Mariage de raison entre Kmart et Sears

Kmart et Sears Roebuck and Co. ont annoncé hier leur fusion-surprise, une opération de 11 milliards $US qui va donner naissance à la troisième chaîne de distribution des États-Unis et doit leur permettre de mieux résister au rouleau compresseur Wa
Photo: Agence Reuters Kmart et Sears Roebuck and Co. ont annoncé hier leur fusion-surprise, une opération de 11 milliards $US qui va donner naissance à la troisième chaîne de distribution des États-Unis et doit leur permettre de mieux résister au rouleau compresseur Wa

New York — Kmart et Sears Roebuck and Co. ont annoncé hier leur fusion-surprise, une opération de 11 milliards $US qui va donner naissance à la troisième chaîne de distribution des États-Unis et doit leur permettre de mieux résister au rouleau compresseur Wal-Mart.

Sous le nom de Sears Holding, le nouveau groupe, dont la fusion devrait être achevée en mars 2005, aura un chiffre d'affaires de 55 milliards $US et gérera 3450 magasins, pour l'essentiel aux États-Unis.

Il se classe juste derrière la première chaîne de bricolage du monde, Home Depot, mais très loin du numéro un incontesté du secteur de la distribution: Wal Mart (250 milliards de chiffre d'affaires annuel).

Les consommateurs américains ne seront pas complètement déboussolés, les deux enseignes vont continuer à coexister même si un certain nombre de magasins Kmart vont passer à l'enseigne Sears, qui a une réputation de qualité faisant quelque peu défaut au discounter de Troy, dans le Michigan.

Cette fusion sera «clairement au bénéfice des clients des deux sociétés, tout en renforçant de façon significative la valeur pour les actionnaires», a commenté Alan Lacy, l'actuel patron de Sears, qui deviendra p.-d.g. du nouveau groupe. Aylwin Lewis, son homologue de Kmart — sorti de la faillite en mai 2003 — et futur numéro deux, a eu recours à des métaphores guerrières pour montrer son enthousiasme et convaincre les analystes. «Nous avons été durcis par la bataille et sommes trempés dans l'acier», cette fusion «va nous permettre d'être très très concurrentiels», a-t-il lancé.

Action en hausse

Si tout le monde n'est pas convaincu du bien-fondé de rapprochement de deux groupes considérés comme fragiles, les investisseurs en tout cas ont applaudi dès l'annonce connue. L'action de Sears bondissait de 22 % et celle de Kmart grimpait de 17 %.

Gary Balter, un analyste de UBS, fait partie des sceptiques. «La question essentielle reste de savoir si le fait de mettre ensemble deux distributeurs en difficultés va générer assez de valeur et de synergies pour donner naissance à un bon distributeur», s'interroge-t-il.

Peter Cardillo, principal stratège boursier de S.W Bach, voit plutôt le bon côté des choses. «Cette transaction indique que la consolidation dans le secteur de la distribution va se poursuivre et cela devrait à l'avenir renforcer les distributeurs», a-t-il commenté.

Sears Holding bénéficiera de positions particulièrement fortes dans les équipements pour la maison, les outils, le matériel de jardinage, l'électronique grand public, et la maintenance automobile, souligne le communiqué. Kmart pour sa part va continuer à vendre ses marques exclusives, comme les ustensiles de cuisine et produits de décoration intérieure Martha Stewart. Ces derniers ont donné du cachet aux magasins Kmart, malgré les récents ennuis judiciaires de la papesse du bon goût américain.

Les deux partenaires comptent faire d'importantes économies d'échelle, de l'ordre de 500 millions $US par an, auprès de leurs fournisseurs en particulier, mais aussi au niveau de la gestion.

Derrière cette fusion ultrarapide se trouve Edward Lampert, 42 ans, que l'hebdomadaire Business Week de cette semaine compare déjà à Warren Buffett, l'investisseur le plus admiré des États-Unis. «Eddie» Lampert et son fonds d'investissement ESL Investments ont été les artisans du sauvetage de Kmart, dont il est aussi le principal actionnaire. Il reste d'ailleurs clairement l'homme en charge dans le nouvel ensemble, avec une importante participation au capital et le poste de président du conseil d'administration.