Les sanctions économiques contre la Russie se multiplient

Le rouble plie sous le poids des sanctions occidentales. Conséquence de la guerre en Ukraine et des sanctions infligées par les Occidentaux, la devise russe chutait de près de 30 % lundi à la Bourse de Moscou. Depuis l’invasion de l’Ukraine, le taux de change en dollar est passé de 83 à 90 roubles, celui de l’euro de 93,5 à 101 roubles.
Pavel Golovkin Associated Press Le rouble plie sous le poids des sanctions occidentales. Conséquence de la guerre en Ukraine et des sanctions infligées par les Occidentaux, la devise russe chutait de près de 30 % lundi à la Bourse de Moscou. Depuis l’invasion de l’Ukraine, le taux de change en dollar est passé de 83 à 90 roubles, celui de l’euro de 93,5 à 101 roubles.

Fermeture des espaces aériens, gel d’avoirs de personnalités et d’entreprises, remise en question de liens financiers et commerciaux : depuis le début des hostilités en Ukraine, les pays occidentaux multiplient les annonces de sanctions économiques de plus en plus sévères contre Vladimir Poutine, ses proches ainsi que l’économie russe. État des lieux.

Le secteur financier

Il est sans doute celui qui est privilégié par les Occidentaux dans la recherche de sanctions effectives contre laRussie, afin de limiter les capacités de financement de la guerre. Dernier exemple en date : la décision prise par le gouvernement britannique lundi de geler l’ensemble des actifs des banques russes au Royaume-Uni.

Autre coup sévère porté au système financier russe : l’exclusion des principales banques du pays du système interbancaire Swift, rouage essentiel de la finance mondiale qui permet la communication rapide et sécurisée au sujet de transactions.

Les États-Unis et l’Union européenne (UE) sont allés encore plus loin en visant directement la banque centrale russe, avec une interdiction à partir du jour même de toute transaction avec cette institution monétaire, immobilisant de fait les actifs qu’elle détient aux États-Unis et limitant du même coup sa capacité à utiliser ses importantes réserves de devises pour acheter du rouble et soutenir le cours de sa monnaie. Le Canada et le Japon ont annoncé une interdiction similaire.

Les sanctions visant le secteur financier russe ont déjà des conséquences importantes : la chute brutale du cours du rouble, qui a forcé la banque centrale russe à rehausser fortement son taux directeur, ainsi que la possible faillite de la filiale européenne de Srerbank, une des plus grandes banques russes.

Les transports

 

Le secteur aérien a été l’un des premiers concernés par les conséquences économiques du conflit ukrainien. La compagnie russe Aeroflot s’est vu interdire l’espace aérien de l’ensemble de l’UE, du Royaume-Uni ainsi que du Canada, ce qui l’a obligée à annoncer une suspension de ses vols vers ces destinations. En contrepartie, la Russie a interdit aux compagnies aériennes des pays correspondants de survoler son territoire.

Mais c’est plus largement l’ensemble de l’industrie aéronautique russe qui est visée : l’UE et le Canada ont ainsi interdit l’exportation vers la Russie d’avions, de pièces et d’équipements de l’industrie aéronautique et spatiale.

Le transport maritime n’est pas non plus épargné : le Royaume-Uni a fermé l’ensemble de ses ports aux navires battant pavillon russe et aux navires affrétés ou détenus par des Russes. Samedi, la France a intercepté un cargo russe appartenant à la banque PSB, visée par les sanctions européennes.

Enfin, le constructeur suédois de poids lourds Volvo Group a annoncé lundi l’interruption de la production à son usine russe ainsi que les ventes à destination de ce pays.

L’énergie

La décision la plus symbolique est venue d’Allemagne, avec l’annonce de la suspension du projet de gazoduc Nord Stream 2, dont le processus d’homologation était en cours et devait faire augmenter les livraisons de gaz russe à destination de l’Allemagne.

S’attaquer directement au secteur énergétique russe est cependant plus compliqué pour les Occidentaux, au premier rang desquels les Européens. La Russie est le premier producteur mondial de gaz et le second producteur de pétrole, et plusieurs pays européens, surtout l’Allemagne et l’Italie, sont fortement dépendants des importations russes.

Gazprom, le géant russe du gaz, fait cependant partie des entreprises qui n’ont plus la possibilité de lever des fonds sur les marchés financiers occidentaux.

L’industrie

Vendredi, le Japon a annoncé des sanctions concernant l’exportation de semi-conducteurs et autres articles vers « les organisations russes liées à l’armée », sans donner plus de précisions. Une mesure importante, dans la mesure où le Japon est, avec la Corée du Sud et Taiwan, un des principaux producteurs de ces composants électroniques essentiels à une large gamme de productions industrielles.

Les États-Unis avaient eux-mêmes annoncé des restrictions dans l’utilisation par la Russie de leurs technologies, dans divers domaines dont les processeurs et les puces électroniques fabriqués par Nvidia, Intel ou Qualcomm, principaux fournisseurs en la matière.

Bien qu’en retrait dans la production, les pays européens réfléchissent à des sanctions similaires. La britannique ARM domine notamment le marché essentiel de l’architecture des semi-conducteurs, un élément essentiel dans la production de ces composants.

Les personnalités

 

Plusieurs personnalités russes étaient déjà visées par des sanctions européenneset américaines après l’annexionde la Crimée, en 2014, mais ces dernières ont été élargies à un plus grand nombre de décideurs russes, au premier rang desquels le président, Vladimir Poutine lui-même, son premier ministre, Mikhaïl Michoustine, et son ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov.

L’UE a annoncé jeudi viser 23 personnalités « de premier plan » ainsi que 351 membres de la Douma, le Parlement russe, avant d’y ajouter vendredi le président russe et M. Lavrov. L’Union européenne a gonflé lundi à 26, avec le porte-parole du président et plusieurs oligarques, sa liste noire des personnalités sanctionnées par un gel de leurs avoirs et une interdiction de séjour à cause de leur soutien à la guerre de Moscou contre l’Ukraine.

Une décision similaire a été prise par le Royaume-Uni concernant MM. Poutine et Lavrov, ainsi que plusieurs oligarques russes, parmi lesquels le propriétaire du Chelsea Football Club, Roman Abrahamovitch.

Pour les personnes visées, ces sanctions incluent l’interdiction de se rendre dans les pays européens ainsi que le gel des avoirs qui s’y trouvent.

Les États-Unis, le Canada, la Suisse et l’Australie ont pris des mesures similaires, mais la liste des personnes concernées peut varier d’un pays à l’autre, à l’exception du cercle de décision proche de Vladimir Poutine.

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