L’inflation annuelle a grimpé à 5,7% en février au Canada

Paul Chiasson La Presse canadienne

Le coût de la vie a bondi en février à un rythme jamais vu en plus de 30 ans en raison de la hausse des prix de l’essence et des produits d’épicerie, qui, selon les économistes, devraient devenir plus chers et faire grimper encore davantage l’inflation.

L’inflation annuelle a grimpé à 5,7 % en février, atteignant son plus haut niveau depuis août 1991, a indiqué mercredi Statistique Canada. C’était son deuxième mois consécutif au-dessus de la barre des 5,0 %.

Selon l’économiste Tu Nguyen, du cabinet comptable RSM Canada, l’inflation devrait être plus proche de 6,0 % en mars et pourrait même atteindre 7,0 % pour la première fois depuis le début des années 1980.

« Soyez simplement prêt à ce que l’inflation reste élevée cette année », a-t-elle prévenu. « Ça va être difficile. »

Les prix de l’essence ont augmenté de 32,3 % par rapport à février 2021 et de 6,9 % par rapport au mois précédent, ce qui a contribué à l’augmentation. En excluant les prix de l’essence, l’inflation se serait établie à 4,7 %, a précisé l’agence fédérale.

Les prix des aliments achetés en magasin ont augmenté de 7,4 %, enregistrant ainsi leur plus forte augmentation annuelle depuis mai 2009. Cette progression s’expliquait par l’augmentation des prix des intrants et des coûts du transport, qui a été répercutée sur les factures des consommateurs.

Les coûts du logement, qui comprennent ceux des logements en propriété comme ceux des logements locatifs, ont augmenté à leur rythme le plus rapide depuis août 1983.

L’économiste en chef de la Banque de Montréal, Douglas Porter, a indiqué que l’augmentation de 4,2 % des loyers, d’une année à l’autre, était un sous-produit de la rage du marché du logement, où les prix continuent de grimper.

Même si le coût des produits d’épicerie et de l’essence fait les manchettes, les prix des deux tiers du panier de biens utilisé pour calculer l’inflation ont augmenté plus rapidement que l’objectif de 2,0 % de la banque centrale en février, a noté l’économiste Rannella Billy-Ochieng, de la Banque Royale.

La lecture de 5,7 % pour l’inflation fait suite au rapport sur l’emploi publié la semaine dernière par Statistique Canada, qui a révélé que le salaire horaire moyen en février avait augmenté de 3,1 % sur un an.

« Si on a l’impression que tout devient plus cher, c’est parce que c’est le cas », a observé Royce Mendes, directeur général et chef de la stratégie macroéconomique chez Desjardins.

Des pressions inflationnistes qui se poursuivent

 

Les prix de certains des principaux moteurs de l’inflation en février devraient grimper encore ce mois-ci, en particulier l’essence, car les prix mondiaux du pétrole ont augmenté parallèlement à l’incertitude entourant l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Les prix de l’essence mardi étaient 11 % plus élevés qu’à la fin février, a souligné M. Mendes.

Il y a deux semaines, la Banque du Canada a relevé son taux d’intérêt directeur à 0,5 %, effectuant ainsi une première hausse depuis la réduction survenue il y a deux ans avec l’arrivée de la pandémie. La banque centrale a prévenu que d’autres hausses seraient effectuées pour freiner l’inflation et la ramener dans sa fourchette cible, comprise entre 1,0 % et 3,0 %. L’inflation a maintenant passé les 11 derniers mois au-dessus de cette zone.

La moyenne des trois mesures de l’inflation de base, qui sont considérées comme de meilleurs indicateurs des pressions sous-jacentes sur les prix et suivies de près par la Banque du Canada, s’est établie à 3,5 % en février, en hausse par rapport à 3,2 % en janvier.

La moyenne de février était la plus élevée depuis juin 1991.

 

Même si les moteurs mondiaux de l’inflation commencent à se calmer, les pressions intérieures pourraient s’intensifier à leur place. M. Mendes a noté qu’un nouvel assouplissement des restrictions de santé publique pourrait entraîner une augmentation des prix des services.

« Même si l’inflation globale est susceptible de ralentir, à partir du deuxième trimestre et au cours de l’année, il est probable que la Banque du Canada continuera d’augmenter les taux d’intérêt pour lutter contre ces pressions inflationnistes sous-jacentes d’origine nationale », a-t-il affirmé.

La pression monte sur le gouvernement libéral fédéral pour qu’il n’alimente pas le feu inflationniste avec son budget, attendu dans les prochaines semaines.

Jeudi, les conservateurs ont appelé le gouvernement à tracer une voie pour équilibrer le budget, tandis que le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Jagmeet Singh, a profité d’un événement à Brampton, en Ontario, pour réclamer un impôt sur les profits des sociétés.



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