De gros défis pour les salles de jeux d’évasion

Entre 20% et 40% des ventes de l’entreprise Échappe-toi proviennent des activités d’entreprises, mais avec la pandémie, elles ne viennent presque, plus selon son propriétaire, Emmanuel de Gouvello.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Entre 20% et 40% des ventes de l’entreprise Échappe-toi proviennent des activités d’entreprises, mais avec la pandémie, elles ne viennent presque, plus selon son propriétaire, Emmanuel de Gouvello.

Des dizaines de salles de jeux d’évasion rouvrent cette semaine au Québec. Elles sont affaiblies par des mois de fermetures et par la réticence de certains clients à s’aventurer dans les lieux clos. Malgré tout, leurs exploitants croient toujours en l’avenir de l’industrie, dont l’expansion était fulgurante avant la pandémie.

« Vous devez trouver la preuve d’un trafic de diamants », ordonne un inspecteur à Émile Ducharme, Maïté Sierra et leur ami, dans un bar obscur du Montréal des années 1920.

L’inspecteur est en réalité Guillaume Piché, maître du jeu chez Échappe-toi Montréal, et les fûts de bière font partie d’un décor. En ce mardi, 16 h, le petit groupe d’amis est le premier, depuis le 21 décembre 2021, à tenter de résoudre une énigme dans les locaux de cette ancienne usine du quartier Sainte-Marie.

Dans le hall d’entrée de l’entreprise, le prochain groupe est constitué de collègues s’adonnant finalement à leur activité sociale de Noël qui avait été annulée. « Ça fait du bien de jaser, de créer des liens amicaux, de se changer les idées », se réjouit Jean-François Marceau. De leur côté, ils se retrouveront dans un vestiaire de hockey pour élaborer un plan de match leur permettant de rattraper le retard de deux buts de leur équipe.

Échappe-toi est l’une des premières entreprises de jeux d’évasion à avoir vu le jour au Québec. On y trouve actuellement sept salles de jeu, et deux autres sont en train d’être finalisées. Son propriétaire, Emmanuel de Gouvello, a vu le nombre d’entreprises de ce secteur passer de trois, en 2014, à plus de 80 aujourd’hui dans la province.

Plusieurs d’entre elles sont toutefois en situation précaire, estime M. de Gouvello, qui est à la tête de l’Association des jeux d’évasion du Québec, fondée au printemps 2020. Durant les deux dernières années, elles ont été parmi les dernières activités à être autorisées à rouvrir. Elles ont ainsi perdu beaucoup de main-d’œuvre. « À la réouverture à la fin juin 2021, on n’avait plus personne », rapporte la directrice des opérations, Mathilde Lucet.

Message gouvernemental décourageant

 

Lorsque les salles de jeux ont été rouvertes, l’achalandage n’a pas toujours été au rendez-vous. En moins de six mois d’ouverture en 2021, M. de Gouvello juge que son entreprise n’a accueilli qu’environ le tiers de sa clientèle annuelle habituelle. « Même quand on a le droit d’être ouvert, le gouvernement dit aux gens de limiter leurs contacts sociaux. Or, par essence, on est une activité sociale », explique M. de Gouvello.

L’entrepreneur affirme que les jeux d’évasion sont sécuritaires, les salles étant désinfectées entre chaque groupe et l’aération étant adéquate. Malgré tout, des gens hésitent à sortir de chez eux. « Entre 20 % et 40 % de nos ventes dépendent des activités d’équipes en entreprise, poursuit-il. Or, il n’y a presque plus de clients qui viennent des compagnies. »

Le propriétaire de la chaîne montréalaise A/Maze dit quant à lui avoir peur pour l’avenir de son entreprise. « Avant, nous avions de grands groupes. Maintenant, les gens viennent davantage en couple ou en petits groupes. Quand on a deux personnes au lieu de six, on fait trois fois moins d’argent », souligne Alexander Karpov.

Il ajoute que, contrairement à d’autres secteurs d’activité, leurs services ne peuvent pas être offerts en ligne ou pour emporter. La pandémie l’a toutefois poussé à développer une offre de jeux à l’extérieur, de même qu’à améliorer ses jeux intérieurs.

Un grand nombre d’entreprises de jeux d’évasion sont très endettées. Un petit centre situé à Pointe-aux-Trembles, Vizium, a ouvert ses portes en mars 2020. L’entreprise n’a donc pas eu le temps de bâtir sa clientèle et n’a pas droit au programme d’aide financière fédérale. « On a 90 000 $ de dettes », confie le copropriétaire, Jonathan Hamel. Il dit avoir été en mesure de survivre grâce à son autre entreprise, dans le domaine de la construction.

Malgré tout, pas question de baisser les bras tout au début de cette aventure. Il a déjà des réservations pour la réouverture de Vizium, vendredi, et se sent motivé pour la suite.

Innover pour avancer

 

Échappe-toi a dû fermer son emplacement à Laval assez rapidement après le début de la pandémie en raison de problèmes liés au loyer. Au printemps 2021, les propriétaires des entreprises Vortex Montréal et Trouvez la clé Montréal étaient pour leur part si découragés qu’ils avaient l’intention de cesser leurs activités.

« Je voulais tout vendre, tout laisser tomber », témoigne Daniel Preda, fondateur de Trouvez la clé.

M. de Gouvello leur a alors proposé de mettre leurs ressources en commun. En fusionnant, ils ont fait des économies sur les frais généraux, ont réduit leur paperasse et ont profité des forces des uns et des autres.

Les propriétaires de salles de jeux d’évasion regardent maintenant vers l’avenir avec plus d’espoir. Ils sont convaincus que les clients veulent revenir aux jeux et qu’il sera toujours possible de les attirer avec une offre plus innovante. Les jeux développés aujourd’hui incluent des technologies, parfois même des composantes de réalité virtuelle, pour créer de plus en plus de surprises et d’émerveillement, souligne M. de Gouvello.

Le propriétaire d’Escaparium à Dorval et à Laval, Jonathan Driscoll, dit avoir investi plus de 500 000 $ pour un seul jeu. Il emploie 15 personnes à temps plein pour créer l’histoire, les décors et les effets spéciaux de ses salles.

« Notre rêve est d’être le Disney des jeux d’évasion », indique M. Driscoll.

Il constate que les joueurs sont de plus en plus exigeants et qu’il est donc plus difficile aujourd’hui d’entrer dans ce marché avec des investissements modestes. Contrairement à ce qu’elle a pu être dans les dernières années, cette industrie ne serait donc plus un eldorado pour les petits entrepreneurs, mais se transforme pour offrir de nouvelles expériences aux amateurs de casse-tête et de sensations fortes.

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