Le salaire minimum horaire passera à 14,25 $ le 1er mai

Les grandes organisations syndicales et les organisations de défense des bas salariés, qui revendiquaient depuis quelques années de porter le salaire minimum à 15$, ont depuis haussé leur demande à 18$ l’heure.
Photo: Adil Boukind Le Devoir Les grandes organisations syndicales et les organisations de défense des bas salariés, qui revendiquaient depuis quelques années de porter le salaire minimum à 15$, ont depuis haussé leur demande à 18$ l’heure.

Le salaire minimum au Québec passera de 13,50 $ à 14,25 $ l’heure à compter du 1er mai. Le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, en a fait l’annonce vendredi.

La hausse concerne environ 301 000 travailleurs, dont 166 000 travailleuses, dans des secteurs comme le commerce de détail et la restauration.

Pour les employés à pourboire, le salaire minimum passera de 10,80 $ à 11,40 $.

En entrevue avec La Presse canadienne vendredi, le ministre a souligné qu’il respectait ainsi sa cible de maintenir le salaire minimum à environ 50 % du salaire horaire moyen. Celui-ci serait de 28,47 $, selon les prévisions.

301 000
C’est le nombre de travailleurs concernés par la hausse, dont 166 000 travailleuses, dans des secteurs comme le commerce de détail et la restauration.

Répercussions de la pandémie

M. Boulet estime qu’un salaire minimum à 14,25 $ l’heure est « un bon équilibre » entre les différents facteurs économiques et sociaux qu’il faut soupeser.

« Il faut tenir compte des répercussions que la pandémie a pu avoir sur beaucoup de PME au Québec, qui ont eu à affronter des difficultés extrêmement importantes sur le plan du maintien ou de l’augmentation de leur croissance économique. Il faut aussi que ce soit suffisamment important pour inciter au travail. En même temps, il ne faut pas que ça provoque de décrochage scolaire. Je pense qu’on trouve un bon équilibre », a indiqué le ministre Boulet.

Étape par étape

Les grandes organisations syndicales et les organisations de défense des bas salariés, qui revendiquaient depuis quelques années un salaire minimum de 15 $ l’heure, ont depuis haussé leur demande à 18 $. Elles soutiennent qu’un taux horaire de 18 $ représente un minimum pour que les salariés puissent vivre dignement. Interrogé à ce sujet, le ministre a dit préférer y aller progressivement. « On y va étape par étape. »

De 14,25 $ l’heure le 1er mai 2022, il croit pouvoir passer à 15 $ l’heure le 1er mai 2023, compte tenu de la vigueur économique du Québec.

L’Ontario a déjà porté son salaire minimum à 15 $ l’heure, le 1er janvier.

11,40 $
Ce sera le salaire minimum pour les employés à pourboire. Ce taux horaire est de 10,80 $ actuellement.

Le ministre Boulet objecte que le Québec fait tout de même bonne figure au Canada pour ce qui est du revenu disponible, grâce à son filet de sécurité sociale, à ses services de garde subventionnés et au crédit d’impôt pour solidarité, notamment.

La rareté de la main-d’œuvre dans plusieurs secteurs d’activité économique a déjà entraîné une pression à la hausse sur les salaires. Bien des employeurs ont dû hausser le salaire qu’ils versent à leurs employés ou bonifier leurs conditions de travail d’une autre façon pour les garder ou pour en attirer d’autres.

« Une claque au visage »

« C’est évident que c’est insuffisant. C’est un peu une claque au visage des bas salariés », a tonné en entrevue Virginie Larivière, porte-parole du Collectif pour un Québec sans pauvreté, qui est membre de la coalition Minimum18.

« On est en pénurie de main-d’œuvre. Les employeurs n’arrêtent pas de nous dire qu’il faut que le gouvernement fasse quelque chose pour aider les employeurs à trouver de la main-d’œuvre. Or, le salaire, ça peut être une indication assez claire de ce que ça prend pour inciter les gens à aller travailler », a rappelé Mme Larivière.

La coalition Minimum18 milite justement pour faire établir le salaire minimum à 18 $ l’heure afin d’éliminer la pauvreté.

 
50 %
Le ministre Jean Boulet a souligné qu’il respectait sa cible de maintenir le salaire minimum à environ la moitié du salaire horaire moyen, qui serait de 28,47 $, selon les prévisions.

« À 14,25 $, on est loin du compte, même si on a un emploi toute l’année », vu les récentes hausses de prix à l’épicerie, ainsi que celles de l’essence, du logement et autres, relève Mme Larivière.

« C’est certain que ça va faire mal à des entreprises. On est dans une situation où la majorité des entreprises sont en dessous de leurs revenus normaux » à cause de la COVID-19, a pour sa part rappelé en entrevue François Vincent, vice-président pour le Québec de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante.

Endettement

Et cela s’ajoute à un endettement moyen de 100 000 $ par PME et aux taxes sur la masse salariale, relève-t-il. « Nous, on pense que le gouvernement devrait aider les petites entreprises, notamment par une diminution des taxes sur la masse salariale. »

M. Vincent se dit tout de même « soulagé » que la hausse n’ait pas atteint 18 $ l’heure, comme le revendique la coalition Minimum18. Le changement aurait été « catastrophique » pour les PME, croit-il.

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