Est-ce que Sony fera une offre pour acquérir Ubisoft?

L’industrie vidéoludique orbite depuis à peu près toujours autour d’un monstre à trois têtes nommées Microsoft, Nintendo et Sony.
Kamil Zihnioglu (Archives) Associated Press L’industrie vidéoludique orbite depuis à peu près toujours autour d’un monstre à trois têtes nommées Microsoft, Nintendo et Sony.

Dans la foulée de l’offre de 69 milliards $US de Microsoft pour le géant du jeu vidéo Activision Blizzard, la question de l’avenir des studios indépendants paraît soudainement très d’actualité. La machine à rumeurs alimentée par une apparente accélération de la consolidation du marché autour de ses principales plateformes n’épargne personne, pas même Ubisoft.

C’est la question de l’heure dans le jeu vidéo : est-ce que Sony fera une offre pour acquérir Ubisoft ? Sinon, quel avenir pour les autres principaux éditeurs ? « Tout à coup, tout le monde se demande à quoi ressemble le futur du jeu vidéo », dit Jayson Hilchie, président de l’Association canadienne du logiciel de divertissement (ALD). Une chose semble certaine : les fusions et acquisitions se multiplient et le Québec n’y échappera pas.

« Les besoins en contenu des grandes plateformes sont en train de transformer profondément l’industrie », poursuit Jayson Hilchie. « On voit normalement de la consolidation dans des secteurs à maturité et où la croissance stagne, comme en aéronautique et en automobile. C’est étonnant de voir ce phénomène s’accélérer dans le jeu vidéo. Le secteur connaît une croissance dans les deux chiffres », signe que cette maturité n’est pas atteinte.

Une guerre de plateformes

 

L’industrie vidéoludique orbite depuis à peu près toujours autour d’un monstre à trois têtes nommées Microsoft, Nintendo et Sony. Des trois, Microsoft possède sans conteste la stratégie d’acquisition la plus féroce. Ses cibles des derniers temps isolent davantage Sony que Nintendo, ce qui explique la réaction épidermique en bourse : l’action de Sony a dévissé de 9 % en une semaine.

À l’autre bout du spectre, Ubisoft a vu son titre bondir de 13 % sur la même période, avant de reculer dans la foulée de la correction boursière des titres technos. Electronic Arts, un autre grand éditeur, a pris 4 % en bourse en une semaine. Les investisseurs parient que ces deux-là sont des cibles attrayantes pour Sony ou pour un autre gros joueur.

Le Canada risque de ressentir à terme les effets de cet appétit nouvellement retrouvé pour les fusions et acquisitions. Son industrie du multimédia est largement composée d’entreprises indépendantes de taille plus modeste, des proies alléchantes pour des sociétés étrangères aux poches profondes. La plupart des studios en Colombie-Britannique étaient indépendants et ont progressivement été rachetés par des rivaux étrangers, rappelle Jayson Hilchie. « Mais là, on atteint un tout nouveau niveau » du rythme des acquisitions.

L’arrivée de plateformes de jeu vidéo signées Apple, Google et Netflix est ce qui a fait réagir Microsoft. Eux aussi sont des acquéreurs potentiels. L’offre de contenu exclusif devient la clé de leur succès. De nombreux éditeurs indépendants voudront s’accrocher à une plateforme dominante. Cela devrait stimuler encore un peu plus la consolidation du secteur, explique le président de l’ALD.

Des liens plus étroits

 

Les éditeurs qui sont dans une bonne position financière pourraient s’en tirer autrement mieux en tissant des liens plus serrés avec une ou plusieurs plateformes, que ce soit Microsoft, Sony, Apple ou Netflix. Des sociétés privées appartenant à un nombre restreint d’actionnaires peuvent décider plus calmement de leur sort que des sociétés cotées en bourse dont le titre fluctue au gré de l’humeur des spéculateurs…

C’est ce que disait justement la semaine dernière Rémi Racine, cofondateur et p.-d.g de la société montréalaise Behaviour Interactif. « Nous ne sommes pas Activision. Nous avons encore de bonnes années de croissance devant nous. On ne doit jamais dire jamais, mais on n’est pas à vendre », dit celui qui se voit davantage comme un acheteur qu’un vendeur, à l’heure actuelle.

Même son de cloche du côté de Haven Studios, une entreprise fondée à Montréal au printemps 2021 par une poignée de professionnels du jeu vidéo qui comprennent des anciens d’Ubisoft et de Google, et qui est dirigée par la designer montréalaise de renom Jade Raymond.

Haven Studios est un proche partenaire de Sony, qui a un rôle d’investisseur dans Haven et qui leur a d’ailleurs commandé en exclusivité leur premier titre. L’évolution du secteur donne à croire aux gens de Haven que les entreprises qui se collent davantage à une plateforme de distribution s’en tireront mieux.

« Notre intention était d’avoir une proche collaboration avec Sony et de la développer à plus long terme », affirme au Devoir Jade Raymond. Elle dit voir avec l’annonce de Microsoft qu’il y a davantage de convergence ces jours-ci, mais que cela ne change pas la donnée de base dans cette industrie très numérique : le contenu original demeure essentiel au succès des plateformes.

Et ce contenu original vient plus souvent qu’autrement des éditeurs indépendants.

Ce texte est tiré de notre infolettre « Le courrier de l'économie » du 24 janvier 2022. Pour vous abonner, cliquez ici.

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