Un préavis de grève est remis au CP et des groupes exhortent Ottawa à intervenir

Une grève ou une fermeture à l’initiative de la direction du Canadien Pacifique (lockout) affecteraient quelque 3000 cheminots.
Frank Gunn La Presse canadienne Une grève ou une fermeture à l’initiative de la direction du Canadien Pacifique (lockout) affecteraient quelque 3000 cheminots.

Le Chemin de fer Canadien Pacifique a annoncé jeudi avoir reçu un préavis de grève du syndicat représentant ses mécaniciens, chefs de train et autres employés.

Cette décision est la dernière escalade d’un conflit de travail au chemin de fer de Calgary, qui pourrait déclencher un éventuel arrêt de travail à l’échelle nationale dès 1 h 00 dimanche.

La compagnie de chemin de fer Canadien Pacifique (CP) a menacé mercredi soir ses employés de les empêcher de venir travailler d’ici les trois prochains jours si les négociations en vue de la prochaine convention collective continuent de s’enliser.

Un grand nombre d’organisations commerciales canadiennes demandent alors au gouvernement fédéral d’empêcher un éventuel arrêt de travail. Le CP, dont le siège social est basé à Calgary, en Alberta, a averti que cette option entraînerait de profondes perturbations économiques au Canada.

La compagnie a donné un avis de 72 heures mercredi à la Conférence ferroviaire de Teamsters Canada (CFTC) concernant son plan de lockout visant près de 3000 employés à compter de dimanche.

Il sera déclenché si l’entreprise et le syndicat ne conviennent pas d’un accord sur les négociations de la convention collective ou s’il n’est pas possible de recourir à un arbitrage, selon un communiqué.

Un arrêt de travail « aurait des conséquences sur pratiquement tous les produits de la chaîne d’approvisionnement canadienne, paralysant ainsi le rendement de l’économie canadienne qui dépend du commerce », prévient CP.

La compagnie a notamment transporté plus de 30 millions de tonnes de grains au cours de l’année 2020-2021.

En dépit de discussions quotidiennes avec des médiateurs fédéraux, CP a estimé que les deux parties « restaient éloignées l’une de l’autre » après que le syndicat a rejeté cette semaine sa dernière offre.

Les négociations sont en cours depuis septembre et les deux parties sont en désaccord sur 26 questions en suspens, notamment les salaires, les avantages sociaux et les retraites.

 

Début mars, des membres du syndicat CFTC ont voté à 96,7 % en faveur d’une grève.

Une grève ou une fermeture à l’initiative de la direction (lockout) affecteraient quelque 3000 cheminots, dont des chefs de train, des conducteurs de locomotive, des agents de train et agents de triage.

Appel à Ottawa pour empêcher un arrêt de travail

Environ 45 groupes industriels affirment dans un communiqué que toute perturbation entraverait la capacité de fret du Canada et aurait un effet profond sur l’économie en général, qui se remet de la pandémie de COVID-19.

« Toute perturbation paralyserait davantage la capacité de fret du Canada et aurait un impact profond non seulement sur les expéditeurs ferroviaires, mais sur tous les expéditeurs, y compris ceux du camionnage et du transport aérien, dans l’ensemble de l’économie canadienne », ont affirmé les groupes dans un communiqué.

« Cela causerait des dommages irrévocables aux chaînes d’approvisionnement canadiennes, qui s’étendraient au-delà de nos frontières et nuiraient à notre réputation de partenaire fiable dans le commerce international. »

Parmi les groupes à l’origine de la demande se trouvent le Conseil canadien du commerce de détail, la Chambre de commerce du Canada, Manufacturiers et Exportateurs du Canada et le Conseil canadien des affaires.

Le ministre fédéral du Travail, Seamus O’Regan, a affirmé mercredi soir qu’Ottawa « surveillait la situation de près » et souhaitait que les deux parties envisagent de faire des compromis pour parvenir à un accord équitable pour les travailleurs et l’employeur.

Période déjà difficile pour les entreprises

Mais les groupes industriels veulent que le gouvernement aille plus loin.

 

« Le CP a indiqué qu’il était prêt à entrer immédiatement en arbitrage exécutoire pour résoudre cette affaire sans arrêt de travail », ont souligné les groupes.

« Le gouvernement doit faire tout ce qui est en son pouvoir pour que le syndicat soit d’accord. »

L’un des groupes qui faisaient partie de la déclaration, la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, a ajouté qu’il était important que le gouvernement s’assure que les deux parties restent à la table de négociation et que le service reste ininterrompu, car les entreprises traversent déjà une période difficile.

L’organisation, qui représente au moins 110 000 petites et moyennes entreprises (PME), estime que seulement 35 % des entreprises ont retrouvé des ventes normales et qu’environ 89 % des petites entreprises sont touchées par les problèmes de la chaîne d’approvisionnement. Les entreprises de vente au détail, de fabrication et de construction seraient les plus durement touchées.

Trois propriétaires d’entreprise sur dix ont vu les coûts de leur entreprise augmenter de plus de 20 % en raison de problèmes de chaîne d’approvisionnement, tandis que 39 % ont été forcées d’attendre plus d’un mois pour les expéditions, a précisé la FCEI.

« L’arrêt de travail entraînera un fardeau supplémentaire pour bon nombre de ces entreprises et mettra leur avenir et le gagne-pain de leurs employés à un plus grand risque », a déclaré Jasmin Guénette, vice-président des affaires nationales de la FCEI.

L’industrie agricole canadienne s’est également inquiétée d’un éventuel arrêt de travail au CP.

Les groupes d’agriculteurs ont averti que tout retard sur les lignes ferroviaires affecterait tous les aspects de leurs activités, notamment les expéditions d’engrais et d’autres intrants pendant la saison cruciale de l’ensemencement du printemps, ainsi que les livraisons d’urgence d’aliments pour le bétail dans les régions des Prairies touchées par la sécheresse.

« Des perturbations comme celle-ci peuvent se répercuter et avoir des conséquences sur l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement alimentaire », a observé Keith Currie, président de la Fédération canadienne de l’agriculture, dans un communiqué.

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