prévu, pour avril, l’atteinte d’un plateau, sinon un léger tassement, à l’instar des États-Unis où la mesure de l’inflation est passée de 8,5 % à 8,3 %.

On a vu plutôt les prix à la consommation, au Canada, augmenter de 6,8 % entre avril 2021 et avril 2022, soit un peu plus encore que la variation annuelle de 6,7 % enregistrée au mois de mars, a rapporté mercredi Statistique Canada. Le Québec n’a pas fait exception, affichant, pour un deuxième mois d’affilée, une mesure identique.

À l’épicerie

La hausse des prix se fait particulièrement sentir dans le panier d’épicerie. Cela reflète notamment l’impact de l’invasion de l’Ukraine par la Russie — deux grands exportateurs de blé —, de mauvaises conditions météorologiques dans des régions agricoles et la hausse du prix des engrais et du gaz naturel pour les agriculteurs. Le prix des aliments achetés en magasin était 9,7 % plus élevé en avril que 12 mois auparavant, une première depuis septembre 1981.

C’était le cinquième mois d’affilée que la hausse annuelle des prix dépassait les 5 %, alors que de pareilles hausses mensuelles ne s’étaient produites que cinq fois durant toute la décennie 2010-2020, observe Statistique Canada.

Dans ce domaine, l’augmentation des prix se révèle généralisée. On l’observe aussi bien du côté des fruits (10 %) et des légumes frais (8,2 %), que de la viande (10,1 %), du pain (12,2 %), des pâtes alimentaires (19,6 %), du riz (7,4 %) ou de la tasse de café (13,7 %).

Sous le toit

 

Les frais de logement continuent aussi de peser de plus en plus lourdement sur le portefeuille des ménages, avec une hausse annuelle qui est passée, en avril, de 6,8 % à 7,4 %, l’augmentation la plus élevée en presque 40 ans.

Reflet du prix des nouveaux logements, le coût de remplacement par le propriétaire a notamment grimpé de 13 %. Le prix des loyers a aussi augmenté en moyenne de 4,5 %, notamment dans les provinces les plus peuplées comme l’Ontario (+ 5,3 %), le Québec (+ 4,3 %) et la Colombie-Britannique (+ 6,4 %).

Le relèvement des taux d’intérêt de la Banque du Canada commence à peine à se faire sentir. Le coût des intérêts hypothécaires a ainsi connu, le mois dernier, sa première hausse mensuelle (+ 0,2 %) depuis le début de pandémie, mais est demeuré inférieur de 4,4 % à ce qu’il était il y a un an.

L’augmentation annuelle des coûts de chauffage au gaz naturel (+ 22,2 %) ou au mazout (+ 64,4 %) a eu plus d’impact cette fois.

Des augmentations généralisées

 

À l’inverse, les prix de l’essence ont connu un rare recul en avril (- 0,7 %) en même temps qu’on révisait à la baisse les perspectives de l’économie mondiale. Cela n’a toutefois aidé qu’à réduire la hausse sur an de 39,8 % à 36,3 %.

En fait, l’augmentation des prix apparaît relativement généralisée, les trois différents indicateurs de référence de la Banque du Canada en matière d’inflation fondamentale ayant tous augmenté depuis janvier et dépassant tous, en avril, la borne supérieure de sa cible d’inflation allant de 1 % à 3 %.

Longtemps à la traîne, l’augmentation annuelle du prix des services s’élève désormais à 4,6 %. Les repas au restaurant coûtent aujourd’hui 6,6 % plus cher qu’il y a un an.

Au même moment, le salaire horaire moyen des employés ne s’est accru que de 3,3 % en un an, soit loin d’être assez pour compenser la hausse du coût de la vie, souligne Statistique Canada. Toutefois, « le taux de chômage s’est [aussi] établi à un creux record en avril, et un marché du travail vigoureux tend à exercer une pression à la hausse sur les prix ».

Les hausses des taux d’intérêt à venir

La vigueur de l’emploi ne sera pas le seul facteur à souffler sur les braises de l’inflation au Canada, ont prévenu des experts mercredi.

Quiconque est passé récemment par une station-service sait dans quelle direction et avec quelle vigueur les prix de l’essence sont repartis après leur petit tassement du mois dernier, a observé dans une brève analyse James Orlando, de la Banque TD.

Le ralentissement en avril de la hausse du prix des biens hors aliments et énergie suggère que certains problèmes dans les chaînes d’approvisionnement mondiales sont peut-être en train de s’atténuer, a observé Andrew Grantham, de la Banque CIBC.

D’un autre côté, les interdictions d’exportations décrétées dans plusieurs pays par peur de pénurie d’aliments, ainsi que les strictes mesures sanitaires imposées en Chine n’arrangeront pas les choses, ont prévenu Matthieu Arseneau et Alexandra Ducharme, de la Banque Nationale.

La mesure de l’inflation devrait ainsi dépasser les 7 % en mai et pourrait bien se maintenir au-dessus de 6 % jusqu’à la fin de l’année, croit l’économie en chef de la Banque de Montréal, Douglas Porter.

« Peu importe où l’on regarde, l’inflation est là », ont résumé Royce Mendes et Tiago Figueiredo, du Mouvement Desjardins. Dans ce contexte, les deux économistes voient mal comment la Banque du Canada pourrait ne pas procéder à deux hausses consécutives de ses taux d’intérêt de 0,5 point de pourcentage chacune à ses deux prochaines réunions de politique monétaire en juin et en juillet.

Actuellement à 1 %, le taux directeur de la banque centrale canadienne n’aura pas à aller plus haut que 2,5 % pour ramener l’inflation à sa cible de 2 % l’an prochain, a estimé Andrew Grantham.

Sa consœur de la Banque Royale Claire Fan pense, elle aussi, que les hausses des taux d’intérêt finiront par produire leur effet et « calmer la demande et la pression sur les prix au fur et à mesure que l’année avancera ».

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