Le système bancaire ouvert canadien se prépare

Le gouvernement canadien tarde à tenir sa promesse d’adapter ses lois pour favoriser l’émergence d’un secteur bancaire plus ouvert.
Photo: Tijana Martin La Presse canadienne Le gouvernement canadien tarde à tenir sa promesse d’adapter ses lois pour favoriser l’émergence d’un secteur bancaire plus ouvert.

Après plusieurs mois d’acquisitions et de positionnement, Mastercard se prépare à mettre en marché au Canada ses premiers services bancaires « ouverts », et ce, dans les prochains mois. À terme, cela procurera aux Canadiens un accès accru à des outils financiers personnalisés, de l’ouverture par application mobile d’un compte d’épargne à l’octroi automatisé d’un prêt personnel.

Ultimement, ce sont les consommateurs qui bénéficieront de l’arrivée de services ouverts comme ceux de Mastercard. Pour le moment, le géant financier international ciblera les services interentreprises, la clé de voûte de ce virage numérique de la finance internationale qu’on appelle le système bancaire ouvert, ou open banking comme le veut l’expression anglaise consacrée.

On parle du système bancaire ouvert dans l’industrie de la finance depuis quelques années déjà, car c’est un modèle d’affaires numérique qui promet des gains importants pour ses entreprises : meilleure fluidité des données entre partenaires, plus grande facilité à créer de nouveaux services financiers sur mesure et meilleur contrôle de la situation financière pour les consommateurs et les entreprises.

« Tout tourne autour des données [numériques] et de leur utilisation pour créer de nouvelles occasions d’affaires, que ce soit pour les institutions financières déjà existantes ou pour les nouvelles et plus petites entreprises. Nous pensons qu’un système bancaire ouvert débloquera une immense valeur qui dort au sein de l’industrie », résume Craig Reiff, vice-président produits et services bancaires ouverts pour Mastercard Canada.

Le dirigeant torontois estime que c’est un bon moment pour lancer de tels services au Canada, après deux années d’une importante numérisation des activités économiques à tous les niveaux : gouvernement, commerce, magasinage…

« Le Canada atteint un point d’inflexion en 2022, poursuit M. Reiff. On a vu ces derniers mois l’apparitionde quelques technologies financières [fintechs]. Et là, le cadre législatif est en train de s’ajuster. Il y a tout unmomentum en ce moment. »

À Ottawa de jouer

Justement, le gouvernement canadien tarde à tenir sa promesse d’adapter ses lois pour favoriser l’émergence d’un secteur bancaire plus ouvert. Sur le plan législatif, un comité a suggéré au gouvernement fédéral, en avril 2021, une feuille de route pour permettre l’émergence au pays d’un système bancaire ouvert. Les élections automnales ont mis un frein à l’adoption des mesures suggérées, mais la vice-première ministre et ministre des Finances, Chrystia Freeland, a de nouveau été sollicitée par des représentants du secteur financier pour accélérer la transformation du secteur bancaire canadien.

Il est urgent pour Ottawa de réagir, clament les représentants de l’industrie en faveur de ce changement. Selon eux, il y a un risque de perte de compétitivité pour les sociétés financières canadiennes qui ne peuvent pas suivre un mouvement déjà bien amorcé dans d’autres marchés, comme les États-Unis, l’Angleterre, l’Australie et la Nouvelle-Zélande.

« À l’heure actuelle, les consommateurs et les entreprises du Canada n’ont aucun droit légal à la propriété de leur propre information bancaire », résume la Financial Data and Technology Association (FDATA). L’organisation nord-américaine fait activement la promotion du système bancaire ouvert. En étant propriétaires de leurs propres données, les consommateurs peuvent plus facilement transférer ces données d’un service à un autre, ce qui stimule la concurrence et l’innovation, assure la FDATA.

« Il est urgent de nommer un représentant fédéral pour diriger la transition et créer un cadre légal pour l’utilisation des données numériques », ajoute l’organisation. « Cela doit inclure la possibilité pour les utilisateurs d’effectuer rapidement des virements et d’ouvrir des comptes bancaires. Il faut aussi prévoir la création d’un organisme de gouvernance. »

Finances améliorées

Ultimement, le système bancaire ouvert promet la réduction du temps et des étapes nécessaires pour effectuer certaines tâches liées à l’argent. Il est aussi question pour les utilisateurs de la création d’une identité numérique qui leur permettrait de mieux sécuriser leurs données bancaires et financières, ce qui les protégerait un peu plus des éventuelles failles informatiques, fréquentes dans l’industrie.

L’accès au crédit est facilité, et il sera plus facile pour le consommateur moyen d’accéder à ses économies. Cela ne signifie pas pour autant que l’objectif de ce virage est d’ajouter au niveau d’endettement des ménages et des entreprises canadiens, qui demeurent très élevés, malgré l’éclaircie provoquée par l’aide financière gouvernementale durant la pandémie.

« C’est plutôt un moyen de mieux outiller les consommateurs et de les aider à mieux gérer leurs finances personnelles », explique Craig Reiff, de Mastercard. « Il y a par exemple beaucoup d’information et d’éducation qui peuvent être offertes de manière plus personnalisée au moyen de services ouverts aux gens qui ont de la difficulté à gérer leur portefeuille. »

Naturellement, il y a aussi une occasion d’affaires à saisir, croit la firme PwC : le marché international des services bancaires ouverts a vu sa valeur passer de 12 milliards de dollars à 15 milliards entre 2019 et 2020, puis à 19 milliards de dollars l’an dernier, en dépit de la pandémie. Cette valeur pourrait bondir à 47 milliards d’ici 2025. L’Amérique du Nord est perçue comme lemarché où la croissance sera la plus forte.

Ce qui explique l’intérêt pour Mastercard Canada de s’installer tôt dans ce marché, puis celui des autres institutions bancaires et financières de se préparer pour l’arrivée du système bancaire ouvert.

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