Cascades à la recherche de solutions climatiques durables

Cascades recourt au concept de l’innovation ouverte pour s’aider à résoudre des enjeux énergétiques.
Marie-France Coallier Le Devoir Cascades recourt au concept de l’innovation ouverte pour s’aider à résoudre des enjeux énergétiques.

Cascades veut passer de la parole aux actes. L’entreprise de Kingsey Falls s’associe à l’accélérateur technologique Cycle Momentum pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES). Les deux organisations lancent un appel à tous afin de trouver des sources d’énergie et de chaleur qui permettront au fabricant de produits d’emballage et d’hygiène d’atteindre ses propres cibles climatiques de 2025 puis de 2030.

Cascades recourt au concept de l’innovation ouverte pour s’aider à résoudre des enjeux énergétiques qui, dans son secteur, sont énormes. « Nous sommes dans une industrie très énergivore, il faudra rapidement tendre vers des sources renouvelables », confirme son vice-président, communications, affaires publiques et développement durable, Hugo D’Amours. « Nous avons déjà recensé des projets à l’interne qui nous permettent d’atteindre les cibles plus faciles. Pour nous attaquer au restant, nous avons décidé de demander l’aide des start-up et innovateurs de partout dans le monde. »

Le fabricant va ainsi ouvrir ses portes aux jeunes entreprises, principalement du secteur des technologies propres, qui souhaiteraient l’aider à résoudre ses problèmes. Les personnes intéressées auront jusqu’à la mi-juin pour manifester leur désir de collaborer avec Cascades et Cycle Momentum à travers un concours appelé « Défi : source d’énergie propre ».

Nous sommes dans une industrie très énergivore, il faudra rapidement tendre vers des sources renouvelables.

 

C’est la troisième fois qu’elle procède ainsi. L’entreprise a notamment cherché, il y a quelques années déjà, à trouver des fibres végétales renouvelables pour ses futurs produits. L’asclépiade, une plante qui pousse en abondance notamment en bordure d’autoroute partout au Québec, a d’ailleurs été considérée dans le cadre de ces projets passés.

Cette fois-ci, Cascades cible son approvisionnement énergétique. L’entreprise dit avoir réduit de 50 % par rapport à 1990 le niveau de ses émissions directes de GES. Son plan de développement durable publié l’été dernier promet de réduire, d’ici 2030, de 38,7 % par rapport à l’année 2019 les émissions de gaz à effet de serre de ses usines de fabrication de papier et de 27,5 % celles de ses autres activités, y compris ses usines de transformation du papier en produits finis.

Les entreprises sélectionnées dans le cadre de ce concours recevront un accompagnement de la part de Cycle Momentum et de Cascades. Elles pourraient également bénéficier d’un soutien financier du gouvernement fédéral par l’organisme Développement économique Canada, et miser sur la collaboration de la grappe québécoise des technologies propres Écotech Québec et de l’incubateur de technologies propres 2 Degrés, basé à Québec.

Hydrogène vert

 

Cascades n’en est pas à ses premiers pas dans ce qu’on appelle l’économie circulaire. L’entreprise a vu le jour dans les années 1960, quand ses fondateurs, les frères Bernard, Laurent et Alain Lemaire, ont découvert qu’il était possible de produire divers types de papiers à partir de déchets. Son plan d’action climatique actuel est en fait la quatrième fois qu’elle prend des engagements environnementaux fermes.

L’objectif, cette fois-ci, est d’accroître son recours à des sources d’énergie renouvelable pour produire la chaleur nécessaire à ses activités industrielles. Cascades cite l’utilisation de la biomasse, de l’hydrogène vert, de gaz naturel renouvelable, de géothermie et du solaire comme faisant partie des solutions envisagées. Déjà, plus d’un millier d’entreprises dans le monde ont été répertoriées comme candidates potentielles. Cycle Momentum, qui accompagne Cascades dans ce projet, aura comme mission de réduire cette liste au courant de l’été à environ une quinzaine de noms. L’objectif est d’élire avant la fin de l’été les cinq projets sur lesquels toute l’énergie sera mise pour atteindre les cibles de 2030.

Cascades agira comme partenaire industriel pour les entreprises choisies, mais la relation pourrait aller plus loin, indique Hugo D’Amours. « Ça pourrait déboucher sur une coentreprise, ou on pourrait racheter la technologie, ou autre. On verra », dit-il.

C’est en partie la base de l’innovation ouverte que de permettre à la technologie d’évoluer de différentes manières selon le contexte. Une solution énergétique réellement novatrice pourrait être essaimée pour être revendue à d’autres entreprises, par exemple.

« Le Québec inc. doit agir »

Ce n’est pas la première fois que le p.-d.g. de Cycle Momentum, Patrick Gagné, se frotte à une entreprise du Québec inc. pour tenter de vanter l’importance de développer une économie québécoise de l’innovation. Il n’en est pas à sa première relation d’affaires avec Cascades non plus. Mais les grandes entreprises québécoises ne sont pas toutes aussi réceptives, déplore-t-il.

Face aux enjeux climatiques, « il faut que les grands industriels québécois démontrent plus que de l’intérêt et passent à l’action », dit-il. « Nous faisons [avec Cascades] un appel à candidatures, mais c’est aussi un appel à l’action auprès du Québec inc. Si tous les leaders industriels québécois imitaient Cascades, nous aurions au Québec un très grand écosystème d’entreprises spécialisées dans les technologies propres. »

« Il est parfois plus facile de diriger d’un trimestre à l’autre que de voir à plus long terme », ajoute Hugo D’Amours, qui encourage les entrepreneurs québécois à ne pas avoir peur de se lancer dans l’inconnu, d’où émergent souvent des idées transformatrices. « L’ampoule n’a pas été inventée par un processus d’amélioration continue de la chandelle », illustre-t-il. « On ne sait pas s’il sortira de notre projet des technologies similaires dans lesquelles nous voudrons investir, mais nous avons confiance. »

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