Les grandes banques canadiennes ont augmenté leur aide aux énergies fossiles de 70% en 2021

Au Canada, la RBC figure en tête de liste du financement accordé au secteur des énergies fossiles.
Photo: Larry MacDougal La Presse canadienne Au Canada, la RBC figure en tête de liste du financement accordé au secteur des énergies fossiles.

Bien qu’elles reconnaissent qu’une réduction des émissions de gaz à effet de serre est nécessaire, les cinq grandes banques canadiennes — RBC, Banque Scotia, TD, BMO et CIBC — ont augmenté de 70 % leur soutien au secteur des énergies fossiles en 2021 par rapport à l’année précédente. C’est ce qui ressort de la dernière édition du rapport Banking on Climate Chaos, publiée mercredi par un consortium d’organisations de la société civile appuyé par Greenpeace Canada.

Depuis l’adoption de l’Accord de Paris, soit depuis six ans, le financement des énergies fossiles versé par les 60 plus grandes banques au monde a atteint un total de 4600 milliards de dollars américains. Rien que l’année dernière, leur soutien accordé au secteur a atteint 742 milliards.

Des pratiques inchangées

Les grandes banques canadiennes ne font pas bonne figure dans ce portrait mondial. De 2016 à 2021, elles ont apporté un soutien de près de 700 milliards de dollars aux énergies fossiles. La RBC est de loin celle qui a le pire bilan (201 milliards au total), suivie de la Banque Scotia (149 milliards), de la TD (141 milliards), de la Banque de Montréal (117 milliards) et la CIBC (90 milliards).

À noter que Desjardins ne fait pas partie du classement des principaux financeurs des combustibles fossiles mentionné dans le rapport.

Après avoir toutes réduit leur financement à ce secteur en 2020, en plein cœur de la pandémie, elles l’ont fortement rehaussé, de 70 %, en 2021. Depuis l’Accord de Paris, leur soutien aux énergies fossiles a augmenté d’environ 30 %.

« Cela va complètement à contresens de ce qu’il faudrait faire », indique Keith Stewart, stratège principal en matière d’énergie chez Greenpeace Canada. « Dans la dernière année, on a vu toutes les banques s’engager à atteindre la carboneutralité, mais quand on regarde les chiffres, on voit bien qu’elles ne changent pas leurs pratiques », déplore-t-il.

« Ce rapport nous prouve que nous ne pouvons pas faire confiance aux banques juste en nous basant sur leurs bonnes intentions. Elles continueront de faire ce qui est le plus profitable pour elles », ajoute M. Stewart, plaidant pour une meilleure réglementation gouvernementale.

La semaine dernière, la sénatrice et experte des questions environnementales Rosa Galvez a déposé un projet de loi allant dans ce sens pour forcer le secteur financier à s’aligner sur les objectifs climatiques du Canada.

Un financement jugé alarmant

Si les grandes banques américaines sont toujours dans le peloton de tête mondial de celles ayant attribué le plus de financement au secteur des énergies fossiles depuis l’Accord de Paris, les banques canadiennes continuent elles aussi d’être surreprésentées. Trois d’entre elles — RBC, Banque Scotia et TD — font partie des douze plus importantes créditrices, et cinq figurent parmi les vingt premières, ce qui représente le quart de cette tête de classement.

Le soutien accru des banques canadiennes au secteur des sables bitumineux est par ailleurs particulièrement alarmant, souligne Keith Stewart, de Greenpeace Canada.

En 2021, le financement de ce secteur dans le monde a atteint 23,3 milliards de dollars américains — une hausse de 51 % par rapport à l’année précédente, particulièrement encouragée par la RBC et la TD.

« Les grandes banques investissent massivement en relations publiques pour promouvoir leurs actions climatiques, mais elles feraient mieux de mettre de l’argent dans les solutions climatiques », explique M. Stewart.

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