En 25 ans, la Loi sur l’équité salariale a fait faire «des pas de géantes» aux femmes

Miriane Demers-Lemay
Collaboration spéciale
En 1995, des centaines de participantes ont marché pendant 10 jours jusqu'à l'Assemblée nationale à Québec pour dénoncer la pauvreté des femmes.
Photo: Jacques Grenier Archives Le Devoir En 1995, des centaines de participantes ont marché pendant 10 jours jusqu'à l'Assemblée nationale à Québec pour dénoncer la pauvreté des femmes.

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

Des roses à la main, des centaines de Québécoises ont marché 200 kilomètres contre la pauvreté et porté des revendications pour plus d’égalité entre les hommes et les femmes. À la suite de cette marche Du pain et des roses de 1995, plusieurs revendications comme l’équité salariale font leur place sur le plan politique. Et en 1996, la Loi sur l’équité salariale est adoptée à l’unanimité à l’Assemblée nationale, permettant la mise en place de mécanismes dans le but de faire respecter le principe du « à travail équivalent, salaire égal ».

Aujourd’hui, l’écart salarial entre les Québécoises et les Québécois est inférieur à celui de plusieurs pays comme les Pays-Bas, l’Islande, l’Allemagne, l’Autriche ou les États-Unis, nous informe la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) dans un message transmis par courriel.

« C’est une loi extrêmement novatrice, c’est une loi d’application, proactive, qui reconnaît qu’il y a des stéréotypes négatifs à l’égard du travail féminin », souligne la politicienne et féministe Louise Harel dans un panel virtuel de la CNESST sur les 25 ans de la Loi, tenu le 8 mars dernier. L’ancienne ministre, qui a déposé le projet de loi en 1996, se souvient d’ailleurs l’avoir remise en mains propres à quelques présidents de parlement en Afrique du Sud et aux Nations unies. « La loi sur l’équité salariale a fait faire des pas de géantes aux femmes sur le marché du travail, mais le combat est inachevé et je suis convaincue qu’on est encore capables de le réaliser », observe-t-elle.

Du chemin à faire

Pour chaque dollar gagné par un homme blanc au Canada, une femme racisée gagnait en moyenne 59 cents en 2015, rappelle la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) sur son site Web. « Je crois que la situation pour les femmes racisées est absolument inquiétante et il faut faire quelque chose de très concret, d’où l’idée d’intégrer la notion de diversité [dans la loi], insiste Manon Poirier, directrice générale de l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés (CRHA). Ce serait une piste d’avenir que d’élargir la notion d’équité salariale et de s’assurer qu’on prend en compte certains paramètres d’origine culturelle ou ethnique. »

« Il faut [aussi] voir les limites de la loi, c’est plus difficile pour des professions qui sont typiquement féminines, poursuit Manon Poirier. Il y a toujours une sous-valorisation de certaines compétences dites “féminines”, des postes où on est en relation d’aide, où on prend soin, les infirmières, l’éducation : ce sont des professions typiquement féminines, à très haut pourcentage. » La directrice du CRHA illustre que le salaire des enseignantes au Québec est le plus faible enregistré dans toutes les provinces canadiennes, tandis que celui des éducatrices en garderie est généralement inférieur à celui d’ouvriers manuels n’ayant pas de formation spécifique.

Pour remédier aux iniquités, la CNESST a mis en place une Stratégie Immigration en 2020 qui agit auprès des personnes immigrantes et des travailleurs étrangers ainsi que de leurs employeurs afin de les sensibiliser à leurs droits et responsabilités. L’organisme poursuit également des activités de sensibilisation et de formation sur l’équité salariale. Des formations sont notamment offertes aux étudiants de programmes menant à des emplois typiquement féminins dans le domaine de la gestion. Des webinaires, une formation en ligne et de l’assistance téléphonique sont offerts afin de soutenir les entreprises et les employés dans l’application de la loi.

« Il faut continuer à avoir cette loi et les moyens de la faire appliquer », croit Manon Poirier. Elle ajoute que des micro-ajustements pourraient améliorer encore davantage l’application de la loi, comme des subventions permettant aux entreprises d’engager un ou une spécialiste de la loi pour assurer l’équité dans leur milieu. « Lorsque les femmes sont en poste de pouvoir ou de décision, elles vont nécessairement porter une attention plus particulière à la place des femmes, à leur rôle et à leur rémunération, suppose-t-elle. Je pense qu’il y a un mouvement dans la société, avec les femmes qui prennent leur place. »

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