Des NFT pour gérer une équipe de hockey junior

Un exemple des NFT («non-fungible tokens») de Lipsweater
Image: Lipsweater Un exemple des NFT («non-fungible tokens») de Lipsweater

Le Centre Bell accueillera les 7 et 8 juillet prochains le repêchage 2022 de la Ligue nationale de hockey (LNH), où l’équipe locale, le Canadien, disposera du tout premier choix, une première depuis 1980. Une autre première aura lieu durant cet encan : l’émission de NFT par de jeunes entrepreneurs qui espèrent ainsi, un jour, confier à une communauté de partisans la gestion de leur propre équipe de hockey professionnel.

Surfant sur la popularité des pools de hockey, du sport électronique et des technologies liées aux cryptomonnaies, la jeune pousse montréalaise Lipsweater a reçu l’accord de la LNH et du Canadien de Montréal pour émettre dans le cadre d’un balado qui aura lieu en direct du Centre Bell durant le repêchage ses premiers jetons non fongibles, ou NFT (pour « non-fungible tokens », en anglais). Lipsweater compte en émettre un peu plus de 300 à ce moment, sur un total de quelques milliers de jetons en tout. Ces jetons prendront la forme d’une image numérique ayant pour thème le hockey — mais ne seront pas directement associés à la LNH ou à l’une ou l’autre de ses équipes.

Les internautes intéressés par ces jetons devront payer à partir de la cryptomonnaie ethereum l’équivalent d’une somme allant de 400 à 2000 dollars américains. Ils feront immédiatement partie d’un groupe qui sera invité à participer, aux côtés des dirigeants officiellement en poste, à la gestion des Lakers de Plattsville, une équipe de hockey de la Greater Metro Junior Hockey League, une ligue de développement de la région de Toronto.

Organisation décentralisée

Cette façon d’impliquer les détenteurs de NFT dans les décisions de hockey de l’équipe fait des Lakers la première « organisation autonome décentralisée » dans le hockey en Amérique du Nord, dit Thomas Sychterz, ex-gardien de but de hockey universitaire américain et fondateur de Lipsweater. Le mot-clé dans cette expression est « décentralisée ». Le concept est intimement associé aux NFT et au Web3, des technologies qui promettent en théorie de confier aux gens situés à la base d’une entreprise une partie de sa prise de décisions.

« En étant propriétaire d’un NFT, vous aurez votre mot à dire dans la gestion de l’équipe », explique Thomas Sychterz au Devoir. « On voit des partisans qui désirent s’impliquer davantage dans le monde sportif professionnel. On risque de rencontrer ce type d’arrangement de plus en plus fréquemment. »

Lipsweater rêve de mettre en place ce genre de formule de gestion décentralisée au sein d’une équipe de la LNH. Rien ne dit si cela se produira un jour, bien que certaines équipes — dont le Canadien de Montréal — aient commencé ces derniers mois à s’intéresser au phénomène des NFT.

C’est pour elles un nouveau moyen de vendre ou d’échanger des articles numériques à l’image des joueurs ou de l’équipe comme on le fait depuis plus d’un siècle avec les cartes de sports.

Une « organisation autonome décentralisée » pousse un peu plus loin le recours aux NFT. Certaines ligues sportives professionnelles ailleurs dans le monde sont un peu plus avancées dans ce mouvement, à commencer par le soccer anglais. L’équipe galloise Wrexham AFC, dont l’histoire remonte jusqu’en 1864, a été acquise en novembre 2020 par les acteurs Ryan Reynolds et Rob McElhenney. Un mouvement s’est amorcé depuis au sein des supporteurs de l’équipe pour inciter les nouveaux propriétaires à leur céder une partie de la gestion de l’équipe au moyen d’une telle formule.

Passer l’effet de mode

On ne sait pas si la démarche aboutira. Ce qu’on sait, c’est que du côté de Lipsweater, le concept a attiré quelques dizaines de hockeyeurs professionnels actifs et retraités, dont Alexandre Carrier et Eric Robinson, des Predators de Nashville, Nicolas Aubé-Kubel, de l’Avalanche du Colorado, et Jake Bean, des Blue Jackets de Columbus.

Nés dans la foulée d’un regain de popularité des cryptomonnaies, les NFT ont l’air ces jours-ci d’un effet de mode qui est en train de s’essouffler rapidement. Selon la plateforme d’analyse spécialisée NonFungible, l’intérêt envers ces actifs numériques a chuté de 90 % entre septembre 2021 et mai 2022.

Thomas Sychterz se défend bien de miser uniquement sur le côté spéculatif de la technologie pour s’immiscer dans la gestion d’une équipe de hockey. « Nous avons une vision d’affaires qui va plus loin que les NFT, assure-t-il. Il y aura des entreprises qui s’écraseront avec les NFT, mais d’autres — comme les équipes sportives — vont en bénéficier. »

Utilisés à la manière d’un outil de fidélisation qui rapproche une équipe de ses plus grands aficionados, les NFT peuvent devenir « le Costco du hockey », croit celui qui collabore avec l’humoriste David Beaucage à un balado portant sur le hockey appelé Drette su’l tape.

« Ils donneront un accès privilégié à l’équipe qui serait impossible autrement. Et si ça va bien, les NFT pourront être revendus à d’autres fans. »

Le succès des NFT de Lipsweater pourrait bien dépendre de la qualité du repêchage de ses premiers participants. Le faire en même temps que la LNH tient son propre repêchage semble tout à fait à propos.



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