Les zones d’innovation, bien plus que des parcs industriels

Catherine Girouard
Collaboration spéciale
Une zone d’innovation consiste d’abord à attirer dans un territoire prédéterminé des talents autour d’un même domaine.
Illustration: Patrik Roberge Une zone d’innovation consiste d’abord à attirer dans un territoire prédéterminé des talents autour d’un même domaine.

Ce texte fait partie du cahier spécial Municipalités

Concentration de talents, développement économique, hautes technologies, croissance des investissements privés, rayonnement du Québec à l’international : tous ces termes résonnent souvent lorsqu’on parle de la création de zones d’innovation, dont les deux premières ont été annoncées en février par le gouvernement Legault. Mais ces zones cherchent à être bien plus que des projets de parcs industriels ou de développement économique : elles veulent être aussi des milieux de vie.

« Il y a différentes façons de faire du développement économique et de l’aménagement du territoire, fait valoir Évelyne Beaudin, mairesse de Sherbrooke, alors que sa ville a été l’une des deux premières à être désignée zone d’innovation avec la ville de Bromont. On pourrait saupoudrer les investissements à travers la ville, mais le fait de les concentrer dans un secteur donné, avec une vision à long terme comme on le fait avec la zone d’innovation, c’est l’approche qui sera selon moi la plus gagnante à long terme. »

Une zone d’innovation consiste d’abord à attirer dans un territoire prédéterminé des talents autour d’un même domaine. Leur création cherche à « augmenter la commercialisation des innovations, les exportations, les investissements locaux et étrangers ainsi que la productivité des entreprises », lit-on sur le site du ministère de l’Économie et de l’Innovation. Une zone regroupe des acteurs de la recherche, de l’industrie, de l’enseignement et de l’entrepreneuriat afin de favoriser la collaboration et l’innovation.

C’est en février dernier que le gouvernement Legault a annoncé des investissements publics et privés de 255 millions de dollars pour la création de la zone d’innovation en technologies numériques de Bromont, Technum Québec, et de 435 millions pour la zone d’innovation en sciences quantiques de Sherbrooke, Sherbrooke quantique.

Un nouveau milieu de vie

 

« Ça faisait longtemps qu’on en entendait parler [avant l’annonce], ça n’a pas été une surprise pour les Sherbrookois, indique Mme Beaudin. Les craintes qu’on a recensées dans la population étaient liées à la création d’un parc industriel. Notre défi, c’est de prouver à la population que ce n’est pas juste un projet de revitalisation du parc industriel, mais vraiment la création d’un milieu de vie. » Et selon elle, c’est même réducteur que de parler d’un parc industriel quand on parle de la zone d’innovation.

La zone d’innovation de Sherbrooke reliera physiquement l’Université de Sherbrooke et le centre-ville, les deux secteurs les plus importants de la ville. « On les reliera et on embellira pour que ce soit agréable de passer d’un secteur à l’autre », illustre la mairesse, parlant entre autres de création d’espaces verts et de commerces de proximité et de mise en valeur du patrimoine industriel.

« On a des bâtisses industrielles désaffectées à Sherbrooke, comme à plusieurs endroits au Québec, et tout le monde serait content qu’on les réutilise et qu’on les mette en valeur, continue-t-elle. Si on arrive à traduire la vision de la zone sur le terrain, ce n’est pas juste les gens qui travaillent dans le domaine quantique qui en bénéficieront, mais tout le monde. »

Selon la mairesse, cette désignation donne un grand coup pour revitaliser et dynamiser la ville. « Ça nous permet d’avoir un développement accéléré et une vision globale pour le faire, se réjouit-elle. Il y a des industries de la haute technologie, et il y a tout ce qu’il y a autour, alors qu’on essaie de favoriser la mobilité, les rencontres, de créer des espaces où les gens peuvent vivre, jouer et travailler. »

En effet, la vision des zones d’innovation va au-delà du développement économique. « En plus d’accueillir des activités industrielles, entrepreneuriales, de savoir, connectées et collaboratives, les zones d’innovation comptent sur un environnement diversifié propice à la qualité de vie et au bien-être », lit-on encore sur le site du ministère de l’Économie et de l’Innovation.

S’appuyer sur les forces existantes des territoires

La mairesse de Sherbrooke voit déjà l’effet boule de neige que peut engendrer la création de la zone d’innovation dans sa ville. « Quand on a un secteur dévitalisé, ça prend des investissements massifs, et une sorte de coup d’envoi pour ensuite attirer [des partenaires]. On le voit, c’est déjà en train de se concrétiser. »

La ville avait déjà entamé des projets de revitalisation au centre-ville, auxquels vient finalement s’accrocher la vision de la zone d’innovation. Et voilà que Ubisoft a récemment annoncé son installation sur la rue Wellington Sud, où ont été réalisés des investissements majeurs. Une très belle surprise pour laville, alors qu’est aussi en construction dans le même secteur le Quartier général de l’entrepreneuriat, un édifice de six étages à la fine pointe de la technologie qui deviendra un centre névralgique de l’entrepreneuriat sur le territoire. Presque tous les locaux de ce nouvel édifice ont déjà trouvé preneurs.

Selon la mairesse, la vision du travail collaboratif sous-jacente au projet de zones d’innovation permet de développer encore davantage les forces déjà existantes de sa ville. « C’est déjà un réflexe qu’on a de se parler, la Ville, l’Université, le Cégep et les entreprises privées qui sont sur le territoire, affirme-t-elle. Pour nous, cette désignation était comme une reconnaissance de nos plus grandes forces. Maintenant, on a une belle occasion, avec la zone, de développer ces partenariats pour que ça puisse aller encore plus loin. »

Même chose du côté de Bromont, alors que la zone d’innovation Technum Québec s’appuie sur des forces déjà en place, soit un écosystème industriel et de l’enseignement déjà reconnu mondialement dans le domaine des systèmes électroniques intelligents. Des entreprises privées comme IBM Canada, Teledyne Dalsa, Aeponyx ainsi que C2MI, un centre d’innovation collaboratif de classe mondiale, y ont déjà pignon sur rue.

« Nous pouvions déjà compter dans notre parc scientifique sur des entreprises renommées dans les technologies numériques, indique le maire de Bromont, Louis Villeneuve. Technum Québec, en plus d’être un nouvel élan pour notre secteur industriel, est une formidable vitrine pour notre ville et notre région. »

Selon le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, d’autres villes pourraient obtenir le feu vert cette année, et même d’ici l’été, pour développer leur zone d’innovation. Une trentaine de projets ont été déposés pour la création de zones d’innovation, entre autres par les villes de Québec, Montréal et Rouyn-Noranda. Québec souhaiterait en concrétiser une dizaine.

À voir en vidéo