Sony acquiert l’éditeur montréalais de jeux vidéo Haven Studios

Jade Raymond et Pierre-François Sapinski, deux des cofondateurs de Haven Studios, voient comme bénéfice à la vente le fait de pouvoir déléguer certaines tâches administratives.
Photo: Adil Boukind Le Devoir Jade Raymond et Pierre-François Sapinski, deux des cofondateurs de Haven Studios, voient comme bénéfice à la vente le fait de pouvoir déléguer certaines tâches administratives.

La division du géant japonais Sony responsable de produire des jeux vidéo pour la PlayStation a annoncé lundi l’acquisition de l’éditeur montréalais Haven Studios, dirigé par la productrice Jade Raymond, bien connue dans l’industrie pour ses expériences passées, notamment chez Google et Ubisoft.

Fondé en mars 2021 grâce à la participation financière de Sony Interactive Entertainment, Haven Studios ne prévoit pas de changement majeur à ses opérations après cette acquisition, dont la valeur n’a pas été divulguée. Sa mission de produire un environnement de jeu vidéo de haut niveau (qu’on appelle « AAA » dans l’industrie) exclusif aux plateformes de la division PlayStation de Sony demeure. La soixantaine de personnes qu’il emploie actuellement conservent leur travail, et le processus d’embauche pour pourvoir d’autres postes se poursuit.

Pour Jade Raymond et ses quatre autres cofondateurs, il y a un bénéfice tangible à cette passation de pouvoir : ils pourront se concentrer sur la production de leur jeu vidéo et auront un accès facilité aux outils de gestion et de création de Sony. « Nous n’aurons plus à nous soucier du fonctionnement du service de la paie ou de la comptabilité », explique Jade Raymond en entrevue avec Le Devoir. « Nous pourrons concentrer nos efforts sur la finalisation de notre premier grand titre et nous assurer qu’il surpassera les attentes des joueurs quand il sera mis en marché. »

La gestion d’une entreprise au quotidien peut parfois peser plus lourd que prévu quand on se lance dans une nouvelle aventure comme celle de Haven Studios. La PME montréalaise a d’ailleurs perdu un de ses fondateurs au cours de l’hiver. Son directeur de l’exploitation, Sébastien Puel, a quitté le navire et n’avait pas été remplacé, ses tâches ayant été redistribuées à l’interne.

Sans que ce soit dit explicitement, on sent que l’arrivée de Sony au sein de Haven permettra à la direction de déléguer les tâches plus administratives à d’autres personnes au sein de la multinationale japonaise.

Vent de consolidation

L’acquisition par Sony d’un éditeur montréalais représente son premier investissement direct au Canada dans le secteur du jeu vidéo. L’entreprise n’a pas officiellement l’intention d’occuper un plus grand espace dans l’industrie canadienne, qui demeure à l’échelle internationale une des plus importantes pour le nombre de travailleurs.

La bonne réputation acquise par les professionnels canadiens du multimédia n’échappe pas au principal dirigeant de PlayStation Studios, Hermen Hulst, dont relèveront les gens de Haven Studios. « C’est l’occasion pour nous d’aider Jade et son équipe à faire grandir leur entreprise plus rapidement tout en allant piger dans ce bassin de talents réputé qu’est le secteur canadien du jeu vidéo », a-t-il expliqué en visioconférence à partir d’Amsterdam.

Sony voit tout de même plus large que le seul Canada dans la stratégie d’expansion de ses activités vidéoludiques. L’entreprise a mis la main à la fin janvier pour la somme de 3,6 milliards de dollars américains sur l’éditeur américain Bungie, qui a initialement créé la série de jeux Halo, qui a longtemps été le titre-phare de la console Xbox de Microsoft, principal rival de Sony dans le jeu vidéo. Quelques semaines plus tôt, Microsoft annonçait de son côté le rachat de l’éditeur Activision Blizzard pour 68,7 milliards de dollars américains.

Il y a certainement un vent de consolidation ces jours-ci dans une industrie où les principales plateformes — on peut ajouter au trio Sony-Microsoft-Nintendo des nouveaux venus comme Amazon et Netflix — essaient d’obtenir l’exclusivité sur des titres qui attireront les consommateurs en plus grand nombre.

L’intégration de Haven Studios à l’équipe de la PlayStation va un peu dans le sens de ce mouvement, mais pas tant, nuance Hermen Hulst. Une entente liait déjà les deux entreprises avant la transaction sur la création d’un jeu vidéo en ligne à l’environnement persistant, accessible par la PlayStation, mais aussi par un ordinateur personnel. Il y a donc dans ce geste une volonté de rapprocher les créateurs montréalais des autres studios répartis ailleurs dans le monde qui composent le groupe PlayStation.

« Nous ferons partie d’un des studios les plus réputés au monde, mais nous demeurerons indépendants », assure Jade Raymond. « Nous allons maintenant côtoyer les créateurs de jeux qui nous ont inspirés d’abord en tant que joueurs puis en tant que producteurs. »

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