Réactions partagées sur la hausse du salaire minimum

La Fédération canadienne de l’entreprise indépendante craint une augmentation des prix, tandis que le Collectif pour un Québec sans pauvreté souligne que cette hausse du salaire minimum ne contre pas la montée de l’IPC.
Getty Images La Fédération canadienne de l’entreprise indépendante craint une augmentation des prix, tandis que le Collectif pour un Québec sans pauvreté souligne que cette hausse du salaire minimum ne contre pas la montée de l’IPC.

Hausse du salaire minimum au Québec à compter du dimanche 1er mai, le faisant passer à 14,25 $ l’heure, ce qui représente une augmentation de 75 ¢ du taux horaire.

La hausse du taux général du salaire minimum bénéficiera à 301 100 personnes au Québec, selon les données du ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale.

Pour les employés à pourboire, le salaire minimum passe à 11,40 $ l’heure, ce qui représente une hausse de 60 ¢.

À noter aussi que le salaire minimum payable à un salarié affecté exclusivement à la cueillette de framboises ou de fraises est respectivement de 4,23 $ (+0,22 $) et de 1,13 $ (+0,06 $) du kilogramme, selon le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale.

Un poids sur les PME

Du côté des employeurs, on souligne que cette hausse de 5,56 %, du salaire minimum représente des coûts supplémentaires de 237,1 millions de dollars aux entreprises, ce qui inquiète la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), qui constate que cette nouvelle hausse arrive dans un contexte de fragilité des petites et moyennes entreprises (PME), frappées par l’augmentation des coûts.

« Les deux ans de restrictions sanitaires ont laissé un endettement moyen de 108 000 $ par PME québécoise ainsi que des revenus sous la normale pour une majorité d’entre elles. La réalité, c’est que leur capacité d’absorption des hausses de coûts n’est pas infinie », a affirmé François Vincent, vice-président pour le Québec à la FCEI par voie de communiqué.

Pas moins de 60 % des PME estiment que l’augmentation des coûts entraîne un impact négatif significatif sur leurs activités, a indiqué le regroupement de PME, qui compte 95 000 membres dans tous les secteurs d’activité et toutes les régions.

De l’avis de M. Vincent, « cela aura un impact certain sur les entrepreneurs qui n’auront d’autres choix que d’augmenter les prix ».

La FCEI croit que d’autres solutions existent au gouvernement du Québec pour aider les employeurs à offrir de meilleures conditions salariales à leurs employés, notamment en offrant des crédits d’impôt aux PME ou en baissant les taxes sur la masse salariale.

Toutefois, le discours est tout autre du côté du Collectif pour un Québec sans pauvreté, qui trouve que cette hausse de 75 ¢ du taux horaire du salaire minimum est « irresponsable et insultante pour les centaines de milliers de travailleurs qui vivent dans la pauvreté et qui perdent chaque jour un peu plus de leur pouvoir d’achat ».

« Avec son augmentation ridicule du salaire minimum, non seulement le gouvernement refuse d’aider ces personnes à sortir de la pauvreté, mais il les regarde s’appauvrir sans broncher », lance la porte-parole du Collectif, Virginie Larivière.

Celle-ci souligne que cette hausse du salaire minimum ne contre même pas les effets de l’Indice des prix à la consommation (IPC), qui a augmenté de 6,7 % de mars 2021 à mars 2022 au Québec, « du jamais-vu dans les trente dernières années ».

« En novembre dernier, les Banques alimentaires du Québec nous rappelaient que le nombre de personnes avec des revenus d’emploi qui ont eu recours à leurs services a connu une hausse de 40 % en raison de la pandémie et de la forte inflation. Tout porte à croire que la tendance n’est pas près de s’inverser… et le gouvernement s’en lave les mains ! » a-t-elle dénoncé.

Depuis l’automne dernier, le Collectif pour un Québec sans pauvreté, qui regroupe 36 organisations, revendique un salaire minimum d’au moins 18 $ l’heure.

Salaire minimum insuffisant

Le responsable de Québec solidaire en matière de travail, le député d’Hochelaga-Maisonneuve, Alexandre Leduc, déplore aussi une vision complètement dépassée du gouvernement Legault en ce qui concerne le cheminement du salaire minimum au Québec.

« Toutes les semaines, je croise des commerces qui affichent des salaires d’entrée au-dessus du salaire minimum. Ces entreprises ont compris quelque chose que le gouvernement ne comprend toujours pas : un salaire minimum viable, c’est un moyen pour lutter contre la difficulté de recruter parce que ça rend les postes au salaire minimum plus attrayants », a expliqué M. Leduc.

Il y a un mois, le ministre du Travail, Jean Boulet, avait laissé entendre que le salaire minimum pourrait dépasser 15 $ l’heure en 2023. Selon le député d’Hochelaga-Maisonneuve, ce montant symbolique qui a longtemps été revendiqué n’est plus d’actualité.

« Franchement ! 15 $, on en avait besoin il y a cinq ans, ce n’est plus un salaire viable aujourd’hui. Ça fait des mois qu’on parle de la crise du coût de la vie, est-ce que M. Boulet croit que les gens au salaire minimum sont immunisés contre la hausse de tous les biens de base ? J’ai le malheur de lui annoncer que ce n’est pas le cas et qu’aujourd’hui, un salaire minimum décent et viable, c’est 18 $ de l’heure », a réitéré le député Alexandre Leduc.

À voir en vidéo