La déroute des places boursières en 7 graphiques

En début de semaine, l’indice boursier du S&P 500, basé sur 500 grandes sociétés cotées sur les bourses aux États-Unis, a descendu à un creux inégalé depuis avril 2021.
Photo: Courtney Crow Associated Press En début de semaine, l’indice boursier du S&P 500, basé sur 500 grandes sociétés cotées sur les bourses aux États-Unis, a descendu à un creux inégalé depuis avril 2021.

Depuis plusieurs semaines, les marchés boursiers dévissent. Parmi les raisons ? L’incertitude liée à la guerre en Ukraine, la hausse des taux par les banques centrales pour mater l’inflation, mais aussi les signaux peu encourageants de la Chine, dont les mesures sanitaires draconiennes pourraient perturber encore un bout de temps les chaînes d’approvisionnement. Aperçu de cette hémorragie.

La glissade du S&P 500

En début de semaine, l’indice boursier du S&P 500, basé sur 500 grandes sociétés cotées sur les bourses aux États-Unis, a descendu à un creux inégalé depuis avril 2021. Depuis son sommet historique en janvier dernier, l’indice américain s’est contracté de plus de 15 %. Si la situation peut sembler inquiétante aux yeux des investisseurs, il n’y a toutefois pas lieu de céder à la panique, selon Jean-Paul Giacometti, vice-président et gestionnaire de portefeuille à Claret Gestion de placements.

Mis à part les raisons conjoncturelles qui expliquent la baisse, il y a aussi un réajustement qui s’opère alors que certaines entreprises étaient surévaluées, estime M. Giacometti. « Les investisseurs payaient parfois 30, 40 ou 50 fois les profits des compagnies. Or, les gens ne veulent plus payer autant. Mais ça ne veut pas dire que les profits des entreprises ont disparu. Sauf que, comme les taux d’intérêt montent, les gens ne sont plus prêts à payer si cher », explique l’expert. Selon lui, ceux qui pourraient en pâtir le plus sont les nouveaux investisseurs, qui ont profité de l’embellie boursière durant la pandémie, sans toujours faire la différence entre « une bonne compagnie » et « un bon investissement » — toutes ne pouvant pas assurer d’importants retours, surtout quand leur évaluation boursière est déjà très élevée.

Les technos dégringolent

Historiquement, les titres boursiers à caractère technologique ont toujours été plus volatils, et la tendance ne changera pas en 2022. L’indice de référence du NASDAQ a perdu plus du quart de sa valeur (-26 %) depuis le début de l’année, effaçant tous les gains obtenus en un an et demi, soit depuis l’automne 2020. Ce n’est certainement pas le temps de vendre, mais ce sera peut-être bientôt le temps d’acheter, disent de rares optimistes, comme les analystes de Bank of America.

Chose sûre, il faudra être patient. Les technos dépendent souvent des dépenses en équipement des entreprises et du secteur de la consommation. Les experts revoient ces jours-ci à la baisse leurs prévisions dans les deux cas.

Amazon, qui a connu un premier trimestre atroce, a vu son titre culbuter de 36 % depuis le début de l’année. Apple, après son sommet de 3000 milliards de dollars américains en janvier, est en repli de 15 %.

Aux États-Unis, la fin de la stimulation consentie par la Réserve fédérale se fait également sentir, observe l’analyste spécialisé Daniel Ives, de Wedbush. « La magnitude et la rapidité de la vente précipitée dans les titres technos depuis le début de l’année nous ont pris de court », écrit-il dans une note aux investisseurs transmise au début de la semaine. « Les craintes d’une récession et la fin de l’argent de la Fed ont provoqué une chute abrupte des multiples d’évaluation des titres technos. »

Les entreprises canadiennes ne sont pas épargnées

En début de semaine, la Bourse de Toronto a elle aussi décliné. L’indice composé S&P/TSX, à forte teneur en matières premières, avait pourtant été isolé de la tendance baissière depuis le début de l’année. Lundi toutefois, les principales ressources enregistraient des baisses, et les inquiétudes des investisseurs concernant les perspectives de croissance ont fait fléchir l’indice du parquet torontois. Depuis mars, l’indice a reculé d’environ 10 %.

L’indice du Québec IQ-30, qui mesure la performance de 30 grandes entreprises québécoises inscrites en bourse, est lui aussi dans le rouge. L’indice, développé par l’Institut de recherche en économie contemporaine, est à son plus bas depuis environ un an. Depuis septembre dernier, il enregistre une perte de plus de 10 %.

Pas de salut dans l’or (ni dans l’or numérique)

Traditionnellement une valeur refuge quand ça va mal, l’once d’or ne fait rien pour rassurer les investisseurs déprimés ces jours-ci. Le principal indice suivant sa valeur, le HUI Gold Index, est en repli de 20 % depuis la mi-avril. L’or est quand même en hausse d’environ 3 % depuis le début de l’année.

Dans le numérique, ces dernières années, bien des adeptes ont tenté de positionner le bitcoin comme une espèce d’« or numérique », une valeur refuge de l’économie virtuelle, pour ainsi dire. Or, pas de salut de ce côté-là non plus à l’heure actuelle.

Un bitcoin s’échange ces jours-ci pour un peu plus de 31 000 $US (l’équivalent de 40 000 $CA), soit un tiers de moins que ce qu’il valait au début de janvier. Ces quatre derniers mois, ce sont toutes les principales cryptomonnaies qui dévissent. Il n’y a pas là de refuge, du moins pas à court terme, observe l’investisseur milliardaire bien connu dans les cryptos Michael Novogratz. « La valeur des cryptos continuera de suivre de très près celle du NASDAQ jusqu’à ce qu’on revienne à un point d’équilibre », a-t-il déclaré lundi lors d’une téléconférence avec des analystes. « Le marché risque d’être turbulent, volatil et difficile au moins pour les quelques prochains trimestres à venir. »

NFT, l’éclatement

Sorte de canari dans la mine de l’économie numérique, les NFT — ou jetons non fongibles — sont en pleine déroute. Les NFT sont des biens numériques dont la valeur dépend fortement de l’intérêt de leurs adeptes, un peu à la manière de cartes sportives à collectionner.

Ces jours-ci, cet intérêt est à un creux de plus de six mois. Le site d’analytique spécialisé NonFungible observait la semaine dernière une chute de plus de 90 % du nombre de transactions portant sur des NFT par rapport au sommet de septembre 2021. Le nombre de propriétaires d’un portefeuille actifs sur les plateformes d’échange a quant à lui chuté de 88 % sur la même période.

Coinbase, une application permettant de négocier des cryptomonnaies et qui a lancé il y a quelques jours à peine son propre portefeuille NFT, incarne le mieux ce désintérêt : la plateforme a attiré seulement 150 utilisateurs actifs. Coinbase a perdu 40 % de sa valeur en bourse depuis la semaine dernière. Son titre a dégringolé de 70 % depuis le début de l’année.

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