Consommateurs et entreprises résignés à vivre avec l’inflation

Les Canadiens s’attendent à une inflation moyenne d’environ 5,1% pour la prochaine année.
Photo: Justin Sullivan Agence France-Presse Les Canadiens s’attendent à une inflation moyenne d’environ 5,1% pour la prochaine année.

Un nombre record de consommateurs et d’entreprises prévoient de devoir faire face à une inflation plus forte que la normale au Canada. Du moins pendant les deux prochaines années, après quoi ils s’attendent à ce que la situation rentre dans l’ordre.

Les Canadiens s’attendent à une inflation moyenne d’environ 5,1 % pour la prochaine année, inflation qui gonflera notamment les sommes consacrées à l’alimentation, à l’essence, au loyer et aux autres dépenses essentielles, a rapporté lundi la Banque du Canada sur la base de sa plus récente enquête sur les attentes des consommateurs au pays. Leurs attentes sur un horizon de deux ans sont à peine plus basses, à 4,6 %, et constituent dans les deux cas « un sommet » depuis la première enquête, effectuée en 2014.

Une autre étude, réalisée auprès des entreprises, celle-là, est arrivée à un constat similaire : une proportion de 70 % des répondants entrevoit une inflation supérieure à 3 % sur les deux prochaines années, une projection jamais vue depuis au moins 20 ans.

Majoritairement interrogés du 2 au 22 février, les consommateurs ont estimé que les principaux facteurs responsables de la récente envolée des prix sont les perturbations des chaînes d’approvisionnement (38 %), la persistance de la pandémie de COVID-19 (31 %), les dépenses publiques élevées (19 %) et les pénuries de main-d’œuvre (7,5 %).

Les entreprises, quant à elles, se sont plaintes comme jamais de l’effet des problèmes touchant les chaînes d’approvisionnement et la main-d’œuvre sur leurs prix et leur capacité à répondre à la forte augmentation de la demande. En fait, elles sont désormais plus de 80 % à admettre qu’elles auraient « quelques difficultés » (51 %), sinon de « sérieuses difficultés » (30 %) à répondre à une augmentation inattendue de la demande.

Dans les deux cas, des sondages complémentaires réalisés au mois de mars ont révélé que l’invasion de l’Ukraine par la Russie risque, aux yeux des uns comme des autres, d’aggraver encore un peu la situation. Environ la moitié des entreprises s’attendent, par exemple, à plus de pression sur le coût déjà élevé de l’essence et d’autres produits de base.

De l’optimisme

On continue cependant de penser que l’inflation finira par s’essouffler et reviendra plus près de la cible de la Banque du Canada, soit d’une fourchette allant de 1 % à 3 %.

Du côté des consommateurs, les attentes sur un horizon de cinq ans sont même en train de s’atténuer : elles se chiffrent à 3,2 % en ce début d’année, contre 3,5 % à la fin de 2021 et 3,9 % juste avant le début de la pandémie. « Les attentes d’inflation à long terme demeurent bien ancrées et […] les répondants estiment que la hausse actuelle de l’inflation ne durera pas », indiquent les auteurs des enquêtes.

Du côté des entreprises, on a bon espoir que les problèmes dans les chaînes d’approvisionnement finiront par se régler et que la Banque du Canada saura s’occuper du reste avec sa politique monétaire, rapporte-t-on. Ainsi, moins d’un répondant sur cinq s’attend à ce que l’inflation soit encore supérieure à 2 % dans trois ans.

Salaires, prix, taux d’intérêt…

En attendant, les entreprises n’auront pas le choix, disent-elles, de transférer une partie de l’augmentation des coûts à leurs clients. Mais « beaucoup » d’entre elles comptent aussi en amortir une autre partie en investissant dans des équipements qui amélioreront leur productivité ou en réduisant leurs marges bénéficiaires.

Concernant la main-d’œuvre, près des trois quarts s’attendent notamment à devoir verser des augmentations salariales moyennes de 5,2 % à leurs travailleurs dans les 12 prochains mois — un peu plus, donc, que l’augmentation du coût de la vie prévue par les Canadiens. Mais ce serait aussi plus du double de l’augmentation salariale à laquelle ces derniers disent s’attendre (2,2 %). Environ le quart des travailleurs ont déclaré avoir eu une révision salariale récemment. De ce nombre, une majorité (60 %) se plaint que cette hausse soit inférieure à l’inflation.

Les employeurs devront prendre garde, car la proportion des répondants qui estiment probable de se trouver rapidement quelque chose s’ils perdaient leur emploi est revenue à ce qu’elle était avant la pandémie (50,2 %), et la probabilité de départ volontaire au cours des 12 prochains mois est à un sommet (22 %).

Ces résultats d’enquête arrivent à la veille de la réunion du comité de politique monétaire de la banque centrale canadienne prévue la semaine prochaine. « La Banque du Canada se consolera avec le fait que les attentes en matière d’inflation à long terme restent bien ancrées, mais plus longtemps l’inflation actuelle restera nettement au-dessus de sa cible et plus les attentes risquent de se désancrer », a fait valoir dans une brève analyse Benjamin Reitzes.

Pour l’économiste de la Banque de Montréal, ces nouvelles données viennent conforter sa conviction que, après avoir procédé à une première hausse de son taux directeur de 0,25 % à 0,5 % le mois dernier, la Banque du Canada s’apprête à procéder à une autre hausse, mais du double cette fois. Ses confrères de la Banque Royale et de la Banque CIBC partageaient cet avis, lundi, prédisant à leur tour une augmentation de 0,5 point de pourcentage pour la semaine prochaine.

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