La fin de la récréation sonne pour les jeunes pousses techno

Les jeunes pousses québécoises à caractère technologique ont vu leur financement par capital de risque atteindre 1,46 milliard de dollars, un record, durant les trois premiers mois de l’année.
Photo: Eric Risberg Associated Press Les jeunes pousses québécoises à caractère technologique ont vu leur financement par capital de risque atteindre 1,46 milliard de dollars, un record, durant les trois premiers mois de l’année.

Le secteur technologique du Québec a connu un premier trimestre 2022 record en ce qui concerne le financement par capital de risque. Mais ce niveau pourrait ne pas être revu de sitôt si les craintes liées à la contraction de l’économie mondiale et aux conditions macroéconomiques plus difficiles se confirment.

Les jeunes pousses québécoises à caractère technologique — les start-up, comme on les désigne souvent — ont vu leur financement par capital de risque atteindre 1,46 milliard de dollars, un record, durant les trois premiers mois de l’année. Cela représente une hausse de 630 % de ce type de financement par rapport au trimestre précédent, et de 440 % par rapport au même trimestre un an plus tôt, révèlent des données publiées par le répertoire spécialisé Briefed.in.

Au total, les investisseurs ont conclu 29 ententes de financement de janvier à mars 2022 au Québec, contre 23 au premier trimestre de 2021. Et ce sont surtout des pactes signés à un stade plus avancé de la croissance de certaines entreprises qui ont permis à l’écosystème québécois d’atteindre un tel niveau.

La société montréalaise Paper, qui a mis au point une solution d’enseignement en ligne particulièrement populaire dans le système scolaire américain, a notamment récolté 343 millions de dollars lors d’une étape de financement avancée de série D. Le site d’achat de matériaux pour les professionnels de la construction RenoRun a pour sa part obtenu 181 millions, deux ans après avoir récolté 22,5 millions de dollars américains lors de sa première étape de financement. La société de médecine moléculaire Ventus Therapeutics, de Saint-Laurent, a quant à elle bouclé un financement de série C de 140 millions de dollars américains en février dernier.

« Cela reflète la très bonne santé du capital de risque au Québec », résume Guillaume Caudron, p.-d.g. de Réseau Capital, le principal regroupement québécois d’investisseurs en la matière. « L’année 2021 a été, de façon générale, très bonne partout [en Amérique du Nord]. Le premier trimestre indique que cette bonne lancée pourrait se poursuivre, car le niveau d’activité demeure élevé. »

« C’est à plus long terme que les perspectives commencent à inquiéter », note-t-il.

Refinancer et recapitaliser

Le grand patron de Réseau Capital ne craint pas nécessairement pour le financement de nouvelles entreprises technologiques québécoises, même si la valeur moyenne des étapes de financement accordées à des start-up depuis novembre dernier aux États-Unis a baissé de 25 %, selon le site spécialisé Carla.

Plus frileux, certains investisseurs américains ont commencé à revoir à la baisse la valeur qu’ils attribuent à des entreprises qui n’ont pas encore fait leurs preuves et qui peinent à générer des revenus, puisqu’il est plus difficile — et donc, plus risqué — d’établir la valeur d’une jeune pousse qui n’a pas encore commercialisé sa technologie.

Cela reflète la très bonne santé du capital de risque au Québec. L’année 2021 a été, de façon générale, très bonne partout [en Amérique du Nord]. Le premier trimestre indique que cette bonne lancée pourrait se poursuivre, car le niveau d’activité demeure élevé.

 

Ce vent ne se fait toutefois pas encore sentir au Québec, où c’est surtout la recapitalisation des fonds d’investissement qui pourrait s’avérer difficile, croit Réseau Capital. L’économie mondiale risque de s’embourber en raison de l’inflation galopante et des effets de l’invasion russe de l’Ukraine, ce qui compliquerait la recherche de nouveau financement.

« Il y a un peu d’inquiétude à court terme de la part des investisseurs, mais cela ne se traduit pas encore par une réduction de leur investissement », assure M. Caudron. « Les start-up qui ont de bons projets ne devraient pas s’inquiéter à court terme. Cela pourrait changer à plus long terme si les fonds peinent à se recapitaliser. »

Les fonds de capital de risque sont souvent financés par de grandes institutions qui voient dans ce type d’investissement un potentiel de rendement plus élevé que dans d’autres secteurs. Cela est tout particulièrement vrai dans un contexte où les taux d’intérêt des banques centrales sont restés très bas pendant plusieurs années. La hausse accélérée de ces taux en raison de l’inflation pourrait toutefois inciter ces institutions à aller voir ailleurs.

Réseau Capital rappelle donc l’importance du rôle que peuvent jouer les organismes publics d’investissement pour atténuer les risques liés à la santé de l’économie ailleurs dans le monde.

Conjointement avec l’Association canadienne du capital de risque et d’investissement, le regroupement a d’ailleurs demandé plus tôt cette année qu’Ottawa presse le pas de son Initiative de catalyse du capital de risque, mise en place en 2021 pour aider les jeunes entreprises à sortir de la crise de la COVID-19. « Ce programme-là était déjà important et, là, sa mise en place devient soudainement plus urgente », dit Guillaume Caudron.

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