Des agences de voyage pâtissent du conflit en Ukraine

L’agence Avia Voyages, dont la propriétaire est d’origine russe, connaît des difficultés en raison du conflit actuel.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’agence Avia Voyages, dont la propriétaire est d’origine russe, connaît des difficultés en raison du conflit actuel.

Le site Internet de l’agence Avia Voyages, située dans le Vieux-Montréal, affiche encore un forfait pour une croisière sur la Volga, le plus long fleuve d’Europe, entre Moscou et Saint-Pétersbourg. Mais l’excursion n’aura pas lieu.

La présidente de l’agence, Irina Elsukova, avait elle-même testé ce séjour en 2019 avec un groupe d’agents de voyages. C’était la première fois depuis 2009 qu’elle revenait dans son pays d’origine.

« C’était vraiment beau. La Russie est une très belle destination, méconnue, riche de culture et d’architecture », rapporte avec tendresse Mme Elsukova. « Je vais devoir mettre mon site à jour », se désole-t-elle toutefois.

Avant la pandémie, les voyages individuels et organisés en Russie comptaient pour environ 10 % de son chiffre d’affaires. Plus globalement, les pays d’Europe de l’Est, dont l’Ukraine, étaient la destination d’environ 60 % de ses clients. Puis, comme la majorité des agences de voyages, la COVID-19 a fait chuter dramatiquement ses ventes.

Mme Elsukova retrouvait toutefois espoir dans les dernières semaines, constatant que les frontières s’ouvraient rapidement un peu partout. Jusqu’à récemment, elle recevait encore des appels de Canadiens qui désiraient savoir quand il serait à nouveau possible de visiter la Russie. Mais le conflit en Ukraine a « ruiné » ses affaires.

« On a complètement perdu cette destination, dit-elle en parlant de la Russie. Les craintes des Canadiens vont rester pour un bon moment. »

Actuellement, le gouvernement fédéral recommande aux Canadiens d’éviter tout voyage non essentiel en Russie, considérant que leur sécurité peut être compromise.

Les clients achètent habituellement dès l’hiver leurs billets pour des séjours estivaux en Europe. Mais pas en ce moment. La majorité des gens attend de voir comment la situation évolue en Ukraine, constate Mme Elsukova.

En attendant, elle et ses quatre employées ont dû aider des clients qui étaient pris en Moldavie en raison de la fermeture de l’espace aérien de ce pays. Mme Elsukova dit avoir également réservé des billets d’avion pour des gens qui possèdent un visa canadien ou la résidence permanente, qui se trouvent dans des pays limitrophes à l’Ukraine après avoir fui les combats.

« Tout à l’heure, je parlais avec une fille, ses parents se sont rendus en Hongrie. Elle a demandé qu’on s’occupe des billets de la Hongrie vers Montréal. Il y en a en Roumanie, en Turquie aussi », indique Mme Elsukova, qui compte se relever les manches et développer une nouvelle offre pour que son entreprise survive.

L’Europe est moins attirante

Du côté des agences de voyages plus généralistes, on constate que la popularité de la Russie comme destination touristique était déjà assez modeste, étant surtout visitée dans le cadre de croisières. Des clients de Voyages Constellation ont d’ailleurs déjà annulé leurs croisières, prévues pour l’automne, qui prévoyaient des arrêts à Saint-Pétersbourg et en Ukraine, selon le président de l’entreprise, Moscou Côté.

« Historiquement, on a vu que ça a pris plusieurs années avant le retour du tourisme dans des zones affectées », souligne M. Côté, qui raconte que son prénom vient d’une crainte envers les Russes pendant la guerre froide. « Ma mère se disait qu’avec un prénom comme Moscou, ils seraient plus gentils avec moi en cas de conflit. »

L’homme d’affaires, qui est aussi président de l’Association des agents de voyages du Québec, constate que le climat d’insécurité affecte la popularité de destinations qui vont bien au-delà de l’Europe de l’Est. L’Allemagne et la République tchèque, par exemple, pourraient en pâtir. Or, les pays européens sont habituellement très populaires l’été.

Stéphane Corbeil, président du conseil régional pour le Québec de l’Association canadienne des agences de voyages, prévoit aussi que les clients continueront de choisir des destinations très éloignées du conflit armé. Par chance, les destinations soleil, notamment dans les Caraïbes, ont particulièrement la cote en ce moment. Il s’agit d’une bouffée d’air frais après deux ans de vache maigre. Malgré tout, la guerre en Ukraine a de quoi soulever des inquiétudes.

« C’est une insécurité de plus, une autre tuile qui pourrait tomber sur la tête des agences de voyages », conclut Stéphane Corbeil.

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