La CSN exige une reconnaissance de l’humain derrière le travailleur

Pierre Vallée
Collaboration spéciale
Selon le sondage, la conciliation travail-famille est une demande des hommes autant que des femmes, et ce, qu’ils soient employées de bureau ou travailleurs de la construction.
Renaud Philippe Le Devoir Selon le sondage, la conciliation travail-famille est une demande des hommes autant que des femmes, et ce, qu’ils soient employées de bureau ou travailleurs de la construction.

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

La Confédération des syndicats nationaux (CSN) est allée à la rencontre de ses membres afin de déterminer quels sont les besoins et les revendications des travailleuses et des travailleurs en 2022.

Cette enquête s’est déroulée au printemps et à l’automne 2021. « Ce n’était pas un sondage ordinaire, que l’on reçoit par la poste ou par courriel, explique Caroline Senneville, présidente de la CSN. On a plutôt demandé à nos syndicats, dans toutes les régions du Québec, d’organiser des activités, certaines familiales, d’autres plus formelles, durant lesquelles nos membres étaient invités à répondre à un sondage. »

Cette approche avait aussi le mérite de favoriser les échanges entre les membres eux-mêmes et avec leur exécutif. De cette consultation se sont dégagées quelques grandes lignes.

 

Une juste rémunération

Une rémunération à la hauteur de la tâche exigée figure parmi ces grandes lignes, mais les travailleurs veulent aussi que cette rémunération reflète adéquatement le véritable coût de la vie. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle la majorité des syndiqués appuie fermement la majoration du salaire minimum au Québec à 18 $ l’heure.

« Nos membres souhaitent que les travailleurs du Québec puissent tous obtenir un salaire qui leur permette de joindre les deux bouts », précise Caroline Senneville.

Mais même une rémunération bonifiée ne saurait tout régler, surtout en ce qui concerne certaines conditions de travail. « Demandez à une infirmière ce qu’elle préfère, illustre Mme Senneville, une prime salariale ou l’abolition du temps supplémentaire obligatoire ? La réponse sera l’abandon du TSO. »

Un milieu de travail sain

 

Un environnement de travail sécuritaire et sain est une préoccupation majeure des membres de la CSN. Plusieurs ont exprimé des inquiétudes quant à l’application de la nouvelle Loi sur la santé et la sécurité du travail.

« Mais au-delà de ces inquiétudes précises, souligne Caroline Senneville, ce qui est ressorti, c’est la volonté de nos membres que la prévention soit privilégiée en matière de sécurité au travail. » Les membres de la CSN ont aussi revendiqué un climat de travail sain, c’est-à-dire à l’abri de tout harcèlement.

La souplesse et la flexibilité de l’employeur font aussi partie des attentes des travailleurs et des travailleuses. « Nos membres veulent plus de souplesse dans les horaires de travail, avance Caroline Senneville. La conciliation travail-famille est une demande des hommes autant que des femmes, et ce, dans tous les milieux de travail, aussi bien pour les employées de bureau que pour les travailleurs de la construction. »

Une reconnaissance de leur valeur

 

Les membres de la CSN ont aussi indiqué clairement qu’ils souhaitent de la part de leurs employeurs une meilleure reconnaissance de leur travail. Une prime ou une tape dans le dos ne suffit plus.

« Nos membres ne veulent pas être seulement valorisés, ils veulent être mis à contribution. Ils veulent pouvoir exprimer leurs idées, ils souhaitent que l’on sollicite leur avis. Ils ne veulent pas être seulement informés des décisions, ils veulent être partie prenante de celles-ci. Au fond, ils souhaitent un meilleur dialogue avec l’employeur. Ils ne veulent plus du puncher in et puncher out. »

Ce sondage a permis à l’exécutif de la CSN de dégager certains constats. Le premier, c’est que les attentes des travailleurs sont pareilles, peu importe le milieu de travail, que l’employeur soit une entreprise privée ou relève du secteur public.

« Cet exercice nous a aussi permis de constater que si le travail occupe une place importante dans la vie de nos membres, c’est aussi le cas pour leur dignité, met en évidence Caroline Senneville. Les travailleuses et les travailleurs ne se perçoivent pas seulement comme une “ressource” humaine, ils se perçoivent également comme des personnes. Et c’est ainsi qu’ils souhaitent être traités par leur employeur. »

Un autre important constat auquel en arrive la CSN porte sur la similarité des réflexions soulevées par l’organisation et par ses membres. « Nous nous sommes aperçus que les idées que nous défendons à l’exécutif sont les mêmes que celles soulevées par notre base, conclut la présidente. Cela nous conforte et nous indique que nous sommes sur la bonne voie pour les négociations à venir dans le secteur public. »

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