500$ pour la plupart des Québécois et ce qu'il faut retenir du budget

Le ministre des Finances du Québec, Eric Girard, prévoit des dépenses additionnelles totalisant plus de 22 milliards de dollars de 2021-2022 à 2026-2027, dont 3,2 milliards d’« aide immédiate » à 6,4 millions de Québécois frappés de plein fouet — ou non — par la hausse du coût de la vie. Voici les points saillants du budget du Québec 2022-2023.

Une aide immédiate de 500 $ pour « se prémunir contre l’inflation »

À moins de sept mois du scrutin, Eric Girard accorde un crédit d’impôt remboursable de 500 $ aux adultes ayant un revenu de 100 000 $ ou moins afin de « mieux se prémunir contre les conséquences de l’inflation » délirante.

Les personnes gagnant entre 100 000 $ et 105 000 $ recevront quant à elles un montant moindre qui sera déterminé en fonction du revenu.

Le crédit d’impôt remboursable sera accordé indistinctement aux étudiants, aux travailleurs, aux bénéficiaires du programme d’aide financière de dernier recours et aux retraités, pourvu qu’ils produisent une déclaration de revenus pour l’année 2021. Selon la situation, il permettra d’augmenter le remboursement d’impôt ou de réduire le paiement prévu.

L’« aide immédiate de 500 $ » s’ajoute notamment à la Prestation exceptionnelle pour le coût de la vie de 200 $ ou 275 $ qui a été versée à 3,3 millions de personnes à faible ou à moyen revenu l’automne dernier.

Le coût de la vie croîtra de 4,7 % en 2022 au Québec — et non de 2,9 % comme le prévoyait M. Girard en novembre dernier. L’inflation a été exacerbée par la forte reprise économique mondiale postpandémique et l’invasion de l’Ukraine par la Russie, a précisé le ministre des Finances mardi.

Pour l’accès à un « logement de qualité et abordable »

Le gouvernement québécois octroie 347 millions à la construction de 1000 nouveaux logements abordables d’ici cinq ans — et à la concrétisation de 3500 nouveaux logements déjà annoncés.

Le gouvernement Legault prêtera aussi main-forte à 2200 locataires en difficulté, dont les femmes victimes de violence et les personnes itinérantes, au moyen de « suppléments au loyer » mensuels.

Un soutien inattendu aux organismes communautaires

 

Québec alloue 149 millions de plus cette année aux organismes communautaires, qui, selon Eric Girard, sont « une pierre angulaire du filet social québécois ». Ces sommes visent à financer non seulement des projets spécifiques, mais aussi le fonctionnement des organismes.

Le gouvernement prête une attention particulière aux organismes de lutte contre les violences sexuelles et conjugales (+18,8 millions) et à ceux d’aide aux jeunes en difficulté (+5 millions).

Les dépenses par portefeuilles

 

Le quatrième budget portant la signature du ministre Girard bonifie les principaux portefeuilles de l’État québécois — Santé (+6,3 %, en excluant les mesures prises dans la foulée de l’arrivée de la COVID-19 au Québec), Éducation (+5,4 %), Enseignement supérieur (+13,1 %) — en 2022-2023.



Des sommes pour le rétablissement du réseau de la santé

 

Québec consacre 5,2 milliards sur cinq ans au plan de « rétablissement » du réseau de la santé sur la planche à dessin du ministre Christian Dubé.

Le gouvernement, qui préconise une gestion « de proximité », « décentralisée, humaine et performante » du réseau de la santé, mise sur la décentralisation de la planification des horaires, l’élimination du recours abusif aux heures supplémentaires, la hausse du personnel travaillant à temps plein en milieu hospitalier et l’amélioration de la conciliation travail-famille.

Le gouvernement alloue 27,3 millions en 2022-2023 (183,3 millions sur cinq ans) afin de faciliter l’« accès à un professionnel de la santé dans un délai de 36 heures », entre autres choses.

Le gouvernement bonifie par ailleurs son crédit d’impôt remboursable pour maintien à domicile des aînés, d’un point de pourcentage par année, afin qu’il passe de 35 % en 2021 à 40 % en 2026.

Ensemble, nous avons traversé la tourmente. Quand on regarde la dernière ligne droite du mandat que nous ont confié les Québécois, on peut être satisfaits de la solidité de nos finances, de la vigueur de notre économie et des sommes considérables que nous avons remises dans le portefeuille des Québécois.

L’aide financière aux études élargie

Québec répond à la hausse attendue des droits de scolarité en élargissant substantiellement l’accès à l’aide financière aux études. Le gouvernement prévoit investir 342 millions sur cinq ans dans divers programmes de prêts et bourses.

Le portefeuille des dépenses du ministère de l’Enseignement supérieur grimpera de 13 % l’an prochain. Le gouvernement déboursera 634 millions d’ici 2027 pour accroître le taux de diplomation au cégep et à l’université.

Le retour à l’équilibre budgétaire prévu en 2027-2028

Québec retrouvera l’équilibre budgétaire en 2027-2028 sans « alourdir le fardeau fiscal » des Québécois, tout en assurant un « financement adéquat des principales missions de l’État » et en garnissant le Fonds des générations, a confirmé Eric Girard mardi, après avoir annoncé de nouvelles dépenses de près de 22,3 milliards sur six ans.


