L’«altruisme des données» pour freiner les GAFAM

La façon dont Facebook et les autres membres des GAFAM collectent puis utilisent les données produites par leurs milliards d’utilisateurs a créé une méfiance à l’égard du numérique.
Photo: Firmbee / Unsplash La façon dont Facebook et les autres membres des GAFAM collectent puis utilisent les données produites par leurs milliards d’utilisateurs a créé une méfiance à l’égard du numérique.

Un proche conseiller du Vatican et un avocat en droit numérique croient que les gouvernements comme celui du Québec gagneraient à détourner les données collectées à des fins commerciales par les GAFAM pour en valoriser l’utilisation en faveur du bien public. Le rapport qu’ils publient à Montréal mercredi propose même un cadre légal pour éviter la mainmise des géants technologiques sur le futur du numérique.

La façon dont Facebook et les autres membres des GAFAM collectent puis utilisent les données produites par leurs milliards d’utilisateurs a créé une méfiance à l’égard du numérique que veut combattre la Fondation de la technologie pour l’humain à travers ce qu’elle appelle l’« altruisme des données ». Éric Salobir, son fondateur et président, est un prêtre français diplômé en théologie et en philosophie et par ailleurs conseiller spécial auprès du Vatican en matière de données numériques.

Lui et l’avocat Grimaud Valat ont été invités par le centre québécois de recherche en intelligence artificielle Mila à venir présenter un cadre légal qu’ils souhaiteraient voir adopté notamment par l’Union européenne et le Canada et qui valoriserait une utilisation « plus humaine » des données numériques.

Atténuer la méfiance du public

 

« La méfiance à l’égard des données numériques et des géants technologiques a forcé des États à mieux protéger ces données », dit Éric Salobir en entrevue au Devoir. « Or, à juste vouloir protéger les données, on a négligé d’en privilégier une utilisation qui serait bénéfique pour l’intérêt général. » La Fondation recommande entre autres aux autorités d’obliger les fabricants d’appareils connectés à remettre toutes les données qu’ils produisent à leurs utilisateurs. « Les gens n’ont aucune idée de l’ampleur des données qu’ils produisent tous les jours », explique M Grimaud Valat. « Déjà, avoir le contrôle sur ces données serait un premier pas pour permettre ensuite aux utilisateurs d’y donner accès à d’autres en toute confiance. »

Ces « autres » pourraient être des centres de recherche du secteur médical, par exemple. Ou des chercheurs universitaires en intelligence artificielle. L’important est qu’il soit clairement entendu que ce modèle devra bénéficier à la collectivité, disent les deux experts européens. « Il faut créer un cadre de confiance autour des données, sans quoi même les projets de recherche qui seraient bons pour la société vont échouer. »

Les GAFAM ont profité d’un manque d’encadrement juridique du numérique ces 20 dernières années pour imposer leur quasi-monopole sur le secteur. La Fondation de la technologie pour l’humain presse les gouvernements d’agir s’ils ne veulent pas voir un nouveau monopole naître de l’émergence des prochaines technologies comme la chaîne de blocs (blockchain) ou même le Web3.

Ces technologies promettent « de décentraliser complètement le numérique », mais pourraient aussi mener à la création de nouveaux monopoles qui échapperont une fois de plus aux lois existantes, craignent-ils. Pressenti comme la prochaine grande évolution du réseau Internet, le Web3 vise le remplacement des plateformes Web centralisées comme Facebook, Google et Amazon par des services reposant sur des algorithmes et des systèmes automatisés.

À l’heure où l’identité numérique est de plus en plus importante pour les individus, ce constat pose « des questions éthiques qui ne relèvent plus de la science-fiction », indique Éric Salobir. La création d’un cadre légal et international clair réglerait plusieurs de ces questions en valorisant les retombées sociales positives des technologies futures.

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