Le Canada est plus vulnérable aux perturbations commerciales qu’il n’y paraît

La fabrication automobile est l’industrie la plus importante du groupe étudié, avec presque deux tiers d’intrants directement ou indirectement importés, 86% de la production exportée et, dans tous les cas, avec pour principal (sinon seul) partenaire étranger, les États-Unis.
Photo: Chris Young La Presse canadienne La fabrication automobile est l’industrie la plus importante du groupe étudié, avec presque deux tiers d’intrants directement ou indirectement importés, 86% de la production exportée et, dans tous les cas, avec pour principal (sinon seul) partenaire étranger, les États-Unis.

L’industrie manufacturière est la plus vulnérable aux problèmes de chaînes d’approvisionnement mondiales au Canada. Mais elle n’est pas la seule : les producteurs d’aliments pour animaux, les compagnies électriques ou encore les gouvernements provinciaux sont aussi plus exposés aux perturbations commerciales qu’on pourrait le croire.

Près des deux tiers des industries (63 %) représentant près de la moitié de l’économie canadienne (47 %) sont fortement vulnérables aux perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales — soit du côté des importations, soit de celui des exportations, soit des deux —, constate une étude du ministère canadien du Commerce international, dont les grandes lignes ont été présentées vendredi au congrès annuel de l’Association des économistes québécois.

Réalisée avant que la pandémie ne fasse dérailler ces chaînes, l’étude d’Affaires mondiales Canada couvre 216 des 236 industries qui composent l’économie canadienne. Elle mesure la dépendance directe ou indirecte de chacune d’elles, tant sur le plan des importations que des exportations, tout en tenant compte du nombre plus ou moins restreint de partenaires étrangers.

On constate que deux industries sur cinq, comptant pour le quart de l’économie canadienne, présentent une « forte vulnérabilité » aux chocs venant de l’étranger, tant du côté de leurs intrants que de celui de leurs ventes. On y retrouve notamment les entreprises du secteur manufacturier, mais aussi ceux de l’extraction du pétrole et du gaz.

La fabrication automobile est l’industrie la plus importante du groupe, avec presque deux tiers d’intrants directement ou indirectement importés, 86 % de la production exportée et, dans tous les cas, avec pour principal (sinon seul) partenaire étranger, les États-Unis.

À l’inverse, un peu plus du tiers des industries au Canada, comptant pour la moitié de son économie, sont faiblement exposés aux perturbations de l’offre et de la demande mondiales. Ce groupe « est dominé par les [services professionnels], l’éducation, la santé et les autres industries de services, qui exigent peu d’intrants d’origines étrangères et vendent leurs services surtout sur le marché intérieur canadien », expliquent les auteurs de l’étude.

Des croquettes pour chien jusqu’aux routes

Et il y a toutes les autres industries qui se trouvent entre les deux, et auxquelles on ne penserait pas nécessairement. C’est le cas, par exemple, des compagnies électriques, dont seulement 6 % de la production est directement vendue à l’étranger, mais dont 16 % l’est indirectement parce qu’elle entre dans la production de biens qui seront eux-mêmes exportés.

C’est le cas, aussi, des fabricants d’aliments pour animaux. Ils trouvent pourtant la plupart de leurs clients dans le marché canadien, tout comme une grande partie de leurs intrants. Mais voilà, ce sont les producteurs de ces intrants qui dépendent largement des importations.

Cette forte vulnérabilité à l’égard de fournisseurs étrangers pour des secteurs qui desservent principalement le marché intérieur se retrouve dans plusieurs autres domaines, rapportent les auteurs de l’étude, dont la culture, le transport, ainsi que dans deux industries « d’une taille particulièrement importante : les restaurants et bars, et les services des gouvernements provinciaux ».

Dans le cas des gouvernements provinciaux, leur vulnérabilité aux perturbations dans les chaînes d’approvisionnement mondiales tient notamment à leur grande utilisation de produits agroalimentaires, chimiques ou liés à des métaux ou des minéraux dont la provenance repose sur un nombre restreint de fournisseurs étrangers.

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