Des entreprises misent sur leur identité canadienne pour percer en Chine

L’entreprise Tim Hortons ouvrait son premier resto à Shanghai en 2019.
Photo: Agence France-Presse L’entreprise Tim Hortons ouvrait son premier resto à Shanghai en 2019.

Pour se démarquer auprès des consommateurs chinois dans un contexte très compétitif où les embûches sont nombreuses, des entreprises québécoises misent sur l’identité canadienne de leur marque.

Il faut dire que la Chine est un marché prioritaire pour le Québec et les entreprises bioalimentaires québécoises, d’après le ministère des Relations internationales.

« Le pouvoir d’achat de la Chine est tellement grand que tout le monde veut y aller. Dans une épicerie, il n’y a pas qu’une allée de chips, il y en a trois, et il y a quatre fois plus de sortes de saveurs », illustre la présidente-directrice générale d’Arctica Food, Lory Wang. Comme les entreprises de partout s’y précipitent pour avoir leur part du gâteau, il faut une stratégie marketing solide, avance-t-elle.

L’entreprise de Brossard y envoie la quasi-totalité de ses concombres de mer, un animal marin pêché au large de la Gaspésie et prisé dans l’Empire du Milieu. Sur son logo et ses publicités, une petite feuille d’érable rouge est bien en évidence. Alors qu’elle est en train de retravailler l’emballage des concombres de mer séchés, Mme Wang compte bien appuyer sur cette origine.

Photo: Courtoisie Arctica Food Dégustation de produits Arctica Food à Shanghai

Dans les produits finis

« Le “fait au Canada” a une réputation de bonne qualité sur le marché chinois », affirme l’entrepreneure.

Même son de cloche du côté de l’exportateur de canneberges séchées Fruit d’Or. Pour se différencier de ses concurrents chinois et internationaux, il mise sur sa certification biologique et son origine canadienne.

« Un pan de la population chinoise fait extrêmement confiance aux produits canadiens par rapport à la liste des ingrédients, la façon dont ça a été transformé, les règles sanitaires appliquées au Canada. Certaines personnes sont craintives de ce qui peut se retrouver dans les produits finis, donc elles préfèrent aller vers l’importation », explique le cofondateur de Fruit d’Or et vice-président au développement des affaires, Sylvain Dufour.

Selon le sondage 2020-2021 du Conseil d’affaires Canada-Chine (CACC) publié le 28 octobre 2021, 87 % des entreprises qui ont des liens d’affaires avec la Chine ont accordé un rôle, dans leur développement d’affaires, à « une stratégie de marque axée sur le fait d’être une entreprise canadienne ».

Plusieurs intervenants observent que les consommateurs chinois ne sont pas rebutés significativement par les tensions bilatérales des dernières années. En témoignerait l’expansion en Chine de la chaîne ontarienne Tim Hortons, qui met en avant des symboles du Canada dans ses succursales, comme des chemises à carreaux et des feuilles d’érable. Après avoir ouvert son premier restaurant à Shanghai en 2019, elle exploite maintenant, selon son site Internet, plus de 340 magasins dans 20 villes.

 Le pouvoir d’achat de la Chine est tellement grand que tout le monde veut y aller. 

 

La coopérative de producteurs acéricoles Citadelle dit quant à elle avoir bénéficié d’une croissance de 15 % de ses ventes en Chine en 2021. Ses partenaires vendent entre autres leur sirop d’érable aux consommateurs par l’entremise des plateformes de commerce en ligne.

« Nous avons des distributeurs en Chine qui s’occupent eux-mêmes de faire le marketing des produits, indique Jean-Damien Cangelosi, directeur des ventes outre-mer pour Citadelle. On peut notamment citer les réseaux sociaux via des influenceurs, la prise de photo d’ambiance dans des décors canadiens, la modification en Chinois des étiquettes […]. »

Des hauts et des bas

Plusieurs entreprises évitent toutefois de mettre tous leurs œufs dans le panier chinois, étant donné l’instabilité de ce marché. Les tensions bilatérales, la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, la COVID-19 et les développements politiques et économiques de la Chine ont eu des répercussions négatives sur les affaires, selon le CACC.

Mme Wang rapporte que ses exportations ont diminué de façon importante depuis le début de la pandémie. Certains partenaires ont reculé en constatant les retards aux frontières et dans la chaîne d’approvisionnement, les hausses de coûts, de même que des mesures sanitaires très strictes qui peuvent causer des problèmes au dédouanement. La production locale de concombres de mer a alors augmenté significativement et permis à la population chinoise de consommer des produits de chez eux.

Chez Fruit d’Or, on fait des constats similaires en ce qui a trait aux obstacles à l’exportation et à la transformation de canneberges en Chine, qui s’est développée récemment. « Il y a des hauts et des bas, souligne M. Dufour. La Chine représente moins de 10 % de nos exportations, par choix. On ne veut pas qu’elle devienne trop importante, car on ne veut pas s’exposer à des décisions politiques. »

Mme Wang a bon espoir qu’en bonifiant son offre de produit et en travaillant son image de marque, elle pourra reprendre le terrain perdu en Chine. Les Chinois, elle en est convaincue, n’ont pas perdu leur appétit pour les produits étrangers, en particulier canadiens.

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