Rien pour les premiers propriétaires

Le gouvernement a préféré ne pas agir sur le prix des habitations pour ne pas stimuler encore plus la demande.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Le gouvernement a préféré ne pas agir sur le prix des habitations pour ne pas stimuler encore plus la demande.

Le gouvernement Legault a préféré ne pas intervenir sur le marché immobilier dans le budget, parce que cela aurait pu accentuer encore davantage la flambée des prix, a expliqué le ministre des Finances, Eric Girard.

Il n’était pas question, a-t-il dit, de réguler le marché ou de soutenir financièrement les nouveaux acheteurs qui peinent à se trouver une propriété. Cela aurait « stimulé la demande », et « c’est la dernière chose qu’on veut », a expliqué le ministre en point de presse.

« Le gouvernement aurait dû mettre de l’ordre dans le far west immobilier », a tonné la députée solidaire Ruba Ghazal à ce sujet. « Les premiers acheteurs sont laissés à eux-mêmes face à la surenchère. »

Le ministre des Finances s’est toutefois défendu de n’avoir rien fait, puisqu’il a mis sur pied des mesures pour « protéger les acheteurs », en interdisant, par exemple, aux courtiers de faire de la « double représentation » en négociant à la fois pour les vendeurs et pour les acheteurs. Il a aussi fait savoir que de nouvelles mises en garde allaient s’ajouter sur les formulaires utilisés par les courtiers concernant l’importance des inspections.

La hausse des prix, a-t-il dit, découle du fait que Montréal est en « rattrapage » par rapport au marché immobilier de l’Ontario. Même si cette tendance est appelée à se poursuivre à long terme avec la croissance de l’économie québécoise, les acheteurs peuvent néanmoins s’attendre à un « ralentissement » au cours des prochains mois.

Logements sociaux

 

« Le gouvernement continue de nier qu’il y a une crise du logement au Québec », a lancé l’ancien ministre des Finances libéral Carlos Leitao. La crise du logement a aussi été décrite comme l’une des « grandes absentes » de ce budget par le chef du Parti québécois, Paul Saint-Pierre Plamondon. L’une après l’autre, les oppositions ont toutes reproché aux caquistes leur manque de mordant en ce domaine.

Dans son budget, le gouvernement écrit pourtant que la hausse du coût des loyers et la rareté de l’offre sur le marché privé rendent « plus difficile » la recherche d’un logement abordable.

Il s’engage à financer la construction de 1000 nouvelles unités abordables d’ici cinq ans et débloque des fonds pour faire aboutir les 3500 projets des dernières années qui n’ont pas encore été construits, une dépense de 347 millions de dollars.

Il s’agit toutefois de sommes relativement modestes en comparaison avec les attentes du milieu. Lors des consultations prébudgétaires, l’Union des municipalités du Québec (UMQ) avait demandé l’ajout de 4500 nouveaux logements sociaux par année.

Questionné par un journaliste sur cet apparent « fossé », le ministre a rétorqué qu’il ne pouvait pas satisfaire tout le monde et avait dû faire des « arbitrages ». Il a ajouté qu’en quatre ans, son gouvernement avait permis à 15 000 unités annoncées par le précédent gouvernement d’être finalement construites grâce à du financement additionnel.

Car il faut souvent des années avant que les logements sociaux annoncés dans le budget finissent par sortir de terre. Dès lors, en attendant que les nouveaux logements sociaux soient construits, le gouvernement Legault débloque 2200 unités de supplément au loyer de plus sur cinq ans afin d’aider certains groupes plus vulnérables, dont les femmes victimes de violence (100 unités) et les itinérants (500 unités). Or, à nouveau, les villes réclamaient bien davantage, soit 13 400 logements abordables supplémentaires par année pour tout le Québec.



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