Plein phare sur les femmes en affaires au Québec

«Les femmes de la diversité sont moins considérées comme de futures entrepreneuses à succès. Mais c’est un mythe à déconstruire», affirme Déborah Cherenfant.
Photo: Adil Boukind Le Devoir «Les femmes de la diversité sont moins considérées comme de futures entrepreneuses à succès. Mais c’est un mythe à déconstruire», affirme Déborah Cherenfant.

Si les femmes représentent la moitié (48 %) de la population active du Québec, elles représentent seulement le tiers (36 %) des postes de gestion et détiennent à peine 16 % des entreprises de la province, selon les données d’Investissement Québec. Des femmes d’affaires québécoises qui s’illustrent dans leur milieu prennent la parole pour prôner l’importance de l’inclusion et de la diversité en entreprise.

Des gestionnaires à l’écoute

Près de deux ans après le début de la pandémie de COVID-19, même si la parité est loin d’être atteinte, les femmes ont réalisé des gains dans la représentation — et en particulier dans les postes de haute direction, selon un rapport nord-américain intitulé Women in the Workplace, publié par la firme McKinsey. Mais les derniers mois ont aussi laissé les femmes nettement plus épuisées, bien plus que leurs homologues masculins, selon l’étude.

Or, malgré leur propre fatigue accumulée, « les femmes ont été des gestionnaires très à l’écoute du bien-être de leurs employés, durant la pandémie », relève Stéphanie Trudeau, vice-présidente exécutive d’Énergir qui a pris connaissance du rapport.

La présence de femmes aux postes de gouvernance revêt d’autres avantages, note Mme Trudeau, selon qui « l’humilité, l’empathie et la recherche du consensus » font partie des qualités qu’on retrouve souvent chez les gestionnaires femmes, et qui bénéficient à l’entreprise.

En 2019, Standards and Poor’s avait d’ailleurs publié un rapport mettant en lumière le fait que « quand les femmes dirigent, les entreprises sont gagnantes ». L’étude démontrait notamment que « les entreprises dont le conseil d’administration présentait une grande diversité de genres étaient plus rentables que les entreprises à faible mixité ».

Selon Mme Trudeau, cela s’explique par le fait que « des équipes équilibrées, en matière de genre mais aussi d’origine, prennent des décisions équilibrées ».

Encourager les femmes de la diversité

 

Se lancer dans les affaires comporte toujours son lot d’embûches, mais les femmes doivent souvent en surmonter plus — et celles de la diversité davantage, lance Déborah Cherenfant, directrice régionale de la division des Femmes entrepreneures pour le Québec et l’Atlantique au Groupe Banque TD. « C’est important de réduire, voire d’éliminer ces obstacles pour aider les femmes à démarrer leur entreprise », souligne-t-elle.

« Les femmes de la diversité sont moins considérées comme de futures entrepreneuses à succès. Mais c’est un mythe à déconstruire », affirme celle qui a fondé son entreprise Atelier Coloré et en a tenu les rênes durant huit ans, en plus d’avoir dirigé la Jeune Chambre de commerce de Montréal jusqu’à récemment.

Des exemples en font la preuve, comme celui de la Brasserie Harricana, bâtie en 2014 par Marie-Pier Veilleux et Cynthia Santamaria, deux femmes issues de la communauté LGBTQ+ et dont les valeurs reposent sur l’inclusion. Gage de leur succès : les entrepreneuses ont réussi à faire leur marque en perçant dans le domaine brassicole, majoritairement masculin, et leurs bières sont désormais distribuées dans 300 points de vente au Québec.

Mais avant même d’espérer connaître du succès, les femmes doivent faire face à l’obstacle de l’accès au financement. « De façon générale, les femmes obtiennent moins de financement, que ce soit pour des raisons structurelles de discrimination sur le genre ou de stéréotypes, parce qu’elles en demandent moins ou parce qu’elles se dirigent vers des secteurs perçus comme moins rentables, comme les services », lance Mme Cherenfant.

Chiffres à l’appui : « les investisseurs sont deux fois plus enclins à investir dans des projets menés par des hommes, même quand les présentations sont identiques », selon une étude mentionnée par Investissement Québec dans sa boîte à outils Factoriel!e, un rapport faisant la promotion de la diversité des genres auprès des entreprises québécoises.

« Mes conseils pour les femmes qui veulent se lancer en affaires seraient de bien s’entourer, de tirer profit des ressources à leur disposition, mais surtout d’avoir confiance en elles et en leur projet », affirme Mme Cherenfant.

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