Pour y arriver, il mise sur l’accélération de la croissance économique et, par ricochet, la croissance des revenus de l’État, ainsi que sur un éventuel rehaussement des transferts fédéraux en matière de santé.

Par ailleurs, le poids de la dette brute passera à 43,1 % du PIB au 31 mars 2022.

Eric Girard s’engage à fixer l’année prochaine un « nouvel objectif de réduction de la dette couvrant les 10 ou 15 prochaines années » si les électeurs — et le premier ministre François Legault — renouvellent leur confiance en lui d’ici là.


Investir dans la reprise économique

 

Québec allonge 4,2 milliards pour stimuler la reprise d’une économie qui a été fortement bouleversée au cours des deux dernières années.

Pour combattre la pénurie de main-d’œuvre plus spécifiquement, le gouvernement mise essentiellement sur une augmentation de la productivité des entreprises : plus de la moitié des sommes allouées à la reprise (2,2 milliards) seront versées, au cours des cinq prochaines années, à la recherche et développement, au virage numérique, aux nouvelles technologies. Une partie des sommes pour la relance (1,5 milliard) servira au développement régional, dont 627 millions pour stimuler le secteur agroalimentaire.


Le produit intérieur brut (PIB) du Québec croîtra non pas de 3,3 %, mais de 2,7 % en 2022, estime désormais le ministère des Finances, qui a été forcé de revoir à la baisse ses prévisions de croissance économique en raison du variant Omicron (–1,4 %), puis de l’invasion de l’Ukraine par la Russie (–0,2 %).

Après avoir enregistré un recul de 5,5 % en 2020 en raison de la pandémie de COVID-19, le PIB réel s’est accru de 6,3 % en 2021.

Des sommes imprévues pour le virage vert

 

Grâce à des revenus inattendus tirés du marché du carbone, le ministre ajoute un milliard de dollars pour intensifier la lutte contre les changements climatiques au cours des cinq prochaines années.

Au total, 7,6 milliards seront consacrés principalement à des actions pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES), en commençant dans les secteurs du transport et de l’industrie.

Le collège Dawson éjecté du PQI

 

Le projet d’agrandissement du cégep anglophone Dawson, dans le centre-ville de Montréal, a été retiré du Plan québécois des infrastructures (PQI). Le PQI 2022-2032 renferme des projets totalisant 142,5 milliards.

L’enveloppe du ministère de l’Éducation au PQI gonfle, elle, de 200 millions.

Eric Girard tente de s’attaquer à la vétusté du parc immobilier scolaire, mis en lumière par la pandémie de COVID-19 et les problèmes de circulation de l’air observés dans certaines écoles. Il débloque donc 267 millions supplémentaires sur cinq ans afin d’assurer le « maintien de la qualité de l’eau et de l’air dans les classes ».

Des baisses d’impôt à l’horizon ?

M. Girard a affirmé que le gouvernement a toujours l’objectif « à long terme » de réduire les impôts lorsque des surplus budgétaires apparaîtront. « Avant de réduire le fardeau fiscal, il faudra être en mesure de voir des surplus », a-t-il dit.

Le ministre des Finances a pris la peine de souligner que, sans compter les versements prévus au Fonds des générations, l’équilibre budgétaire sera atteint, « au sens comptable », en 2023-2024. Le premier ministre François Legault a signalé récemment qu’il attendra la prochaine campagne électorale pour préciser ses intentions au sujet des baisses d’impôt.

Et de quatre budgets

 

Eric Girard a signé son quatrième — et dernier — budget du Québec de la législature.

Le ministère des Finances publiera le 15 août prochain un rapport préélectoral qui devrait permettre à tous les partis politiques (et à la population québécoise) d’avoir l’heure juste sur les finances de l’État québécois avant le coup d’envoi de la campagne électorale.

Avec Ulysse Bergeron, François Carabin, Clémence Pavic, Isabelle Porter, Alexandre Robillard et Marie-Michèle Sioui

 

Une version précédente du graphique « Dépenses par portefeuille dans le budget 2022-2023 du Québec », qui indiquait un total de dépenses de 134,9 milliards de dollars, a été corrigée.

Les réactions de l’opposition

« Sa priorité, ce n’est pas le bien-être des Québécois, mais de se faire réélire ; François Legault ne regarde pas plus loin que le 3 octobre. On pourrait même renommer ce budget “Horizon élections” », a lancé avec ironie Carlos Leitão, député du Parti libéral du Québec.

 

« Bienvenue au lancement de la campagne électorale de la CAQ. […] C’est un budget irresponsable », estime Manon Massé, co-porte-parole de Québec solidaire.

 

« On repousse les limites de l’électoralisme à des niveaux inégalés », a déclaré Paul St-Pierre Plamondon, chef du Parti québécois.

 

« Non seulement il n’y a pas de pelletée de terre pour le troisième lien [Québec-Lévis], il n’y a pas une cenne », a de son côté souligné Éric Duhaime, chef du Parti conservateur du Québec.



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