Baisse inattendue du PIB américain

L’économie américaine reste solide car la consommation, moteur historique de la croissance des États-Unis, s’est maintenue.
Photo: Justin Sullivan Getty Images via AFP L’économie américaine reste solide car la consommation, moteur historique de la croissance des États-Unis, s’est maintenue.

La croissance américaine a subi un coup d’arrêt inattendu au premier trimestre, le PIB se contractant même de 1,4 %, mais l’économie « reste résiliente », a estimé Joe Biden, invoquant des « facteurs techniques » pour expliquer cette baisse de régime.

Le PIB de la première économie du monde a diminué en rythme annualisé, c’est-à-dire projeté à ce rythme sur l’année. Comparée simplement au dernier trimestre, la baisse est de 0,4 %, selon les données du département du Commerce. Les analystes prévoyaient, eux, une croissance de 1,1 %.

« Les États-Unis font face aux défis de la COVID-19 dans le monde entier, à l’invasion injustifiée de l’Ukraine par Poutine [le président russe] et à l’inflation mondiale », a déclaré le président américain dans un communiqué. Puis, au cours d’une conférence de presse, il a assuré qu’il n’était « pas inquiet » d’un risque de récession, mettant en avant les dépenses de consommation des ménages et des entreprises et un taux de chômage à un creux historique.

Le premier trimestre marque néanmoins un net renversement de tendance par rapport au taux de croissance annualisé de 6,9 % enregistré au quatrième trimestre de 2021. Cette contre-performance va sérieusement compliquer la tâche de la Banque centrale américaine (Fed), qui comptait relever vigoureusement les taux pour juguler l’inflation.

Ce trimestre est le plus faible depuis le printemps 2020, lorsque la pandémie avait plongé l’économie américaine dans une profonde récession.

Entre janvier et mars, la première économie du monde a été affectée par une vague d’infections au variant Omicron et la persistance des problèmes dans les chaînes d’approvisionnement. Quelques économistes ont récemment fait état d’une possibilité de récession à court terme, pointant du doigt une combinaison de facteurs affectant l’économie, à commencer par l’inflation à un rythme jamais vu depuis le début des années 1980.

Au premier trimestre, les prix à la consommation ont grimpé de 6,3 % en glissement annuel, selon l’indice d’inflation PCE — celui que privilégie la Fed —, publié avec le PIB jeudi. Outre l’inflation, les entreprises sont aux prises avec une pénurie de main-d’œuvre causée par des départs massifs à la retraite et des démissions par millions chaque mois de travailleurs voulant obtenir un emploi mieux rémunéré.

« Robuste pour le moment »

Parallèlement, le département du Commerce note une diminution des aides gouvernementales, des exportations (-5,9 %) et des dépenses publiques de l’État fédéral (-5,9 %), tandis que les importations ont augmenté de 17,7 %. La guerre russo-ukrainienne déclenchée le 24 février a en outre accentué les problèmes des chaînes d’approvisionnement mondiales et les pressions inflationnistes.

La majorité des économistes estiment néanmoins que l’économie américaine reste solide, car la consommation, moteur historique de la croissance aux États-Unis, s’est maintenue. Au premier trimestre, ces dépenses ont en effet augmenté de 2,7 %, après 2,5 % au dernier trimestre de 2021.

« Faible en apparence, mais robuste de l’intérieur », a écrit sur Twitter Gregory Daco, chef économiste chez EY Parthenon, tout en prenant le soin d’ajouter entre parenthèses « pour le moment ».

« La première contraction du PIB depuis la fin de la récession ne manquera pas d’attiser les craintes d’un ralentissement de l’économie, mais quand on y regarde de plus près, le rapport n’est pas aussi inquiétant qu’il le paraît », a indiqué de son côté Lydia Boussour, économiste chez Oxford Economics.

Reste que les perspectives sont très incertaines, alors que la guerre en Ukraine ralentit la croissance d’une majorité de pays dans le monde et que la politique chinoise de tolérance 0 sur la COVID continue d’alimenter les problèmes d’approvisionnement.

Les yeux sont désormais tournés vers la Banque centrale, qui se réunit mardi et mercredi. Son président, Jerome Powell, avait affirmé la semaine dernière que la Fed envisageait de relever les taux directeurs plus rapidement que prévu. Pour Rubeela Farooqi, économiste chez High Frequency Economics, « la tendance positive des dépenses de consommation et des investissements des entreprises » devrait inciter la Fed à maintenir le cap.

Joe Biden a, lui, une nouvelle fois exhorté le Congrès à déclencher un vote sur ses plans d’investissements.

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