La CSD rappelle l’importance d’une richesse mieux répartie

Pierre-Yves Robert
Collaboration spéciale
Le 1er mai 1992, les travailleurs avaient marché dans les rues de Montréal pour mettre en évidence le droit de vivre sans s’endetter. Une année plus tôt, l’inflation avait atteint un niveau record au Canada.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Le 1er mai 1992, les travailleurs avaient marché dans les rues de Montréal pour mettre en évidence le droit de vivre sans s’endetter. Une année plus tôt, l’inflation avait atteint un niveau record au Canada.

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

Au calendrier québécois, depuis les années 1970, le 1er mai vise à célébrer le militantisme et le pouvoir collectif de la main-d'œuvre au pays. Différente de la fête du Travail, qui tire ses origines des rassemblements ouvriers de la fin du XIXe siècle, la Journée internationale des travailleuses et des travailleurs a-t-elle encore le même sens en 2022 ?

De l’avis de Luc Vachon, président de la Centrale des syndicats démocratiques (CSD), c’est plus que jamais le cas, et pour une raison bien simple : « améliorer la société en entier ».

« Les centrales syndicales doivent être des agents de changements sociaux, explique-t-il. Ça va au-delà des seules personnes que nos syndicats représentent. Oui, les luttes syndicales commencent avec nos membres, mais les syndicats doivent s’ouvrir et lutter pour le mieux-être de toute la société. C’est notamment à ça que sert le 1er mai, à rappeler l’importance du vivre-ensemble. »

Le mirage du « gros bout du bâton »

Une des thématiques récurrentes en lien avec le marché de l’emploi ces derniers mois est la pénurie de main-d’œuvre qui frappe différents secteurs d’activité. Avec la pandémie qui s’éternise depuis deux ans, le discours patronal laisse entendre que les travailleurs « ont maintenant le gros bout du bâton », une opinion que ne partage pas Luc Vachon.

« Quand on regarde les augmentations salariales, on peut voir de gros chiffres, parfois de l’ordre de 20 %. Mais ces pourcentages impressionnants sont trop souvent liés aux salaires d’entrée, ceux à l’embauche, afin d’attirer de nouveaux travailleurs », précise Luc Vachon. Quant aux échelons plus élevés, « on assiste majoritairement à des augmentations autour de 3 %, largement sous le taux d’inflation », qui a atteint 6,7 % en mars au Canada, du jamais vu depuis 31 ans au pays.

Comment un citoyen peut-il gagner sa vie décemment en gagnant seulement 14,25 $ de l’heure ? Le montant de 15 $ de l’heure, on l’exigeait déjà il y a 5 ans.

 

Ce faisant, la masse critique des travailleurs au Québec n’améliore pas son pouvoir d’achat, et la rétention des talents constitue une nouvelle difficulté pour les employeurs. « Car ce n’est pas vrai que la hausse des prix est attribuable uniquement à l’augmentation des salaires », rappelle Luc Vachon.

En lien avec la question du salaire minimum, « un enjeu auquel on revient toujours, puisqu’il est rattaché à ce que l’on vit », les salaires des travailleurs doivent connaître une hausse considérable à tous les niveaux, estime-t-il.

« Comment un citoyen peut-il gagner sa vie décemment en gagnant seulement 14,25 $ de l’heure ? Le montant de 15 $ de l’heure, on l’exigeait déjà il y a 5 ans. Avec des taux d’inflation comme ceux auxquels on assiste cette année, il faut revendiquer au moins 18 $ de l’heure. » À son avis, un montant précis n’est pas nécessairement l’avenue à prendre, mais il faut jumeler la revendication à l’indice de consommation, afin que le salaire augmente automatiquement au fil des ans, « au fil du coût du panier de consommation d’une famille ».

Le défi de la fiscalité

 

Si le salaire demeure une question éternelle, les enjeux de protection sociale deviennent prioritaires, croit Luc Vachon. Particulièrement ceux liés à une répartition plus juste de la richesse.

« Chaque crise a un effet collatéral sur la concentration de la richesse, illustre-t-il. La pandémie a eu cet impact aussi, permettant à certains secteurs d’activité de s’enrichir alors que d’autres ont été malmenés. Là-dessus, il n’y a pas de recette magique : ça prend une fiscalité différente pour faire en sorte que la richesse soit mieux répartie dans la société. »

La lutte à l’évasion fiscale et l’augmentation de l’imposition des entreprises sont des chantiers à attaquer prestement afin de permettre à tous d’obtenir leur juste part, martèle Luc Vachon. D’autant plus lorsqu’on considère un élément mis en relief par la pandémie, soit les conditions de travail des personnes vulnérables.

« Les préposés aux bénéficiaires et les préposés d’aide à domicile ont été perçus pendant un court laps de temps comme des emplois essentiels, soulève-t-il. Malgré tout, leurs conditions de travail demeurent indécentes. Les gens qui travaillent dans ce domaine sont souvent des travailleurs marginalisés, vivant dans la précarité. Il ne faut pas les abandonner. »

Alors que la population est vieillissante et que ce genre de métier est voué à occuper davantage d’espace dans le bassin d’emplois au Québec, les conditions de travail de tous les travailleurs de la province demeurent une préoccupation importante, « qui doit être remise en mémoire avec le 1er mai ».

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