Belle surprise du côté de l’emploi en février au Québec et au Canada

Le taux d’emploi, c’est-à-dire la proportion de la population âgée de 15 ans et plus qui occupe un emploi, est revenu pour la première fois à son niveau prépandémique, soit 61,8%.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Le taux d’emploi, c’est-à-dire la proportion de la population âgée de 15 ans et plus qui occupe un emploi, est revenu pour la première fois à son niveau prépandémique, soit 61,8%.

Le variant Omicron n’aura fait que passer dans le paysage de l’emploi.

En hausse au début de l’année après le resserrement des règles sanitaires, le taux de chômage au Québec et au Canada est redescendu à son plancher record dès que le pire de la dernière vague de COVID-19 fut passé et que les autorités publiques ont commencé à assouplir leurs moyens de lutte, a rapporté vendredi Statistique Canada.

L’ampleur du revirement de situation a surpris les analystes, qui attendaient un rebond de l’emploi en février, mais pas de cette importance. Ils avaient prédit un gain équivalent ou légèrement supérieur aux quelque 200 000 emplois perdus le mois d’avant ; l’économie canadienne en a plutôt gagné presque 350 000.

Le taux de chômage au Canada est ainsi passé d’un coup de 6,5 % à 5,5 %, soit pour la première fois en dessous du niveau qu’il affichait tout juste avant le début de la pandémie (5,7 %) et tout près de son creux historique (5,4 %) — du moins, aussi loin que les statistiques officielles permettent de remonter, soit 1976. Au Québec, l’ajout de 81 500 emplois y a réduit le taux de chômage de 5,4 % à 4,5 %, son niveau record.

Mesurés durant la semaine du 13 au 19 février, ces progrès au Canada ont principalement été observés dans le secteur des services d’hébergement et de restauration (+114 000 emplois) et dans celui de l’information, de la culture et des loisirs (+73 000). L’ensemble des secteurs économiques ont toutefois aussi gagné du terrain, notamment la construction (+37 000).

Le taux d’emploi, c’est-à-dire la proportion de la population âgée de 15 ans et plus qui occupe un emploi, est revenu pour la première fois à son niveau prépandémique, soit 61,8 %. Du côté du principal groupe d’âge actif des 25 à 54 ans, cette proportion est même à son niveau le plus élevé depuis 1981 chez les hommes (88,2 %), et à un sommet chez les femmes (81 %). Bien qu’inférieur, le taux d’emplois chez les jeunes âgés de 15 à 24 ans est aussi revenu à un niveau comparable à avant la COVID-19. Chez les 55 ans et plus, on tire toutefois encore légèrement de l’arrière.

5,5 %
C’est le taux de chômage au Canada, qui a baissé de 1% d’un coup. Il est passé pour la première fois en dessous du niveau qu’il affichait tout juste avant le début de la pandémie (5,7 %).

Ce grand retour à la normale cache cependant des déplacements de main-d’œuvre d’un secteur à l’autre, les services d’hébergement et de restauration accusant notamment encore un déficit de 210 000 emplois (17,2 %) par rapport à février 2020.

De meilleurs salaires

 

Bien que les données ne montrent pas encore des travailleurs plus disposés à quitter volontairement leur emploi pour aller trouver mieux ailleurs, cet affermissement du marché de l’emploi n’est sans doute pas étranger à l’accélération de la hausse de leur rémunération, rapporte Statistique Canada. De 2,7 % sur 12 mois en décembre dernier et 2,4 % en janvier, l’augmentation du salaire horaire moyen s’élevait désormais à 3,1 % en février. Cela demeure toutefois bien inférieur à l’augmentation du coût de la vie, l’Indice des prix à la consommation augmentant au même moment de 4,8 % en décembre, et même de 5,1 % le mois dernier.

Au Québec, l’accélération de la hausse de la rémunération apparaît un peu plus forte, a rapporté vendredi son Institut de la statistique, à raison d’une augmentation en un an du salaire horaire moyen de 2,2 % en décembre, de 3,5 % en janvier et de 4,5 % le mois dernier.

« La création d’emplois sera plus lente au cours des prochains mois parce que la rareté de la main-d’œuvre complique singulièrement le recrutement », a estimé dans une brève analyse Joëlle Noreau, économiste au Mouvement Desjardins. « Il faudra voir également dans quelle mesure le Québec et l’Ontario seront touchés par le ralentissement économique qui pourrait découler des affrontements entre la Russie et l’Ukraine. Au chapitre des incertitudes, cette guerre prend le relais de la COVID-19. »

Pour plusieurs analystes, ce portrait du marché de l’emploi encore meilleur qu’attendu ouvre toute grande la porte à d’autres hausses des taux d’intérêt par la Banque du Canada, après un premier relèvement d’un quart de point de pourcentage de son taux directeur il y a 10 jours.

« Un marché de l’emploi ultraserré, une surchauffe inflationniste, des prix des produits de base qui s’envolent et un marché immobilier brûlant… Tout cela suggère que la Banque va aller de l’avant avec des hausses de taux additionnelles en dépit d’un assombrissement des perspectives de croissance mondiale », a estimé l’économiste en chef de la Banque de Montréal, Douglas Porter.

« D’un point de vue intérieur, il est clair que nos décideurs politiques font aujourd’hui face à une économie qui a atteint le plein-emploi », a-t-il poursuivi, ajoutant que cela devrait également faire réfléchir le gouvernement fédéral sur l’opportunité d’ajouter des mesures de stimulation économique dans son prochain budget.

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