L’accès à la propriété, un enjeu de société, selon le patron de Desjardins

L’offre est insuffisante dans le marché pour répondre à la demande des ménages, a expliqué Guy Cormier.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir L’offre est insuffisante dans le marché pour répondre à la demande des ménages, a expliqué Guy Cormier.

Il est temps de faire de l’accessibilité à la propriété un enjeu de société, croit le président et chef de la direction du Mouvement Desjardins, Guy Cormier. Il craint que l’augmentation des prix de l’immobilier résidentiel et du logement soit en train de créer une iniquité entre les générations.

L’offre est insuffisante dans le marché pour répondre à la demande des ménages, a-t-il expliqué en entrevue en marge de l’assemblée annuelle du Mouvement Desjardins, qui avait lieu à Québec samedi. « C’est clair, en ce moment, qu’il y a un manque du nombre de places. Il y a un manque de nombre de résidences. Il y a un manque de nombre de logements. Ça, c’est clair. C’est documenté. »

L’automne dernier, l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec (APCHQ) estimait qu’il manquait entre 40 000 et 60 000 logements au Québec. Il faut trouver une manière de construire davantage d’habitations, croit le grand patron du Mouvement Desjardins. « Il va falloir favoriser encore plus activement la construction, toujours dans le respect de l’environnement et du développement durable, mais il va falloir favoriser la construction de nouveaux endroits où les gens vont pouvoir se loger. »

Le Mouvement Desjardins veut contribuer à accroître l’offre dans le marché en investissant « des centaines de millions » dans le logement social, ajoute-t-il. La coopérative mène aussi des discussions avec les différents ordres de gouvernement pour mener à bien certains projets.

Trouver un logement abordable n’est pas le seul défi des jeunes, s’inquiète M. Cormier, qui a consacré une bonne partie de son discours à l’équité intergénérationnelle. « Les changements climatiques, jusqu’ici, il faut le dire, les décisions et les mesures qui ont été prises n’ont clairement pas été à la hauteur des défis, de la réelle menace qu’il y a devant nous, a-t-il prévenu, lors de son allocution. Il y a le vieillissement de la population. Eh oui, ça aussi, ça concerne les jeunes parce qu’ils vont être pas mal moins nombreux à payer et à assumer la hausse des frais de santé. »

En entrevue et dans son discours, M. Cormier a aussi évoqué la guerre en Ukraine, qui amène une insécurité géopolitique supplémentaire. L’état des finances publiques dont hériteront les plus jeunes contribuables et la qualité des infrastructures routières.

Sommes-nous arrivés au moment où les prochaines générations se trouveront dans une moins bonne posture que la précédente ? « Je ne pense pas qu’on est rendus à ce point de bascule là, mais je pense que la génération aux commandes doit vraiment intégrer un bénéfice jeunesse dans ces réflexions-là, répond-il. On ne peut pas seulement prendre des décisions pour le prochain trimestre ou le prochain exercice financier. »

Des investissements technologiques

Le Mouvement Desjardins tenait une assemblée annuelle hybride pour la première fois depuis le début de la pandémie. Plus de 500 membres étaient sur place au Centre des congrès de Québec, samedi. « Évidemment, tout le monde avait son masque et il y avait la distanciation, mais juste de pouvoir se regarder dans les yeux… J’ai vu des gens tellement heureux », a raconté son président et chef de la direction.

La rencontre a eu lieu après une année favorable pour la coopérative. Près de 83 000 nouveaux membres ont rejoint ses rangs en 2021. Les excédents avant ristourne ont augmenté de 21,6 %, ou 523 millions de dollars, pour atteindre 2,9 milliards, toujours en 2021.

L’année 2022 sera marquée par une « accélération de la cadence » dans les projets technologiques, a déclaré M. Cormier. Desjardins compte investir environ 2 milliards en technologie, annuellement, au cours des quatre à cinq prochaines années.

La cybersécurité restera un poste budgétaire important avec un montant de près de 375 millions par année. Il s’agit d’une augmentation significative par rapport aux 100 à 150 millions qui y étaient consacrés avant la fuite massive des données personnelles de 2019. Près de 1200 employés travaillent maintenant à la prévention et à la détection des fraudes.

Parmi les projets technologiques dans les cartons, M. Cormier a donné en exemple le projet de système de reconnaissance vocale. « Les menus à option : faites le 1, faites le 3, faites le 8, revenez au menu principal, ça achève chez Desjardins », a-t-il annoncé aux membres.

Desjardins est maintenant capable de reconnaître ses clients par la voix, a précisé le dirigeant en entrevue. Pour y parvenir, la coopérative a enregistré plus de 5000 voix pour capter les différentes intonations et accents parlés au Québec. « Les gens quand ils vont appeler, on va juste être capables de détecter à travers leur voix ce qu’ils nous demandent et on va être capables de leur répondre automatiquement sans qu’ils aient à suivre un menu vocal. »

L’organisation teste présentement le système dans certains points de contacts avec la clientèle. La reconnaissance vocale devrait être déployée pour tous les centres d’appels « dans un horizon allant entre 2022 et 2024 ».

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