Une réserve stratégique de sirop d’érable à renflouer

Les exportations de sirop d’érable ont bondi en deux ans, passant de 107 millions à 149 millions de litres.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les exportations de sirop d’érable ont bondi en deux ans, passant de 107 millions à 149 millions de litres.

Les acériculteurs québécois veulent renflouer la réserve stratégique de sirop d’érable, qui a fondu comme neige au printemps dans les derniers mois à cause de la forte demande à l’international. Pour ce faire, ils augmentent cette année de 14 % le nombre d’entailles et prévoient la construction d’un nouvel entrepôt pour augmenter la capacité de stockage.

« 2021 a été une année moyenne », concède Hélène Normandin, porte-parole des Producteurs et productrices acéricoles du Québec (PPAQ). Après deux années records, les chaleurs hâtives ont fait chuter la production de 16 % l’an dernier, pour s’établir à 113 millions de livres.

En marge de la contre-performance saisonnière, la demande à l’international a augmenté. Les exportations du précieux liquide ont bondi de 38,8 % en deux ans, passant de 107 millions à 149 millions de litres.

« Quand la pandémie s’est déclarée, on ne savait pas comment les consommateurs allaient réagir. On n’en avait aucune idée, mais ça a finalement été bon pour nous. Les gens ont plus cuisiné et nos efforts de promotion ont bien fonctionné », explique Mme Normandin.

Pour répondre à la demande, les acériculteurs ont considérablement puisé dans leur réserve stratégique de sirop d’érable, qui sert à assurer l’approvisionnement constant des marchés malgré les aléas des productions annuelles.

Le sirop d’érable qui y est entreposé atteint actuellement son plus bas niveau en près d’une décennie. « On a constaté toute l’utilité de notre réserve stratégique, qui est passée de 104 millions de livres à 37 millions », indique-t-elle.

Les acériculteurs québécois sont par ailleurs passés à la caisse : « Ce sont eux qui soutiennent financièrement cette réserve. Tant que le sirop qui y est entreposé n’est pas vendu, ils ne sont pas payés. Donc, cette année, on a fait des heureux. »

Capacité augmentée

 

Les producteurs de sirop doivent maintenant renflouer la réserve. Pour ce faire, les PPAQ ont attribué en décembre sept millions de nouvelles entailles, du jamais vu depuis 2016. À elles seules, trois régions acéricoles accaparent près de la moitié des entailles octroyées : l’Estrie, le Centre-du-Québec ainsi que le Bas-Saint-Laurent et la Gaspésie qui ne forment qu’une région.

« Chaque année, les membres de notre conseil d’administration, qui sont des producteurs, prennent la décision d’attribuer ou non de nouvelles entailles », explique Mme Normandin. Ils considérèrent différents facteurs, dont la production saisonnière, l’évolution de la demande et le niveau de la réserve stratégique. « Cette année, ils ont décidé d’aller de l’avant. »

Se greffent à ses attributions 2000 nouveaux acériculteurs. « Certains attendaient l’octroi des entailles depuis 2016 parce qu’ils n’avaient pas obtenu d’autorisation », souligne Mme Normandin.

Pour assurer l’avenir de l’industrie, le gouvernement annoncera d’ici l’été la construction d’un nouvel entrepôt pour augmenter la capacité de stockage de la réserve, a confirmé au Devoir Mme Normandin. L’entrepôt sera construit dès cette année dans le Centre-du-Québec, non loin de l’actuelle réserve de Laurierville.

« Je ne peux pas trop m’avancer. On travaille avec le ministre de l’Agriculture, on va s’arrimer pour une annonce plus officielle d’ici la fin du printemps », a indiqué Mme Normandin. Le futur établissement est néanmoins présenté comme un « espace d’entreposage supplémentaire d’importance ».

À voir en vidéo